LIVRE III, DOCUMENT CGLXXIX
Le Concile, répondrons-nous, fora ce qu'il jugera convenable : vouloir lui tracer sa route, nous paraît tant soit peu étrange. D'ailleurs, à notre avis, cette délimitation n'est pas bien nécessaire. Quand Orsi ne parlerait pas comme Bellarmiu, Bellarmin comme Mansi, etMansi comme Gapellari, qu'importe, si la pensée est la même chez tous? Les expositions peuvent bien différer et, de fait, elles varient avec le théologien, le moraliste et le canoniste; mais en définitive nous trouvons chez tous la même pensée. D'après ces auteurs et l'école romaine, le jugement ex cathedra est une sentence solennelle portée par le Pape sur une controverse touchant la foi ou la morale, en d autres termes, sur une question du domaine de la Révélation, sentence imposée d'une manière obligatoire à tous les fidèles.
Quand nous disons solennelle, nous entendons que généralement, la sentence doit être précédée et accompagnée de délibérations, d'examen, qui, moralement, lui donnent la forme d'un jugement.
Quand nous disons sentence, nous supposons qu'il y a eu controverse et que le Pape la tranche définitivement.
Quand nous disons : imposée dtoie manière obligatoire à tous les fidèles, il va de soi que cette obligation est exprimée d'une façon ou d'une autre dans le décret lui-même. De plus, la controverse doit porter exclusivement sur un point de foi ou de morale chrétienne.
Telle est la notion, l'idée, partout admise, d'une définition ex cathedra, notion à ce point commune que le plus médiocre étudiant en théologie la possède et la soutient.
« Mais Bellarmin essaye de concilier ceux qui affirment que l'avis des autres Ëvêques est nécessaire, avec ceux qui enseignent que le Pape peut définir tout seul. »
Bellarmin avait parfaitement raison de concilier ces deux opinions, puisque l'une vise les circonstances ordinaires et l'autre les situations exceptionnelles.
Si Pie IX, en 1854, habitant en paix le Vatican, avait défini le dogme de l'Immaculée-Gonception sans l'avis préalable des Cardinaux et des Ëvêques, sans examen, sans aucune étude,
sans prières, en dehors des formes publiques et soleanclles, il aurait encouru le bl&me de TÉglise entière, car cette façon de procéder eût été contraire à la conduite constante des Papes en pareilles circonstances.
Mais si des Papes, en exil ou en prison, ou même au milieu des persécutions, avaient défini ou devaient encore définir une question de foi, et cela sans le concours de personne, à la condition toutefois que l'impossibilité pour eux de prendre conseil soit bien établie, nous croyons que le jugement du Pape seul suffirait, pourvu que ce jugement soit certain et libre, et il pourrait être libre, alors même que le Pontife gémirait en prison ou en exil; il suffirait de constater que sa parole, courageuse comme celle des Apôtres et des Martyrs, a été proférée contre la volonté des oppresseurs ou tout au moins en dehors de leur influence.
C'est ici que brille du plus vif éclat Tinépuisable richesse des moyens mis à la disposition de TËglise ; un décret promulgué par le Pontife du haut d'un trône éclatant, et un décret écrit dans l'obscurité d'un cachot possèdent la même force, de même •qu^il n'y a absolument aucune dififérence entre l'hostie que Ton offrait autrefois sur le cippe pauvre et étroit du cimetière de Saint-Galixte et celle que Ton consacre aujourd'hui sur l'illustre autel du Vatican, autel tout environné des gloires de Michel- Ange et de Bernin.
Il est utile généralement de commencer par prendre conseil; daus les circonstances ordinaires, c'est un devoir; mais cette façon de procéder n'est pas d'une nécessité absolue, puisque les promesses divines n'ont pas attaché l'assistance que Dieu prête au Chef de son Église, à telle forme ou à tel conseil plutôt qu'à tel autre.
Ici l'auteur passe en revue les opinions particulières de plusieurs écrivains; il censure tout spécialement celles des docteurs Ward, Bouix, Phillips.
Georges Phillips , quoique laïque, est un érudit en droit <ïanon d'un tel mérite qu'en le plaçant au premier rang, je ne (^ois offenser personne. Mgr d'Orléans cite de lui un passage