‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 96 sur 536 · LIVRE III, DOCUMENT CCXVII · texte numérisé non relu

LIVRE III, DOCUMENT CCXVII

doctrine d'État, de la religion ou de Yirréligion d'État, dans ses écoles, ses collèges et ses universités. Là où il tolère l'enseignement libre, c'est en le combattant, à Taide des deniers publics, partout où il le rencontre, jusqu'à ce que les circonstances lui permettent de l'abolir, selon le programme des loges, ou de l'Église antichrétienne. S'il proteste donc, au nom de la liberté de conscience, contre l'alliance ou l'harmonie de l'Église et de l'État, sa protestation n'est qu'un leurre, car il pratique manifestement plus que l'union des deux puissances, il en pratique la confusion, et la pratique à son profit. C'est à la puissance armée qu'il attribue la puissance doctrinale, celle-là même qui, dans l'ordre de la Providence, est une puissance désarmée. Il reconstitue donc l'empire païen, la théocratie sans Dieu, le plus complet des despotismes.

Quand donc comprendra-t-on, que, si Ton ne montre pas une loi divine à laquelle nulle puissance humaine ne peut toucher, pas même la puissance qui en est dépositaire, une loi qui résiste aux caprices des rois ou des assemblées, on perd à jamais le droit de parler de liberté ?

Mais les puissances entendront-elles la voix du Concile? Ou persévéreront-elles dans leur théocratie sans Dieu, et consommeront-elles ainsi leur apostasie commencée?

Dieu le sait; mais ce que nous savons, c'est que cette pleine apostasie est annoncée par un livre dont les prophéties prodigieusement accomplies nous garantissent Taccomplissement de toutes les autres. Nous ignorons l'heure où la justice divine abandonnera le monde à lui-même; mais ce que nous savons, c'est que cette heure sonnera. Ce que nous savons, c est que « faites d'hommes, les sociétés ne sont pas faites autrement que Thomme », et qu'elles ne seront jamais capables deliberté qu'en proportion de leur soumission à la vérité. Ce que nous savons, c'est qu'avant la délivrance des peuples par le Christianisme, aucune société païenne n'a pu vivre sans lesclavage, aucune n'a soupçonné même la possibilité d'étendre la liberté civile à tous ses membres; et que si les sociétés cessent d'être chrétiennes, elles ne conserveront la jouissance

iU LE CONCILE DU VATICAN.

de la liberté civile à leurs citoyens qu'à la condition de la faire garder, comme dans les sociétés antiques de la Grèce et de Rome, par des multitudes de nouveaux esclaves, c'est-à-dire par les esclaves à terme des grandes armées permanentes. Celles-ci ne deviennent-elles pas deux fois nécessaires? Ne le deviennent-elles pas à la politique extérieure, depuis que le droit public des nations chrétiennes a fait place au droit nouveau et humiliant du fait accompli? Ne le deviennent-elles pas à la politique intérieure, depuis que les principes des apostats d'en haut sont devenus les principes des révoltés d'en bas? Oui, l'indispensable organisation des grandes armées permanentes n'est que l'organisation d'une nouvelle sorte d'esclavage, et le châtiment mérité de l'orgueil de notre temps.

Mais, quel que soit l'avenir du monde, je veux dire du monde temporel j une chose reste évidente, c'est que le monde spirituel \Si se divisant de plus en plus en deux parts, et que les deux grandes unités de la foi et de la négation se le partageront tout entier.

L'histoire n'a jamais offert de spectacle plus magnifique. C'est en le regardant en face, que, grâce au successeur de Pierre, le Concile général va faire retentir chez tous les peuples le plus puissant appel qui ait été fait depuis des siècles à la raison et à la conscience humaines, au nom de la seule unité qui puisse les apaiser toutes les deux.

Le Concile redira la parole du Christ à l'humanité : Il faut que les enfants de Dieu dispersés reviennent à F unité *. Ils sont tous l'œuvre d'une même main; ils sont tous le prix d'un même sang; ils sont tous les héritiers d'une même gloire. 11 faut qu'ils rentrent dans la seule famille qui porte sur la terre le nom de son Père, du Père de tous, et qui vérifie ce nom avec éclat. Le nom de catholique est trois fois divin; et l'Église qui porte ce nom, le vérifie seule manifestement dans le temps, dans l'espace et dans les choses. Elle seule est catholique dans le temps, puisque quatre ou cinq faits plus clairs que la lumière

i. JOAN., Xï, 52.

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