REFUTATION DE LA PREMIERE BROCHURE
dront point les portes de l'enfer, l'inébranlable fondement de la foi » (p. 2), mais il n'a pas déduit de ce principe la conclusion qui semble endécoulerimmédiatement,savoir: que saint Pierre et ses successeurs ont reçu le privilège d'écliapper à tout péril d'erreur quand ils i)roclament une décision en matière de foi. En effet, si l'Eglise, qui doit avant tout conserver le dépôt de la vraie foi, a pour fondement inébranlable Pierre et ses successeurs, comment expliquer que, ceux-ci venant à errer dans la foi, l'Eglise elle-même ne s'égare pas? De plus, l'indéfectibilité de l'Eglise n'apparaîtelle pas surtout en ce que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle, et en ce qu'elle est nommée colonne, fondement de la vérité? Pourquoi donc ce qui prouve l'infaillibilité de TEglise en matière de foi ne démontrerait-il pas aussi l'infaillibilité doctrinale du Saint-Siège ? Et vraiment, quand il s'agit d'exalter l'autorité du concile œcuménique, reconnu par tous infaillible dans les décrets dogmatiques, pourraiton trouver des termes plus expressifs que cette dénomination : l'inébranlable fondement de la foi ? Bref, déclarer que le Saint-Siège est unanimement reconnu comme l'inébranlable fondement delà foi, c'est reconnaître l'infaillibilité du Saint- Siège dans les décisions doctrinales » (p. 5 sq.)./
Le Père Wilmers se demande ensuite si la soumission prô- •cliée par le cardinal à l'égard des décisions pontificales est suffisante. Celui-ci n'appartient nullement à l'école qui, en face des décrets dogmatiques du pape, réclame seulement le silence respectueux. « Mais s'il déclare que les catholiques doivent accepter les décrets du Saint-Siège en matière de foi et de moeurs avec une obéissance empressée et une grande -confiance, pourrais-je savoir quels textes de l'Ecriture, quels monuments de la tradition ecclésiastique l'autorisent à réduire simplement la soumission de l'intelligence à une grande confiance. A coup sûr, l'auteur de la brochure n'a pas tenu compte du concile de Florence, définissant que « le pontife
romain est le Père et le Docteur de tous les chrétiens et qu'il a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la personne de Pierre, plein pouvoir de paitre, régir et gouverner l'Eglise universelle, ainsi que nous l'apprennent les décrets des conciles œcuméniques et les saints canons ». Il semble aussi n'avoir pas considéré la profession de foi du concile de Trente : <c Je reconnais dans la sainte Eglise romaine, catholique et apostolique, la mère et la maîtresse de toutes les Eglises; je promets et je jure une véritable obéissance an pontife, prince des apôtres et représentant de Jésus- Christ. »
Quand Dieu lui-même charge quelqu'un d'enseigner à toute l'Eglise ce qu'elle doit croire, nous devons obéir à ce vicaire de Dieu ; une grande confiance ne suffit i^oint ; il faut la pure et simple obéissance, c'est-à-dire la pleine soumission de l'intelligence » (p. 6 sq.).
« L'auteur de la seconde brochure : De l' infaillibilité personnelle du souverain pontife, n'a pa,s réduit cette obéissance à ce minimum... Il confesse ouvertement a qu'il est faux et défendu, en présence des décisions pontificales sur la foi ou les moeurs, de ne témoigner qu'une soumission extérieure (à peu de chose près, le fameux silence respectueux), sans y joindre la soumission intérieure du jugement. Il dépend de l'objet de cet^ décision que cette soumission intime soit acte d'obéissance ou acte de foi. Elle est acte de foi, lorsqu'il s'agit de choses révélées par Dieu et proposées à notre croyance par l'Eglise comme vérité divine, par exemple, le sens d'une erreur contre la foi, le sens d'une proposition condamnée. / L'acte de pure obéissance, qu'on nomme encore l'assentiment moral, est requis pour d'autres questions, qui ne sont pas strictement dogmatiques, par exemple : la pensée intime(y) d'un auteur, quand il écrivait « (p. 4). La brochure reconnaît donc que les fidèles sont tenus à l'acte de foi, chaque fois qu'en vertu de son autorité souveraine le Pape propose à
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l'Eglise viue vérité comme révélée. Mais dès lors il devient malaisé de comprendre comment, ce principe admis, l'auteur ne concède pas le second : de telles décisions sont nécessairement exemptes d'erreur, et, par le fait même, le Pape, en les promulguant, est infaillible. Car, d'après les promesses du Christ, il est impossible que l'Eglise entière tombe dans l'erreur ou puisse être obligée d'accepter comme vérité de foi une erreur. Or, cela deviendrait possible, si le Pape, en portant de tels décrets, était tombé dans l'erreur, ne fût-ce qu'une fois. On voit combien il est difficile d'admettre « ce qui pour les catholiques est hors de conteste )>, et de ne pas vouloir cependant que le Pape, lorsqu'il tranche les questions de foi, soit infaillible (p. 7 sq.).
