‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 341 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CGLXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CGLXXIX

dentielle et toute personnelle, où il leur mandait que le Pape désirait qu'on ne résolût rien lelalivement à son pouvoir ou à celui des Évoques ; et qu'on se bornât à rendre, sur ce point, les définitions à l'égard desquelles les Pères se trouveraient complètement d'accord; qu'ils devaient, en un mot, faire ce qu'ils jugeaient le plus utile au service de Dieu, et au bien delà chrétienté, et écarter tout ce qui serait de nature à porter atteinte à l'autorité du Siège apostolique ; que s'ils voyaient les passions encore trop surexcitées, les esprits trop agressifs, ils pouvaient prolonger la session, le temps devant leur être un précieux auxiliaire pour ôter des cœurs toute amertume et calmer les colères.

De ce passage de Pallavicini {loc. cit.) il résulte donc :

1^ Qu'ici la question était tout autre : il s'agissait d'un titre que le Pape voulait s'attribuer et qu'un certain nombre de Pères trouvaient équivoque ;

2° Que le Souverain Pontife ne cède en rien ; que le Cardinal Borromée propose seulement, et avec beaucoup de sagesse, de temporiser dans le cas où les Pères ne s'accorderaient plus, et de laisser les esprits se calmer ;

3° Un peu plus loin, l'auteur nous montre, et ceci est le caput rei, ce même Cardinal de Lorraine et le reste des opposants finissant par saluer solennellement le Pape du nom de Pontife de la sainte Église universelle. (Pallavictni, lib. XXIV, 24.) Depuis, le Pape a toujours conservé et il conserve encore ce titre, Sa Grandeur peut s'en assurer, en jetant un regard sur la bulle d'indiction du présent Concile, elle est signée : Pius, catholicse Ecclesix Episcopus.

Par conséquent, il ne s'agit ni de retirer le sujet du litige, ni détablir pour règle de ne rien décider que du consentement unanime des Évéques. Une règle si manifestement absurde ne pouvait sortir du cerveau d'un aussi grand Pontife que Pie IV, ni d'un saint tel que son neveu. De fait, jamais les Papes et les Conciles n'ont exigé cette unanimité. Au premier Concile œcuménique de Nicée, cinq Pères refusèrent d'accepter le Symbole; plus tard, trois le souscrivirent, mais en en altérant le

texte; néanmoins le Symbole fut maintenu. A Trente le Cardinal de Lorraine et les Prélats français protestèrent plusieurs fois (Pallav., lib. XXIII, 442); la loi n'en passa pas moins. Cinquante Ëvèques rejetèrent le décret sur les mariages clandestins, le décret est cependant promulgué; quatorze refusèrent de voter la dissolution de l'assemblée, l'assemblée fut tout de même dissoute. Il serait certes assez étrange que l'opposition de dix ou vingt Prélats pût faire annuler les délibérations d'une assemblée d'ailleurs si nombreuse, contrairement à la pratique de tout parlement, de tout conseil, de tout tribunal; le bon sens comme la. nécessité y répugnent évidemment.

« Innocent XI, ajoute l'écrivain, félicite Bossuet de son Exposition de la doctrine chrétienne, ouvrage dans lequel l'illustre Évèque ne parle pas de l'infaillibilité. » Bossuet, en effet, toucha légèrement ce sujet sans conclure, et il agiè très sagement. Il s'adressait à des protestants qui refusaient au Pape non seulement l'infaillibilité, mais toute autorité, devait-il les inquiéter avec une doctrine non encore définie? Tout ne peut pas se dire à tout le monde; et toujours, l'antiquité chrétienne nous l'apprend, même en instruisant les catéchumènes, on gardait une prudente réserve et avec les moins avancés on passait sous silence des questions parfois très importantes. Mais quand Bossuet, dont le courage n'était pas à la hauteur du génie, se laissa entraîner, malgré lui, à formuler les quatre propositions, dont l'une niait l'infaillibilité, quand à cette première erreur il eut ajouté sa malheureuse Dé/etise, publiée contre sa volonté, ses opinions furent solennellement condamnées par Alexandre VIII en 1690, par Clément XI en 1706, par Pie VI en 1794. Deux siècles auparavant (1479) Sixte IV avait déjà réprouvé comme hérétique la proposition suivante de Pierre d'Osma : L'Église romaine peut se tromper {Ecclesiam Romanam errare posse).

« En 1867, cent quatre-vingt-huit ministres anglicans écrivirent au Pape pour lui témoigner leur bonne volonté, et leur désir de rentrer dans le sein de l'Église catholique. Le Pape, dans une réponse pleine de charité et de sagesse, parla de sa

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