‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 2)Chapitre 69 sur 108 · L OPPORTUNITE DE LA DEFINITION ET LES GOUVERNEMENTS · texte numérisé non relu

L OPPORTUNITE DE LA DEFINITION ET LES GOUVERNEMENTS

l'évêque de Saint Gall avait dit des persécutions de l'Eglise en Suisse et des intentions hostiles à l'Eglise du parti alors au pouvoir. Mais tous deux étaieut d'avis que cette attitude des ennemis de l'Eglise n'était pas une raison pour le Concile de surseoir à la définition. Ces intentions hostiles à l'Eglise, dit M^*' de Preux, n'ont pas leur source dans la question de l'Infaillibilité, car elles existaient longtemps avant que cette ardente controverse n'eût commencé. Cette question ne sera pas non plus pour l'avenir une cause de nouvelles persécutions. Elle leur servira, il est vrai, de prétexte. Mais les persécutions arriveront sans elle, car, en Suisse, le plan des ennemis dé l'Eglise est de détruire entièrement la religion catholique dans la Confédération Helvétique.

Le cardinal Schwarzenberg avait, nous l'avons entendu, exprimé la crainte que la délinition n'excitât un mouvement d'Eglises nationales : le cardinal Cullen (i) lui repondit en lui montrant l'Irlande, où les catholiques ont pu rendre inutiles • tous les efforts du gouvernement en ce sens. Depuis trois siècles, dit-il, les princes les plus puissants de l'Angleterre ont employé toutes leurs forces pour constituer en Irlande une Eglise nationale; mais parce que les évêqucs étaient d'accord entre eux et intimement unis au Siège Apostolique et parce que le peuple était plein de foi, ces projets n'ont pas pu aboutir. Si le peuple et ses évêques sont fidèles à la foi et dévoués à l'Eglise romaine, ni princes, ni révolutions, ni sociétés secrètes ne réussiront jamais à établir une Eglise nationale.

Mais M^"" Clifford (2) attaqua cette courageuse affirmation. Il signala l'Angleterre, l'Ecosse, la Prusse, l'Allemagne du Nord, le Danemark, la Suède, la Norwège, où les gouvernements ont réussi à fonder des Eglises nationales. — Mais

(1) 54' Congrégation générale (19 mai). Acta, e{c.,Ul, 107.

(2) 59* Congrégation générale [i5 mai). Acta, etc., III, 315.

ces exemples iie sont pas choisis heureusement. Ils montrent bien que des peuples peuvent faire défection, mais nullement que les princes peuvent, contre la volonté de leurs peuples, établirdes Eglises nationales./ Toutefois, M^"" Clifford avait bien a^aison d'engager les auditeurs à ne pas fournir aux princes l'occasion de songer à établir des Eglises nationales. Mais la simple crainte de suggérer aux princes une pareille idée ne pouvait en aucune manière être un motif pour omettre la définition de l'Infaillibilité.

M^'" Salas (i), du Chili, parla d'une manière très énergique sur ce sujet. Quand il s'agit d'une définition dogmatique, dit-iL il ne faut pas laisser les gouvernements s'en mêler. Jésus-Christ n'a pas ordonné aux apôtres d'implorer, dans l'exercice du magistère, la faveur de l'empereur et des gouvernements. D'où vient donc pour l'Eglise cette règle nouvelle, qu'elle doit, pour l'explication d'une vérité de foi, se demander d'abord si cette vérité plaît ou non aux gouvernements? De ce qu'un gouvernement professe le catholicisme, il n'acquiert pas le droit de s'immiscer dans l'exercice du magistère de l'Eglise. D'ailleurs, beaucoup de gouvernements ont pris une attitude hostile vis-à-vis de l'Eglise. Ils peuvent d'autant moins réclamer des égards spéciaux de la part de l'Eglise dans l'exercice de son devoir doctrinal. — Mais, objecte-t-on,on s'expose à la persécution en provoquant les gouvernements. C'est donc par crainte qu'il faudrait les omettre? Or l'évêque, dit Saint Chrj'sostôme, doit être un homme courageux. Le courage ne connaît pas la peur. Viennent les persécutions ! « A^'e les craignez pas », a dit Jésus-Christ. En mourant, nous remporterons la victoire. Cependant la gloire des martyrs ne nous est pas destinée. Ou ne nous tuera pas à cause de la définition! Les hommes d'Etat n'iront pas, de dépit, jusqu'à toucher à notre vie. Et si leur fureur devait

(1) 58' Congrégation générale (24 mai*. Acta, etc., HI, 252 sqq.

