‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 460 sur 536 · LIVRE m, DOCUMENT GGGVÏ · texte numérisé non relu

LIVRE m, DOCUMENT GGGVÏ

Ce serait une erreur de croire qu'il est sur son déclin; au contraire, il va se fortifiant dans tous les pays. Aucun parti n'exige plus de vigilance de la part des pouvoirs publics, même alors qu'il paraît immobile. Le parti des incrédules et des libres-penseurs est plus bruyant que nombreux; mais celui-ci, qui s'arroge le titre de catholique, est actif, compact, organisé dans tous les États et relié par une association unique. Ses adeptes sont des hommes de foi en général, et, comme des hommes de foi, ils sont dévoués, prompts aux sacrifices, et unis dans la même pensée. Politiques et religieux à la fois, ils réunissent les qualités particulières inhérentes à cette double pensée. Leur organisation dans les autres États d'Europe montre ce qu'ils peuvent être en Italie.

Que ce parti soit aussi en formation chez nous, nous en avons la preuve dans ces sociétés nombreuses qui surgissent partout sous des noms divers, mais avec le même but dans leurs règlements, dans leurs réunions, dans leur activité et leur courage, dans les organes périodiques qu'elles publient, et qui sont partout répandus et lus, quoi qu'on en dise. A ce parti ainsi organisé le futur Concile va donner une nouvelle vie et une nouvelle ardeur. Son activité va être portée à sa plus haute puissance, et s'il ne parvient pas à dominer l'État, il aura du moins assez d'influence pour l'inquiéter, le troubler et le diviser. Sans insister davantage sur ce sujet, on voit d'un coup d'oeil combien il importe à un gouvernement prévoyant et digne de ce nom de s'occuper de la question du Concile et de ne pas se laisser endormir par les théories décevantes de la séparation de l'Église et de l'État aujourd'hui inapplicables, ni par de vaines déclamations sur la prétendue impuissance de l'élément religieux.

En présence d'un événement aussi considérable que celui du futur Concile œcuménique, la première chose à étudier c'est le caractère du personnage auguste qui le convoque. Pie IX s'est fait une idée exagérée et grandiose, à certains égards, de l'autorité spirituelle qui lui est conférée. C'est un de ces caractères complexes qui déroutent l'esprit d'observation, faible et

fantasque, mais capable des plus grands enthousiasmes et des plus fermes desseins. Sa volonté est mue bien moins par la raison que par une vive et forte imagination. Son âme se repose et s'exalte par la foi, et sa voix s'affermit dans la contemplation de Tomnipotence de TÉglise. Aucun de ses prédécesseurs n'eût songé à chercher dans la convocation d'un Concile le remède aux maux qui affligent TÉglise. Tous se sont abstenus d'y recourir depuis le Concile de Trente, qui a laissé une impression de terreur vivement retracée par le rusé Cardinal Pallavicini, organe fidèle des sentiments intimes et des intérêts de la Papauté *•

Si les hommes les plus avisés de TÉglise, des Cardinaux et des Papes, ont jugé Tépreuve d'un Concile pleine de périls, on se demande d'où est venue au Pontificat cette force nouvelle pour que Pie IX convoque les Evèques du monde entier dans les formes solennelles des grands Papes du moyen âge, sans aucune entente préalable avec les puissances catholiques, sans les négociations usitées en pareil cas, et foule aux pieds les droits de la puissance civile reconnus jusqu'à ce jour, droits incontestables et incontestés d'intervenir dans la convocation, dans la détermination du temps et du lieu de la réunion!...

La pensée de violer à ce point des droits traditionnels et d'aller au devant d'une lutte pleine de périls ne peut avoir été inspirée à Pie IX que par l'assurance qu'il possède que tout ira au gré de ses désirs et de ses volontés. Il se laisse diriger par l'opinion nouvelle, aujourd'hui très commune dans un certain milieu catholique, qu'au Pape seul appartient l'aulorité absolue sur l'Église et que le Concile ne servira qu'à mettre en évidence cette autorité illimitée. Il a appris par deux expériences successives que cette opinion est maintenant triomphante sur toute la ligne, que les Évéques qui viendront au Concile seront, sauf quelques exceptions peu nombreuses, aveuglément soumis à ses volontés, et il a déjà préparé deiongue main tout ce qui sera et tout ce qui ne sera pas dit ou fait au Concile.

i. Histoire du Concile de Trente^ liv. XII, chap. x.

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