‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 350 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GGLXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GGLXXIX

a le droit d'instituer et déjuger les souverains? Et dans la bulle Ausculta fili, il démandait au roi de France d'envoyer à- Rome les Archevêques et les Évêques du royaume avec les abbés, pour y traiter de tout ce qui paraîtrait utile au bon gouvernement de ce pays. »

Ainsi parle Mgr Dupanloup*

Les choses se sont passées un peu différemment. Avec les faits rétablissons la chronologie, qui^ dans l'écrit de TÉvêque d'Orléans, est fort maltraitée. Il s'agissait des décimes et des revenus des bénéfices ecclésiastiques que s'était appropriés Philippe le Bel, le plus cupide de tous les rois* fioniface YIII^ protecteur et vengeur des droits et gardien des biens de l'Église, réclama; de là un long conflit. Nous ne pouvons en suivre pas à pas toutes les péripéties, il nous faudrait composer un livre dont il n'est d'ailleurs nul besoin.

Dans sa première bulle, Ausculta fili y du S décembre 130i, Boniface, il est vrai, établit la supériorité des Papes sur les princes, dont ils sont les pères et les pasteurs spirituels. C'est donc à tort que le roi s'imaginerait n'avoir personne au-dessus de lui. Après ce préambule, il lui reproche ses sacrilèges spolia*tions, mais uon sans s'être excusé de nouveau, avec douceur, sur les devoirs de sa charge. Constitutifs a Deo speculator domus Israël, il ne saurait garder plus longtemps le silence sur les crimes du monarque commis contre les canons, contre les Nonces (Philippe en avait emprisonné un) et les autres Prélats de ses États ; sur la pauvreté à laquelle le roi a réduit l'Ëglise de Lyon ; sur l'usurpation qu'il a faite des biens ecclésiastiques et qu'il décore du faux nom de régales. Il informe ensuite le prince qu'il a mandé à Rome pour les calendes de novembre de l'année suivante, des hommes prudents de son royaume en vue de s'entendre avec eux sur la ligne de conduite à suivre. Enfin il l'avertit de ne point abuser des appels illicites au futur Concile et au Pape mieux informé. Tel est le résumé fidèle de cette fameuse bulle qui n'exagérait certainement rien en parlant des usurpations commises par les rois au préjudice de l'Église et de la dépendance où sont les princes catholiques IV. 36

à l'égard de TËglise dans le domaine ecclésiastique et spirituel.

Mais il faut se rappeler que ce triste roi avait à ses côtés deux ministres dignes de lui, Nogaret et Flotte. Ce dernier falsifia le rescrit pontifical et fit dire au Pape, ce à quoi il n'avait jamais songé, « que lui. Pontife, était en tout, même dans les choses temporelles, supérieur au roi, et que ce dernier n'avait le droit de conférer aucun bénéfice ».

C'est cette bulle altérée, nous le savons, par le Cardinal Acqua-Sparta, qui fut mise sous les yeux du monarque. Après pu avoir pris connaissance, les États généraux, alors réunis à Paris, répondirent avec arrogance aux Cardinaux et protestèrent contre cette prétendue dépendance civile du roi à l'égard du Pape. Le prince, de son côté, répliqua par cette lettre fameuse qui débute ainsi : « Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français, à Boniface, soi-disant Pape, peu ou point de salut. Que votre souveraine fatuité apprenne... {Sciât maximù tua fatuitas)^ » etc.

Le Pape ne releva pas ces grossières injures. Toutefois il jugea qu'il était de son devoir de démasquer la fraude de l'indigne Flotte. Au mois d'août de la même année, il déclara en plein consistoire qu'on avait dénaturé ses paroles, dont le sens était celui-ci : Les souverains et les gouvernements doivent soumission à l'Église et au Pape ratione pecccUi et non ratùme dominiij c'est-à-dire non pas à raison d'un pouvoir quelconque de gouvernement auquel le Pape ne songe nullement à prétendre, mais à raison de l'honnêteté, de la licéité des actes. Il est bien loin de nier la distinction des deux pouvoirs : tun et t autre ont été établis par Dieu. Sur ces entrefaites, le synode convoqué par le Pape pour régler ces difficultés se réunissait à Rome le l'^' novembre 1302. Quarante-cinq courageux Prélats fran* çais s'y étaient rendus, malgré la défense du roi. Peu après^ le 18 novembre, Boniface publia la seconde et célèbre bulle Unamsanctam qui renferme probablement les actes conciliaires. Il se pleut qu'elle ait été aussi altérée ; ce qu'il y a de clair, en tout cas, c'est qu'elle ne contient rien de malveillant comme on

Page 1