Histoire du Concile du Vatican
Démarches pour et contre l'ouverture prochaine des ndélibérations sur V Infaillibilité.
On se souvient que le concile avait été saisi d'un projet de définition relatif à l'Infaillibilité pontificale auquel avait adhéré la grande majorité des ses membres (i). Le 6 mars on ajouta au scliéma De Ecclesia, distribué le 21 janvier, un nouveau et douzième chapitre : Romanum Pontificem in rébus fîdei et morum definiendis errare non posse. Les observations relatives à ce chapitre devaient être remises par écrit au secrétaire du concile avant le 25 mars (2). Cependant l'affaire en resta là, et les directeurs du concile ne se pressèrent pas d'introduire cette cause. Il semblait plutôt qu'après la première constitution sur la Foi, on traiterait de la seconde constitution sur la Foi, puis d'un ou de plusieurs schémas disciplinaires, enfin du schéma sur l'Eglise, en suivant l'ordre de ses longs et nombreux chapitres.
Par contre, nombre d'évêques pensaient qu'on ne pouvait pas retarder la discussion en congrégation générale de l'Infaillibilité pontificale. La tempête qui s'était déchaînée dans différents pays contre cette doctrine continuait de sévir. /
Ses adversaires l'attaquaient et la défiguraient avec une
(i) Voir 11° volume, p. 179 sq. [Les traducteurs ont cru devoir condenser quelques passages un peu diffus des chapitres qui vont suivre et préciser quelque peu la documentation des questions qui intéressent spécialement le public français.] N. d. T.
(2) Ihid.,p. 317.
ardeur infatigable, une grande habileté, et parfois avec l'autorité d'une science peu commune. Beaucoup d'esprits en furent troublés, et de bous catholiques ne savaient plus à quoi s'en tenir. Bien des adversaires s'efforçaient ouvertement de réveiller et d'entretenir dans les fidèles l'esprit d'opposition et de révolte contre le concile, afin d'intimider les Pères et de les détourner de la définition d'une doctrine discréditée. Au sein même du concile, le dissentiment causé par cette question em^jèchait toute action commune, arrêtait la marche de tous les débats et troublait jusqu'aux rapports des Pères entre eux. Aussi les Pères qui étaient favorables à cette question s'efforçaient-ils de la faire aboutir le plus tôt possible, afin de déjouer les intrigues des opposants, de calmer les esprits surexcités et de favoriser enfin les travaux de l'assemblée.
Bientôt un grand nombre de pétitions parvinrent au Souverain Pontife, aux cardinaux-présidents et à la Congrégation des Postulats. On y demandait que le schéma sur l'Infaillibilité fût immédiatement discuté. Trente-six évêques prièrent, le 14 mai, la Congrégation des Postulats de soumettre ce schéma a la Congrégation générale « avant toutes les autres questions», afin d'imposer définitivement silence à ces hommes ignorants et insensés, qui répandaient dans les revues, les journaux et les brochures leurs erreurs sur le magistère suprême du pape », de mettre ainsi un terme à la lutte et de prévenir de plus grands scandales. Ils ont la ferme confiance, que la définition de l'Infaillibilité fera disparaître chez les Pères toutes les causes de discorde (i).
Une pétition de quatre-vingt-treize Pères, adressée aux cardinaux-présidents quatre jours auparavant, avait exprimé la même demande. Pour justifier l'urgence de la discussion de cette question importante, ils alléguaient, eux aussi, les cir-
(1) C. l'.,971, c. sqq.
LES PÉTITIONS IXFAILLIBILISTES 9
constances difficiles où l'on se trouvait. De plus, beaucoup d'éA-êques devaient regagner sous peu leurs diocèses. /
Ils désiraient cependant concourir, avant de partir, à l'élaboration du dogme^de l'Infaillibilité (i). Dans trois autres postulats des 2, 7 et 9 mars, trente-quatre membres du concile proposèrent aux x)résidents de connnencer les débats sur la priiuauté du souverain pontife, et surtout sur son infaillibilité doctrinale (2), aussitôt après la discussion sur le schéma sur la foi ou même en arrêtant là toute discussion ultérieure. Quatre Pères>'adressèrent au pape (3), et douze autres aux présidents des Congrégations générales (4), pour engager la discussion immédiate du schéma « j^our dirimer enfin cette question, qui offrait aux ennemis de l'Eglise un solide point d'appui et malheureusement une occasion de scandale aux faibles, et pour faire avancer ensuite plus librement et plus vivement les travaux du concile ».
Sans doute, les raisons qui poussaient les membres de la Majorité à faire ces démarches étaient légitimes, voire très graves. Puisqu'il était établi que la doctrine de rinfaillibilitc est une vérité révélée, les nombreuses attaques dirigées contre elle obligeraient désormais le concile à la définir, et cela le plus tôt possible. Toujours le rôle principal des conciles a été, quand des controverses ont mis en péril la foi, de défendre cette foi, dont l'Eglise a la garde, en exposant avec autorité la vérité en question, et en écartant le mensonge ou l'erreur. Aussi longtemps que les fidèles jouissent de la possession tranquille d'une vérité révélée, la définition n'en est pas nécessaire. Mais si elle est attaquée, et si, par suite, les chrétiens risquent de tomber dans l'erreur, alors les conciles s'assemblent pour déclarer
(1) Ibid.,969, d. sqq.
(2) Ibid.,968, a. sqq.
(3 Ibid.,969, c.
(4) Ibid,,972, b. s((.
solennellement ce qui est contenu « dans le dépôt de la foi, » et pour imposer le silence. Telle a toujours été la conduite de l'Eglise et tel est son devoir.
Or la Minorité, en présence du trouble profond suscité par la question de l'Infaillibilité, ne comprenait pas le caractère urgent de ce devoir./ Quelques évêques de la Minorité, en très petit nombre, il est vrai, ne considéraient point du tout cette doctrine comme une vérité révélée. Pour eux, cela va sans dire, elle ne pouvait pas être définie. D'autres, qui d'abord avaient cru à cette doctrine, l'avaient mise en doute sous l'influence de ses adversaires, ou avaient rencontré des difficultés historiques, dont la solution leur parut insuffisante. Ceux-là aussi pouvaient regarder comme impossible une définition immédiate de la doctrine avant l'élucidation de ces difficultés. D'autres encore craignaient les suites de la définition ; et l'hostilité qu'un si grand nombre faisaient paraître contre cette doctrine, hostilité qui, à vrai dire, aurait dû motiver une décision immédiate de l'Eglise, augmenta leurs craintes et les fit reculer devant une sentence définitive. Nous verrons de quelle manière cette crainte agit même sur les partisans de la définition et les fit hésiter.
La pensée des évêques de la Minorité fut exprimée dans un postulat, adressé le 14 mars par l'un d'entre eux au premier président (i). Ils demandent qu'on leur accorde le temps convenable pour l'examen préalable de la question. Si cela est nécessaire pour toute question traitée au concile, combien plus pour celle de l'Infaillibilité ajoutée il y a quelques jours, contre leur attente, au schéma De Ecclesia. « Celui-là seul, dit le texte de la requête, qui ne connaît pas l'étendue de cette question et les graves difficultés qu'elle soulève et qui
(1) L. ]".,973, d. s(iq. — Le Postulat est bien sign('' par six évêques hongrois, mais il paraît venir, on ne sait comment, de M*' de Ketteler. Du moins Tarchevèque de Gran le qualifie-t-il, dans sa collection des Postulats, de Requête de M"' de Ketteler, évéqiie de Maijence.