ET MÊME DE LE PRÉSIDER
« L'État intervient aux Conciles, non en vertu d'un privilège accordé par l'Église, mais jure proprioy par un droit inhérent à sa nature de représentant d'une autorité qui est complète » (p. 23). Ainsi, d'après vous, l'État est la société complète et comprend par conséquent l'Église. C'est aussi là le raisonnement d'un certain bouffon, courtisan de Joseph II : Reddite ergo^ disait cet homme de cour, reddite ergo qux sunt Cœsaris Cœsari, qux sunt Dei... Cassari. Mais voici pourtant une petite difficulté : Si l'Église est une société, une entité dans l'État, entité qui n'existe que par la volonté de l'État, et n'a de vie qu'en lui et par lui, pourquoi Jésus-Christ a-t-il fondé l'Église sans en parler à Tibère ? Comment a-t-il pu envoyer ses Apôtres par tout le monde, en leur adressant ces paroles si précises : Data est miài omrm potestas in cœlo et in terra; ite ergo, docete..., jubentes eos servare omnia; comment a-t-il pu agir ainsi sans la permission du ministre des cultes de Tibère? Celui-ci pouvait très bien donner ordre au procureur impérial de traduire Notre-Seigneur et les Apôtres devant la cour d'assises, comme perturbateur de la conscience publique, crime prévu par l'article 268 du code pénal italien I Monsieur N..., laissez-moi vous le redire pour la centième fois, ce n'est pas d'hier que nous avons entendu tenir ce langage : l'Église dépend de l'État, fait partie intégrante de l'État, et, pour me servir de vos termes, l'Église est une sousdivision du ministère des cultes. Quels sont les inventeurs de
celle doctrine, sinon les courtisans de ce pauvre Frédéric II, ce roi sans foi ni loi, sinon Marsile de Padoue, Jean de (jiandanOy hérétiques plus méprisables encore que leur maître, comme d'ailleurs le sont souvent les courtisans des princes. Mais bien avant FEglise elle-même, la conscience, la raison et rhistoire ont énergiquement protesté contre une pareille théorie. Elle a été et sera toujours repoussée par tous ceux qui ont gardé tant soit peu de bon sens et conservent encore quelque rayon de foi. Dans le monde catholique jamais on n'a cessé et ron ne cessera jamais de voir des hommes prodiguer leurs veilles, sacrifier leur liberté, leurs biens et au besoin leur sang pour protester contre Todieux attentat qui voudrait faire de l'Église de Dieu une esclave de Thomme et mettre ce qu'il y a de plus saint, de plus noble et de plus libre en nous, au service d'une politique qui veut ignorer Dieu et ses lois.
Voilà pour le préambule. L'auteur expose ensuite les preuves ; voyons-le à Tœuvre :
« Constantin, dit-il, présida en personne le Concile de Nicée, et les ministres impériaux présidèrent les sept autres Conciles œcuméniques d'Orient. »
Ici encore vous profitez de l'ignorance du lecteur. L'empereur ne présida jamais de Concile œcuménique. A celui de Nicée, le premier qui soit œcuménique, Constantin parut avec toute la majesté impériale, mais il n'accepta de s'asseoir qu'après y avoir été invité par les Évèques. Il salua, en cette circonstance, les Pères dans le plus magnifique langage. Ce jour, dit-il, était pour lui le plus heureux de sa vie, car il les voyait tous animés du plus ardent désir de mettre un terme à une controverse qui lui paraissait des plus dangereuses. Sur ces mots, il laissa la parole à ceux qui présidaient le Concile (icapeStew -riv Xrfyov toTç t% (luvo'Sou orpoeSpoiç). (VoirEusÈBE, Vita Const.,]. III, c. xui.)Eusèbe était là présent, à côté de l'empereur, il sait donc bien ce qui se passa. Or, on ne pourrait citer un seul mot de lui qui laisse le moindre doute sur le rôle muet et inactif de Constantin dans les discussions. Il est vrai, il fut prié de servir d'arbitre dans certaines controverses personnelles entre Évèques» mais ne