‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 372 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT GGLXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT GGLXXIX

Voyez maintenant les sept cent cinquante Evêques venus, pour le 8 décembre, des cinq parties du monde. Avant que le Pape ait prononcé une parole, alors que, dans un profond silence, ils se tiennent encore prosternés devant Tautel commun, à ce moment même ils éprouvent déjàTintime conviction de leur parfait accord ; et, en effet, dans la suite, cet accord ne fait que s'affirmer de plus en plus. Je vois Jà une preuve si évidente de la vérité qu'il faut même à l'incrédule ou à l'hérétique une volonté bien ferme pour rester sourd à cette vérité et lui tenir son cœur fermé.

Oui, le jugement du Pontife seul, rendu dans les conditions que nous avons indiquées plus haut, est tout aussi sacré, aussi vénérable que celui du Concile, mais il ne frappera pas d'une manière aussi vive, aussi irrésistible, l'esprit du plus grand nombre, pour le forcer à s'incliner devant l'évidence même. Oui, le Pontife, même seul, peut, si les circonstances l'exigent et avec le secours de Dieu, trouver dans sa conscience les lumières et l'autorité nécessaires pour porter une décision; mais, en face de la lourde responsabilité de ce devoir de juger ce qui un jour sera jugé par Dieu, il sentira, dans les circonstances ordinaires, le besoin, et même la nécessité de se tourner vers ses frères et de recourir à leurs conseils. Avant de dire : voilà la tradition vraie, antique, universelle de l'Église, il peut et même, autant que possible, il doit Consulter chacun des gardiens et dés interprètes de cette tradition dans les différentes parties du monde catholique. Sans doute, le même résultat serait atteint en leur demandant leur témoignage par écrit, mais ce témoignage acquerra beaucoup de clarté, de certitude et de précision s'il émane de personnes présentes. Voilà les services que peuvent rendre les Conciles œcuméniques; ils sont utiles aux fidèles, aux infidèles, au Pape; ils servent à la majesté, à la grandeur et au bon gouvernement de l'Église.

Mgr l'Évêque d'Orléans parait désirer beaucoup le renouvellement fréquent des Conciles œcuméniques : « Il y eut, ditil, de saints personnages, do grands esprits, des Conciles, qui

en réclamèrent, qui en décrétèrent le retour périodique ^ » Le retour périodique des Conciles œcuméniques fut demandé, si j^ai bon souvenir, à Constance et à Bàle ; il y fut même décrété. Mais personne n'ignore que les Papes repousssèrent ces désirs et ces décrets morts-nés inspirés par des sentiments que tout le monde connaît. On sait aussi comment le grand et saint Concile de Trente qui a gouverné et gouverne encore TÉglise depuis trois cents ans, a ordonné la convocation régulière de synodes diocésains (sess. XXIV, c. ii, De reform.). En négligeant la question des Conciles œcuméniques, il a, par le fait, implicitement condamné ce désir à la fois injuste et dangereux. Je dis injuste parce qu'on ne doit imposer ni bornes ni délais à Texercice des grands et redoutables droits et devoirs que le Pontife a exercés à travers (ous les siècles chrétiens ; dangereux^ parce que l'histoire et le plus vulgaire sens commun nous enseignent qu'une assemblée qui se réunit de plein droit, sans Tassentiment de son chef, ou contre sa volonté, devient elle-même le chef effectif. Les gallicans de Constance et de Bàle voulurent évidemment faire du Pape le président d'une république aristocratique, un nouveau doge de Venise. Or, telle n'a pas été l'intention du Christ, ni la forme qu'il a assignée au gouvernement de son Église.

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