XIX. Deux prières
En terminant, deux prières à l'illustre Prélat dont nous avons cru devoir critiquer l'écrit. La première nous est toute personnelle : nous le prions de vouloir bien nous pardonner d'avoir peut-être à notre insu dépassé les limites du profond respect dû à la fois à son caractère sacré, à ses mérites et à son grand talent. La seconde prière, de beaucoup plus importante, le regarde plus spécialement : qu'il abandonne cette polémique inutile contre un désir qui est celui de l'immense majorité des catholiques, qu'il consacre sa noble plume à d'autres travaux, dont le vaste champ ouvert devant lui , lui promet encore une nouvelle moisson de lauriers et lui pourra mériter la reconnaissance de tous les bons catholiques. Aujourd'hui son illustre patrie, comme aussi l'Europe tout entière, est travaillée par la plus audacieuse impiété; et, en face de l'impiété qui s'étale^ on voit l'Église persécutée par les gouvernements. On accorde toute liberté à l'incrédulité et l'on réserve les chaînes pour
rÉglise; d'un côté, on voit Tathéisme triomphant, de Tautre rÉglise plongée dans les pleurs. Pendant que Ton surveille avec un soin jaloux et que Ton supprime même les rescrits des Papes, on laisse enseigner dans les académies françaises les doctrines les plus subversives de toute foi et de toute morale. Et quand un noble et courageux Cardinal' se lève pour protester au nom des vieilles croyances de la France, on refuse d'écouter ses réclamations ou plutôt on y répond en invitant à des banquets et en décorant ces professeurs de l'athéisme. Votre éloquence même est demeurée plusieurs fois sans résultat et les maîtres de quarante mille communes ont pu continuer leurs efforts pour éloigner de Dieu le peuple français.
Les feuilles impies jouissent d'une complète impunité; il n'y a de rigueurs que pour les bons journaux ; ils sont interceptés aux stations des chemins de fer. On supprime la société bienfaisante de Saint-Vincent de Paul, mais on conserve et on honore celle des francs-maçons. Des lois civiles réglementent tous les actes de la vie, même ceux pour lesquels, à travers tous les siècles de sa glorieuse histoire, le peuple français a toujours réclamé les bénédictions de la sainte Église; pour faire respecter sa religion, son clergé, l'observation de ses fêtes, plus de loi, plus une seule. Les lois civiles envahissent le sanctuaire lui-même : l'Évêque n'a plus le droit de nommer un chanoine, un curé de canton ou un vicaire général; le chapitre ne peut plus pourvoir à la vacance d'un siège sans l'agrément, sans le placet du pouvoir. Les mêmes lois, qui laissent à une femme de mauvaise vie la possession d'un bien quelconque, refusent à l'Église le droit de posséder ; si, par hasard, il reste à cette dernière quelque revenu, l'État s'en attribue le contrôle et se charge de le distribuer. Le minisire, le préfet, le maire, le garde champêtre, voilà les anneaux de cette odieuse chaîne. Nous le savons, et personne ne l'ignore, l'illustre Épiscopatde France a combattu l'oppression, el vousmême, Monseigneur, avez compté parmi les plus vaillants