‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 371 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CGLXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CGLXXIX

les fidèles ne pourraient-ils pas penser et se dire : à quoi bon désormais les Conciles œcuméniques? Puisqu^un seul, le Pape, en dehors des Évêques, pourra tout décider infailliblement, mèine les questions de foi, à quoi bon les longueurs, les recherches, les discussions des Conciles? »

Une opinion qui remonte aux premiers siècles de FÉglise est que le Pape peut décider des questions de foi par lui-même *, et on ne trouvera personne, parmi les catholiques, pour nier ce droit. Il n'est pas un seul Évèque qui se croira humilié ou amoindri parce qu'il se sera vu imposer par le Pontife une croyance quelconque, fût-ce même eu matière de foi. Ditesmoi, de grâce, oîi voyez-vous une diminution, un amoindrissement de rÉpiscopat, parce que cette sentence de foi aurait été déclarée infaillible ?

« Les Évêques aussi, écrit l'illustre Prélat, sont docteurs et maîtres. » Sans doute, ils sont les maîtres de leur peuple, les maîtres de leur clergé, bien plus même, ils sont les maîtres de l'Église universelle lorsqu'ils sont réunis et forment un Concile œcuménique. Mais Dieu a voulu qu'au-dessus d'eux, il y ait un Maître plus élevé qui puisse et doive les instruire dans les questions difficiles, il a voulu qu'au-dessus des Pasteurs des peuples, il y ait un Pasteur des Pasteurs; c'est à lui qu'il a dit de paître, c'est-à-dire de gouverner, non seulement les agneaux ou les fidèles, mais aussi leurs mères, les Évêques; c'est pour ce seul et suprême Pasteur que Jésus a prié son Père afin que la foi de son Vicaire ne défaillît jamais; c'est à lui seul enfin qu'il a ordonné de confirmer ses frères.

Le prêtre, lui aussi, est maître de droit divin, de même aussi autrefois le diacre; mais leur puissance dépend de la puissance de l'Évêque et cette dernière elle-même dépend de celle du Pape. Tel est l'ordre voulu par Dieu. Telle est la pratique de dix-huit siècles de Christianisme.

i . La phrase « en dehors et séparément de TÉpiscopat », que l'illustre Prélat attribue aux défenseurs de rinfaillibilité, est, en réalité, impropre, car elle indique une division qui n'est et ne peut être dans Tesprit d'aucun catholique.

« Mais alors, avec un Pape infaillible, à quoi servent les Conciles? » Ils servent, et même ils servent beaucoup. Les conciles locaux ou régionaux régularisent, améliorent la discipline des diocèses ou des provinces ecclésiastiques, dont chacune en particulier nepourraitètre suffi samment bien connue etadmi^ nistrée du centre d*un gouvernement d'une étendue aussi vaste et d'une administration aussi difficile. Pour les Conciles œcuméniques, ils servent dans les circonstances plus graves : ils pro* noncent d'une manière explicite et irréfutable sur la foi universelle de l'Église ; c'est là que les Évoques apportent au Pontife le trésor de leur lumière et de leur expérience, qu'ils lui suggèrent les moyens les plus efficaces pour corriger les vices et remédier aux maux répandus de toutes parts dans le monde. Cela est de toute évidence, car si nous croyons le Pape infaillible lorsqu'il rend une sentence solennelle dans une question de foi ou de morale, nous ne le considérons pas comme possédant l'omniscience, l'omniprésence, comme pouvant tout voir par lui-même. Enfin ces Conciles servent principalement à confondre les ennemis de l'Église par leur accord si merveilleux et si intime.

Oui, ces hommes, vivant sous toutes les latitudes du globe et inconnus les uns aux autres, ces hommes qui se rencontrent pour la première fois dans la cour du Vatican, qui se trouvent posséder la même foi, la même espérance, le même amour, offrent un magnifique spectacle pour quiconque n'a pas encore étouffé en soi la dernière étincelle de croyance, je dirai plus, de raison. Il y a deux ans, quatre-vingts Évèques anglicans venus d'Angleterre, d'Irlande et d'Amérique, se réunirent dans le palais de Lambeth, à Londres, et qualifièrent leur synode du titre assez plaisant de pan-anglican. Ils devaient délibérer sur leur foi commune ; or, il se trouva qu'un de ces Évêques n'en avait aucune. Ils se séparèrent sans rien conclure ou plutôt emportant la triste certitude de ne pouvoir s'entendre, ni dans le présent ni dans l'avenir, ni sur ce qu'ils devaient faire ni sur ce qu'ils devaient ne pas faire. C'est que la contradiction est la compagne nécessaire de Terreur comme le remords est la suite inévitable de la faute.

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