LIVRE III, DOCUMENT CCCVI
Les espérances que fondent sur le Concile les cléricaux, les jésuites et les Prélats des Curies révèlent le secret de Tautorité qu'ils y vont exercer. Ils n'auraient point permis à Pie IX de faire le pas décisif de la convocation s'ils n'avaient pas été assurés d'avance que Rome en sortira plus absolue, plus inébranlable dans ses tendances théocratiques et liberticides, plus résolue que jamais à lutter contre le siècle, à étouiïer les cousciences sous le poids insupportable du Syllabus et des décrétaies de la même espèce, et surtout plus fortement rivée aux derniers débris de la souveraineté temporelle, devenue maintenant la grande, Tunique affaire du Saint-Siège qui en voudrait faire la cause générale de l'Église.
Ce n'est pas contre l'œuvre des jésuites et des Curies que le Concile est dirigé. Cette œuvre en recevra au contraire une sanction plus solennelle, et les encycliques de Grégoire XVI et de Pie IX y seront déclarées lois de l'Église.
Par ces considérations, que nous croyons sérieuses, on peut juger que les gouvernements manqueront à leur devoir et trahiront les intérêts des sociétés civiles s'ils ne se préoccupent pas de ce que va faire le Concile. Les droits de l'État ne courentils aucun danger? Quel trouble pour les esprits timorés! quelle perplexité même pour les esprits fermes et éclairés! Ils devront se courber et se taire lorsque les Évèques couvriront de leur autorité spirituelle toutes les sentences, tous les desseins et toutes les volontés de la Cour de Rome, et lorsqu'ils proclameront le Syllabîis la loi suprême de l'Église! La société n'en sera-t-elle pas tristement et douloureusement atteinte?
La prudence indique les mesures à prendre. Il faut un vigoureux exercice des droits de la puissance civile. Il ne faut point se laisser surprendre et séduire par les artifices dans lesquels la Cour de Rome est passée maîtresse, ni ébranler par ses résistances et ses menaces. Il convient de prendre devant elle une attitude modérée, mais ferme et énergique, pour empêcher que le Concile n'introduise parmi les nations de nouveaux éléments de discorde en faussant la conscience catholique.