LIVRE III, DOCUMENT CGLXXXÏ
Et voici maintenant les conseils que vous vous permettez de donner au Pape et à l'Église :
Il n'y a plus de princes catholiques dans le monde ; eh bien ! ô Église de Dieu! laissez-là les princes, et tournez-vous vers la démocratie.
Et en effet, tout le monde voit comime la démocrrtie aujourd'hui se tourne avidement vers TEglise! Et les congrès démoorales de Berne, de Genève, de Liège et de toute l'Europe, nous offrent à l'heure qu'il est de belles espérances !
Quoi qu'il en soit, vous entrevoyez, vous, une « construction gigantesque » de la démocratie. Le Pape et l'Église doivent laisser là «les empires infidèles », et se tourner vers cette démocratie. 11 n'y a pas mieux à faire. « Cette démocratie baptisée et sacrée fera ce que les monarchies n'ont pas su et n'ont pas voulu faire. »
Ce que les monarchies auraient dû faire, selon vous, « le Saint-Empire » est là pour le dire. Mais, i< ce glorieux idéal n'a pas été atteint, » ajoutez-vous.
Vous proposez donc à l'Église un autre idéal, l'idéal démocratique. « Pierre a entendu la voix qui lui dit de prendre le large : Duc in altum, coupe les amarres, quitte ces rivages devenus des écueils, et va en haute mer. Le pécheur d'hommes jettera ses grands filets. »
Et que va-t-il ramener aujourd'hui dans ses filets ! « La multitude des nations, formant une confédération universelle sous la présidence du Pontife romain : un peuple saint comme il y eut un Saint-Empire*, » ce Saint-Empire romain, dont M. de Maistre a dit qu'il ne fut m saint, ni empire, ni romain.
Yoilà ce que nous lisons dans un journal qui se prétend catholique pur^ catholique tout court, et le plus romain des journaux.
Une théocratie nouvelle édifiée sur la démocratie do l'avenir, voilà l'utopie, voilà l'idéal que l'on propose à la sagesse de l'Église!
i. Universyii juillet 1869.
Et c'est avec de telles prophéties, de telles injures, de telles chimères, qu'on se plalt à préluder à ce Concile, que les Évèques et que le Saint-Père ont présenté au monde comme une grande œuvre d'illumination et de pacification !
C'est assez, et il est temps de finir.
Je ne méconnais, Monsieur, ni votre talent, ni votre droit, ni vos services. Et ce n'est pas moi, certes, qui trouverai jamais que la sainte cause de Dieu, surtout dans les temps mauvais où nous sommes, a trop de défenseurs et de trop vaillants, prêtres ou laïques. Mais il est, dans la défense de l'Église, des eonditions dont aucun talent ne dispense. L'Église est la mère de toute charité, de toute sagesse, de tout respect, et on ne peut la servir d'une manière digne d'elle qu'en s'inspirant de son esprit.
Cet avertissement que mon devoirm'obligeattà vous donner, je le confie à la grâce de Dieu et à votre conscience. Mais ce que je me permettrai de vous demander, en finissant, c'est de croire qu'il ne m'a été inspiré par aucun autre sentiment que le désir de servir l'Église.
Félix, Évêque cT Orléans.
Orléans, le 21 novembre 1869.