‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 351 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCLXXIX

Ta prétendu, ni rien d'outré. Le Pape y expose les rapports entre les deux pouvoirs ; il affirme, ainsi que Tont fait feellarmin et plusieurs canonistes et théologiens illustres, le pouvoir indirect de rÉglise sur le temporel des rois : c'est une conséquence logique de la fin plus excellente de celle-ci ; il veut que Tautorité civile soit subordonnée à l'autorité religieuse dans le domaine des choses morales et de la discipline ecclésiastique, et il cite plusieurs fois, à l'appui de sa thèse, deux autorités françaises : saint Bernard et Hugues de Saint- Victor.

Voici ses paroles sur les deux fameux glaives : Gladius materialis pro Ecclesia, spiritualis ab Ecclesia exerendus; iste sacerdotis, ille manu regum et militum. Spiritualem autem et nobUitate et dignitate terrenam quamlibet prascellere potestatem oportet tanto clarius nos fateri, quanto spiritualia temporalia prœceilunt. Ce sont là de vieilles idées, d'accord. Certaines idées nouvelles .me les ont mieux fait apprécier. Lorsque le pilote a perdu sa route, une boussole, même très vieille, peut lui être d'un grand secours. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet. Je passe sous silence les vengeances cruelles exercées contre un Pontife sans défense, à Anagni, et les iniques spoliations commises, qu'a su rendre inutiles, toutefois, cette fidélité, cette loyauté qui, dans un cœur italien, peut bien sommeiller, mais mourir, jamais. Je dirai seulement que je préfère les louanges enthousiastes provoquées par la bulle Unam sanctam à la déplorable faiblesse que dénote la bulle Meruit carissime, publiée trois ans après à Avignon par Clément V, pour annuler celle de son prédécesseur et remettre le roi de France, ob ejus integritatem, en possession des privilèges ecclésiastiques. Entre les brigands royaux d' Anagni prodiguant à leur victime les sanglants outrages et Philippe tenant l'étrier à son Pape dans la ville de Vienne, en Dauphiné, je n'hésiterais pas, je donnerais la préférence aux insulteurs. Et si j'étais Français, je me serais bien gardé de rappeler cette page des annales de ma patrie.

c( Paul III déposa Henri VIII d'Angleterre, et les Anglais n'ont pas encore oublié cette bulle. »

Je doute qu'ils s'en souviennent; mais quand bien même cela serait, les meilleurs d'entre eux, se rappelant que ce roi détestable, est chargé du meurtre de deux reines, de deux Cardinaux, de vingt Évéques, de cinq cents prieurs ou religieux, de dix-huit docteurs en théologie, de douze ducs et comtes, de trois cent soixante-quatre gentilshommes, de cent vingt-quatre citoyens, de cent dix femmes, de Thomas Morus, de rÉvèque Fisher, ceux-là estimeront sans doute que TAngleterre, loin d'y perdre, aurait beaucoup gagné si ce misérable eût occupé le trône un peu moins de ces trente terribles années, que jamais aucun historien, quel qu'il fût, n'a osé glorifier, qî même essayé d'excuser.

On lui accorde un seul titre de gloire : il a été Tauteur de la Réforme. Mais cette Réforme est-elle devenue, dans la suite, favorable à l'Angleterre? Le merveilleux peuple que son irrésistible force d'expansion a fait le suprême dominateur du monde, n'aurait-il pas mieux et plus vite atteint, sans la Réforme, cette puissance? C'est là une question qu'il n'importe pas de traiter ici ; mais en tout cas, je me constituerai volontiers le défenseur de cette thèse.

Page 1