LIVRE III, DOCUMENT CGLXXIX
certains que TÉglise russe, l'Église anglicane ne sont pas rËglise de Jésus-Christ, parce qu'elles n'ont pas le Pape avec elles. »
Telle est la pensée de Mgr TÉvèque d'Orléans, dont nous résumons les paroles. Confondre TËglise avec son Chef, dire que rËglise c'est le Pape, je ne sais vraiment pas qui pourrait ou qui a pu y songer, car c'est confondre le roi avec le royaume, le père de famille avec la famille, le soleil avec le système solaire. Tout enfant catholique sait que l'Église est une union, une société, or l'unité n'est pas la société. Du reste, il me semble que la signification attribuée par l'illustre Évèque à ce passage de saint Ambroise {In psalmum LXI, enarr. n"" 30) n'est pas fondée ; il suffit, pour s'en convaincre, de lire le contexte. 11 y est question de la chute de saint Pierre et de la miséricorde du Christ à son égard; puis on montre comment Pierre est l'image du chrétien tombé dans le péché et qui se relève avec le secours de l'Église et de Jésus-Christ. Sans doute ces paroles ont un sens plus large et plus élevé : Pierre est plus qu'un symbole ; il est en réalité le représentant de la véritable Église, son image vivante et agissante. Je ne crois pas que dans ce texte saint Ambroise ait voulu distinguer TÉglise catholique des autres Églises par la présence et le gouvernement de Pierre. Jamais, que je sache, ni saint Ambroise, ni aucun autre Père n'a appliqué le nom ou attaché l'idée d'Église à une société séparée de l'unique et véritable Église ; ilsles appelaient hérésies ou schismes. Du reste, d'admirables preuves de la primauté du Pape ne manquent pas dans les autres écrits du grand Docteur, signalons surtout le passage où, parlant directement de saint Pierre, il l'appelle : Vir sapiens et gravis, in quo esset Ecclesixfirmamentum^ ou, comme d'autres lisent, fundamentiim et magisterium disciplinas {De virginitate^ lib. unus, c. xvi, 105). Ici, incontestablement, Pierre (et, en son nom, ses successeurs) est appelé le fondement, le soutien, le maître suprême de l'Église chrétienne.
Au contraire, j'ai cherché et recherché avecleplus grandsoîn, dans les ouvrages de saint Augustin, le fameux passage qui,
depuis Mgr Frayssinous est devenu la devise d'une certaine école : Innecessariis imitas^ in dubiis libertas, in omnibus charitas. Jusqu'ici toutes mes recherches, comme celles de bien d'autres personnes, sont demeurées infructueuses^ si bien que je finis par soupçonner ce passage d'être postérieur de mille et quelques années au grand Évêque d'Hippone. Augustin faisait preuve d'une inépuisable charité à l'égard de tous, même à l'égard des hérétiques lorsqu'ils avaient l'intention de se convertir, mais il était on ne peut plus sévère, et se montrait inflexible avec les hérétiques endurcis ; et il allait même jusqu'à réclamer contre eux l'aide de la force publique pour les réprimer et les punir. Qu'on lise sa lettre 47 (ou H3) Fratri Vincentio; qu'on lise tout le livre I, Contra epistolain Parmeniani^ et celui qui est adressé Ad Bonifacium (ou lettre 185), ainsi résumé par les bénédictins de Saint-Maur : Magna fit in hasreticos misericordia cum a sua sec ta eripiuntur inviti*; qu'on lise surtout le long traité Deutilttatejejunii, traité que les éditeurs de Saint- Maur ont résumé dans ces quelques paroles : Pietas est esse eis [hsereticis) molestus ». Oh ! comme l'écolequiprendpour sa devise lepassage cité plus haut, se détournerait de semblables doctrines !
L'illustre Prélat continue :
« Certaines écoles théologiques ont eu pendant longtemps le même tort, en sens contraire ; les unes voulaient séparer le Pape de l'Épiscopat, et les autres, l'Épiscopat du Pape... L'Église est un véritable corps vivant; le Pape est la tête, le chef visible de l'Église, mais si on met la tête d'un côté et le corps de l'autre, où sera la vie? »
Ici sans doute l'illustre Évêque fait allusion aux gallicans, qui, pendant cinq longs siècles, depuis M. Pithou jusqu'à Mgr Maret, s'en vont répétant sur tous les tons la fameuse ques-
i. « Car in veneficos TÎgorem legum cxerceri juste (ab imperatoribus) fateantur donalistœ, in hîcreticos autem, atqus impias disseasiones nolint fateri?» {L.c, cap. ii.)
â. « Sed (donalistœ) uimiuin inquieti suDt, quos per ordinatas a Deo potestates cohiberi atquc corrigi mihi non videtur inutile. » (L, c, cap i.)
3. « Nec attendas quam illi (hoBrelico) sis molostus, sed quam ilJe sit dilectus. Qualis pietas si parois et moritur! » (/«. r., cap. ii.)