LIVRE III, DOCUMENT GCXVÏI
Encore une fois donc, une autorité doctrinale divinement instituée ne se conçoit pas sans l'infaillibilité, et toute autorité enseignante qui ne parle pas aux hommes avec la divine prétention d'être infaillible, est par là même convaincue de n'être pas l'Église de Dieu.
Elle est par là même aussi convaincue de ne pas répondre aux besoins des âmes.
Fénelon, dans sa Lettre sur la religion, expose ainsi cette vérité fondamentale :
a Tous les hommes, dit-il, et surtout les ignorants \ ont besoin d'une autorité qui décide, sans les engager à une discussion dont ils sont visiblement incapables. Gomment voudraiton qu'une femme de village ou qu'un artisan examinât le texte original, les éditions, les versions^ les divers sens du texte sacré? Dieu aurait manqué au besoin de presque tous les hommes, s'il ne leur avait pas donné une autorité infaillible pour leur épargner cette recherche impossible et pour les garantir de s'y tromper. L'homme ignorant qui connaît la bonté de Dieu et qui sent sa propre impuissance doit donc supposer cette autorité donnée de Dieu, et la chercher humblement pour s'y soumettre sans raisonner. Où la trouvera-t-il ? Toutes les sociétés séparées de l'Église catholique ne fondent leur séparation que sur l'oiïre de faire chaque particulier juge des Écritures et de lui faire voir que l'Écriture contredit cette ancienne Église. Le premier pas qu'un particulier serait obligé de faire pour écouter ces sectes, serait donc de s'ériger en juge entre elles et l'Église qu'elles ont abandonnée; or, quelle est la femme de village, quel est l'artisan qui puisse dire sans une ridicule et scandaleuse présomption : Je vais examiner si lancienne Église a bien ou mal interprété le texte des Écritures? Voilà néanmoins le point essentiel de la séparation de toute branche davec l'ancienne tige. Tout ignorant, qui sent son ignorance, doit avoir horreur de commencer par cet acte de présomption. Il cherche une autorité qui le dispense de faire