Après une juste appréciation de la théorie sur l'infaillibilité de l'Eglise particulière de Rome (i), le Père Wilmers s'en prend à l'auteur de la Question, et démontre que le problème ainsi posé : « le pontife romain a-t-il reçu de Jésus-Christ Notre- Seigneur la plénitude du pouvoir? » pouvait bien être regardé comme résolu, w Dans la profession de foi solennelle présentée par Michel Paléologue au II® concile œcuménique de Lyon, nous lisons : La sainte Eglise romaine possède aussi la pleine et complète suprématie sur l'Eglise catholique entière, pouvoir qu'elle reconnaît en toute vérité et humilité avoir reçu ayec la, plénitude de Vautorité, du Seigneur lui-même, en la personne de saint Pierre, prince et chef des apôtres, dont le pontife romain est le successeur. Et comme l'Eglise romaine a le devoir, avant toutes les autres églises, de défendre la vraie foi, elle doit par son jugement trancher les difficultés qui s'élèveront peut-être au sujet du dogme... » / Nous lisons encore dans le décret du concile de Florence : «Nous déclarons... que (le pontife romain) en la personne de saint Pierre a reçu de Notre-Seigneur Jésus-
<1) Animadversiones, p. 9 et sc(. Voir plus haut, p. 27 et sqq.
Christ pleine puissance de -paître, de régir et de gouverner l'Eglise universelle (p. lo) ». « Mais jusqu'à présent », dira-t-on, « il n'est pas établi que cette autorité du pape soit l'autorité suprême, en ce sens que, i3ar elle-même, sans le concours et l'assentiment de l'Eglise universelle, elle ne puisse pas errer ». A cette objection, le Père Wilmers réplique : « Que veut dire par là l'auteur ? Que les décrets des conciles attribuant au pontife de Rome la plénitude de la puissance ne traitent pas aussi explicitement des parties constitutives de cette suprême puissance que de cette suprême puissance elle-même'^ Ou bien, que, depuis le concile de Constance, lorsqu'il s'agit d'expliquer ces parties constitutives, ou d'affirmer le point spécial relatif au magistère, on ne constate plus la même unanimité que lorsqu'il est question de défendre l'autorité suprême et le souverain pouvoir de gouverner? Si c'est ce que veut dire l'auteur, il a raison; et c'est même le motif pour lequel beaucoup de théologiens appellent la doctrine de l'infaillibilité pontificale proche de la foi (fidei catholicae proxima). et non doctrine catholique {non tamen de fide catholica) ; par suite, l'opinion contraire serait proche de Vhérésie, non strictement hérétique. Mais il est évident qu'une proposition a beau n'être pas affirmée comme dogme de foi catholique {fide catholica), c'est-à-dire par une définition et un décret solennel de l'Eglise, elle peut être néanmoins certaine de foi divine {p-de divina), lorsque des arguments solides prouvent qu'elle est contenue dans la révélation. Donc, si la doctrine de l'infaillibilité pontificale n'est pas enseignée assez clairement par l'Eglise pour exclure de la communion des fidèles ceux qui la nient, cependant, il n'est nullement permis de conclure que l'infaillibilité du pontife romain manque de fondement, comme si aucun autre argument valable ne pouvait l'étayer. (p. 1-2). Une déduction sérieuse, tirée des sources de la révélation, est certaine de certitude divine {certitudo divina), et peut être crue de foi divine