LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX
minster, des ennemis dans rintérieur de la place, mais ils servent tout au moins comme de pont pour y pénétrer. Pour les journalistes vraiment catholiques romains, aucune pitié! Malheur à eux, partout et toujours! On les regarde comme les ennemis de leur gouvernement, les ennemis de leur pays, les ennemis de la science, de la civilisation, de la société, de l'humanité. Ce n*est pas là de l'imagination, c'est de l'histoire. Y a-t-il en Europe un gouvernement, un seul, je ne dis pas qui aide de ses subventions un journal catholique, mais qui ne le fasse poursuivre, chaque jour, de royales injures, par les feuilles à sa dévotion ?
Les rédacteurs des journaux catholiques ne sont-ils pas les victimes perpétuelles des procès, des amendes, de la prison et de Texil? Ne se voient-ils pas confisquer leur propriété? Maintes fois votre journal et ses généreux et vaillants éditeurs en ont fait Texpérience ' : ils se sont vus privés de tout droit, toute justice leur a été déniée par ceux-là mêmes à qui la justice devait être plus sacrée. Honneur donc aux journaux vraiment catholiques! Honneur au courage, àTindépendance, à la fermeté des hommes qui, pour défendre la cause de la foi et de la vérité, ne craignent pas de déplaire même à ceux qui pourront se venger avec éclat, même à ceux qu'unit la communauté de patrie, de sentiments, de ministère! Sans doute il leur est arrivé parfois de se tromper. Quel est l'écrivain, quel est surtout le journaliste qui ne soit pas exposé à errer. Pressé par l'inévitable nécessité de terminer et de livrer son travail à l'impression, à heure fixe, il ne saurait suivre aucun précepte d'Horace, pas même celui-ci qui est d'or :
...incomptis allinet atrum Transverso calamo signum...
Le plus souvent ce ne sont pas des sentiments de satisfaction, de vanité qu'il éprouve, mais ceux d'un amer déplaisir,
I. L'auteur envoya ces « Observations > à VOsservatore catlolico de Milan, qui les publia dans ses colonnes en décembre 4869.
parfois d'un profond regret. Voilà pourquoi les paroles de Mgr rÉvêque d'Orléans contre la Civiltà et V Univers nous ont semblé trop dures. Il est possible que ces journaux se soient quelquefois trompés : nous-mêmes nous n'avons pas tous été constamment et en tout de leur avis ; mais ils ont vraiment trop bien mérité l'un et l'autre de la religion pour qu'on ne leur passe pas un peu de cette fragilité humaine qu'explique la rapidité du travail. Je ne connais pas, dans toute l'Europe, d'hommes plus sincèrement^ plus entièrement dévoués à la cause de l'Église que les jésuites de la Civilià cattolica. Séparés de la société, sans aucune ambition ni pour eux, ni pour leur ordre que le monde poursuit avec fureur, mais que Dieu couvre d'une miraculeuse protection et fait sans cesse prospérer, se refusant toute satisfaction, même celle dont ne voudrait se passer aucun écrivain, de signer de son nom ses écrits, ils obéissent uniquement à la voix de leur conscience, dans laquelle seule ils cherchent et trouvent leur récompense sur la terre. Depuis vingt ans, ils se tiennent sur la brèche, seuls ou presque seuls. Ils sont nés au milieu des persécutions, ils y ont vécu, ils y vivent encore. A Naples, Ferdinand II les détestait sous prétexte qu'ils étaienttrop libéraux et qu'ils se montraient indifférents pour toutes formes de gouvernement. Le gouvernement italien les a persécutés bien davantage : il leur a pris dix-neuf collèges, toutes leurs maisons, tous leurs biens. Pour relever ces ruines les jésuites de la Sicile, de Naples, de Modène, de la Lombardie ont dû s'en aller en Angleterre, en Irlande, dans les deux Amériques. Et cependant, ce ne sont pas les premiers venus parmi les écrivains, ni en Italie ni ailleurs, que les Curci, les Bresciani, lesLiberatore, les Piccirillo. Leurs noms figurent avec très grand honneur, non seulement dans les annales du Christianisme, mais aussi dans celles de la littérature italienne. En vérité, dans un pays comme le nôtre où l'on compte à peine une vingtaine de bons journaux sur les cinq ou six cents qui paraissent, et trois ou quatre bonnes revues sur les vingt qui existent, j'hésiterais avant de jeter le blâme sur ces quelques vaillants athlètes et de les condamner, et si je le faisais, ce ne serait qu'à contre-