DEMARCHES DE LA MINORITE U
ne sait quelle étude de l'Ecriture, ;des Pères et de l'iiistoire de l'Eglise elle exige, ou qui enfin méconnaît la responsabilité qui nous incombe dans une décision conciliaire en matière dogmatique et particulièrement dans la question présente, celui-là seul pourrait s'irriter contre nous, si : i° vu notre droit indubitable ; 2° vu la nécessité de sauver la liberté et la nature même du concile, détruites si on refusait le temps nécessaire pour cet examen; 3° vu l'importance extraordinaire de la question ; 4** vu le devoir d'éviter de tristes scissions et des scandales fâcheux, nous x^rions et demandons que la discussion d'une telle question soit remise à un temps où les Pères, après un exameu sérieux, seraient suffisamment préparés à remplir leur devoir au concile. » / Si on ne fait droit à la demande les signataires se trouvent ainsi déchargés de toute leur responsabilité qu'ils rejettent dès lors sur les auteurs d'une démarche si x^récipitée.
Mais on pouvait se demander quand les adversaires de la définition se déclareraient prêts à commencer les débats. La question de l'infaillibilité n'est pas une des questions difficiles de la théologie. Les études théologiques, même élémentaires, faites par chaque évêque devaient suffire. Enfin depuis plusieurs années, cette question était passée aux premiers rangs des discussions théologiques, et tous les évêques savaient combien l'étude approfondie de cette question était urgente pour eux, puisqu'on répétait qu'elle serait l'objet principal des délibérations du futur concile. Dès l'ouverture des débats, elle dominait, en effet, tout le concile. Si, depuis ce temps, un évèque ne s'était pas fait une opinion, on ne pouvait pas espérer qu'il arrivât bientôt à une conviction ferme. Aussi le postulat semble-t il avoir pour but, comme plusieurs autres démarches de la Minorité, de retarder la discussion tellement qu'elle ne parviendrait jamais à l'ordre du jour. Du moins, prétait-on cette intention à la Minorité. C'est ainsi que les évêques de la Majorité,
d'après les notes de l'un d'eux, étaient mécontents de voir retardé de nouveau le terme fixé pour la remise des observations sur le schéma de l'Infaillibilité, « parce qu'ils savaient que M-' d'Orléans, l'archevêque de Paris et les autres évêques de l'opposition n'avaient décidé le cardinal Bilio à proroger les débats que pour gagner du temps et rendre la définition impossible » (i). /
On peut se demander quelle était la ligni; de conduite des présidents du concile au milieu de ces démarches contradictoires. Il n'est pas douteux que, s'ils se laissèrent influencer, ce fut plutôt par la Minorité. « Le cardinal de Angelis », dit le diaviiim bien connu, a pensait qu'il fallait attendre l'apparition du rapport que le cardinal Cardoni avait écrit [en qualité de consulteur de la Commission de la Foi]. Le cardinal de Liica recommandait la plus grande prudence... Le cardinal Bilio montrait toujours de nouvelles hésitations. Seuls les cardinaux Capalti et Bizzari se prononçaient résolument pour l'urgence de la question. Le rax^port du cardinal Cardoni fut imprimé sur ces entrefaites et distribué aux Pères, sans qu'on en ait tiré le moindre avantage. » (2)
Si la Majorité n'avait pas poursimi la réalisation de son plan avec une persévérance infatigable, jamais on ne serait parvenu à mettre en discussion l'infaillibilité. Ses adversaires mirent tout en ocnivre pour décider les cardinauxprésidents à mettre en délibération, après le schéma De fide catholica, le schéma De Ecclesia, en suivant rigoureusement l'ordre de ses onze chapitres; ils espéraient que de cette manière on n'arriverait jamais au chapitre onzième de la primauté. Le cardinal Bilio surtout était l'objet de leurs sollicitations, et, plus il laissait apercevoir d'indécision, plus
(1) DiARiu.M : Qiiae (le definilione InfaUibiiitatis acta sunt, ii.25.
(2) DiARiuM. 1. c.,n. 22.