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grandir encore, on verrait se dresser contre elle la conscience •catholique, le peuple catholique et surtout la force invincible ■des évoques catholiques; ils ont toujours opposé leur poitrine ^ux assauts et aux entreprises insensées des ennemis de l'Eglise. Et c'est un roc contre lequel ces ennemis se sont brisés, comme se brisent les vagues qui se dissipent en écume. /

M*^''" Rota (i) s'exprima comme M^'' Salas. « Les gouvernements? dit-il. Je voudrais demander à tous les évêques assemblés ici si les persécutions qu'ils ont endurées, et qu'ils endurent encore, tirent d'abord leur origine de la question de l'Infaillibilité du Pape, ou s'ils n'ont pas plutôt souffert, avant même qu'il ne fût question d'un concile, les confiscations, la prison, l'exil et les peines de toutes sortes? Je ne l^arle que des Italiens et des Espagnols, dont les souffrances sont plus récentes et les dommages peut-être plus considérables. ))

En Angleterre et en Irlande cependant, il existe, à ce qu'il paraît, un obstacle i)articulier. Dans les remarques faites à propos du schéma, plusieurs Pères observèrent que les évêques et les théologiens d'Angleterre et d'Irlande, avant l'émancipation des Catholiques, avaient été interrogés par le Parlement anglais s'ils admettaient que le Pape pouvait, sans l'assentiment des évêques, imposer au peuple des décrets concernant la foi et les mœurs (2). Tous les évêques et théologiens, dit la 97'^ remarque, et, parmi eux, deux prédécesseurs du Cardinal de Dublin avaient répondu négativement à la question. Le Parlement, satisfait de cette réponse, avait accordé aux Catholiques les droits civils et politiques. « Qui

(1) 58' Con.2;rcgation générale (24 mai). Acta, etc. 111,267.

(2) Remarques 17', 8:3", 97° et 130'. — Les remarques des évêques pour le schéma sur rinfaillibilité du Pape ont été publiées par Friedrich, Documenta ad iUustrandiim conciliuin Vaticanum anni 1870, II, 212, sqq Les actes pour rémancipation des catholiques en Angleterre se trouvent dans FitiEDBERG,5am/n- Inng (Ur Aktenatïi cke %um erxten Vatikanischen Kon-JI, p 347 sqq.

doue, demande l'auteur de cette remarque, convaincra les protestants que les Catholiques n'ont pas manqué à l'honneur et à la bonne loi si. alors qu'il sagiss-ait d'obtenir les droits civils et politiques, ils ont déclaré publiquement que la doctrine de l'inlaillibilité du Pape ne taisait pas paitie de la foi catholique, et si maintenant, quand ils ont atteint leur but, ils renient leur déclaration publique et affirment le contraire? »

Plusieurs évoques d'Irlande prirent la parole dans les débats généraux au sujet de cette 97® remarque. Le Cardinal Cullen voulut seulement prouver que ses deux prédécesseurs^ desquels seuls il j)eut être question dans la remarque, avaient ouvertement et solennellement reconnu l'infaillibilité du Pape./ (i) Mais M^' Mac Evilly, évêquedeGal\vay(2), traita la question dans toute son ampleur.

Il dit que les évoques dont il est question dans le document avaient déclaré, à la demande du parlement, — et que lui-même ne ferait aucune difficulté de déclarer encore maintenant du haut de la tribune du Concile, — que la doctrine de l'Infaillibilité du Pape n'a]:)partenait pas tellement à la foi catholique que les catholiques soient obligés de l'admettre sous peine d'hérésie.

L'auteur de la remarque affirme, sans doute, que le parlement, plein de confiance dans la réj)onse des évêques, avait accordé aux catholiques les droits civils et politiques. Mais si, par là, il entend que la déclaration des évêques a été un motif pour le gouvernement anglais ou une conditio sine qiia non pour leur accorder pleinement les droits civils, c'est une assertion inexacte. Les catholiques irlandais, comme on le voit par les discours du président des Ministres, Robert Peel, et du duc de Wellington, premier conseiller de la Couronne,

(J) 54' Congrégation générale (19 mai). Acla, etc., III, 112. (2) 59' Congrégation générale (25 mai). Acta, etc., 111,293 sq.

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lors de l'émaiicipation des catholiques, avaient obtenu la pleine jouissance de leurs droits civils, parce que l'Irlande, sous la conduite d'O'Connel, avait montré qu'elle était une puissance imposant le respect à la nation, et qu'on avait à craindre une guerre civile si l'on continuait à traiter les catholiques comme on l'avait fait jusqu'alors. Les serments des évêques,dont la note parlait,n'avaient eu aucune influence sur la concessTDn des droits civils accordés aux Irlandais et à un petit nombre de catholiques d'Angleterre.

Plus tard, M^"" Purcell, évêque de Cincinnati (i), parla encore une fois en termes précis d'un serment dans lequel les évêques ii landais auraient renié la foi à l'Infaillibilité du Pape. 11 ajouta que trente-cinq éditions d'une brochure : Principia Catholicoiiim Angliae circa regem et summum Poniificem, dont un exemplaire avait été transmis au ministre Fitt, avaient paru en Angleterre et en Irlande, pour prouver que tous les catholiques avaient renié cette doctrine. /

Quel est l'auteur de cette brochure ? A-t-elle atteint son but ? L'orateur n'en dit mot. Quant à ce serment, M^"" Gilooly, évêque d'Elphin (2), déclara qu'il avait du être prêté par quelques évêques et catholiques irlandais dans des circonstances particulières, mais qu'il était présentement aboli. Du reste, il ne renfermait que l'assurance solennelle que la doctrine de l'Infaillibilité du Pape n'était pas du nombre des. dogmes définis.

(1) 62* Congrégation générale (31 mai). Acta, eic, III, 436.

(2) 64* Congrégation générale (3 juin). Acta, etc., III, 502.

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