LES POLEMIQUES
avaient eu à souffrir, ils s'en tinrent là et oublièrent, semblet-il, les atteintes à la liberté que je viens de rappeler. Ayant l'honneur de m'adresser à un auditoire éclairé et versé dans le droit canonique, Je ne rappellerai pas ici les peines sévères qu'encourent ceux qui tentent d'en appeler au bras séculier contre l'Eglise ou contre son Chef. Si donc ces orateurs distingués se sont plaint de l'attitude violente de quelques journaux de Rome et de Paris contre les évêques, à mon tour je regrette qu'ils aient oublié les nombreuses invectives et les calomnies indignes lancées contre le concile et le Saint-Père par toute la troupe des journaux incré^ dules et libéraux de l'Univers entier. Ajoutez à cela quelques feuilles prétendues catholiques de France et d'Allemagne, qui tenaient leurs renseignements de Rome même et par les schémas qui étaient publiés dès qu'ils nous étaient présentés, malgré le secret papal qui les protégeait, et en dépit de toute loyauté et de tout honneur. Par là aussi les hommes politiques étaient incités à porter atteinte à notre liberté épiscopale, soit pour la détruire, soit pour la resteindre contre tout droit sous le couvert de faux prétextes. / Certains évêques se sont plaint des attaques dirigées contre eux dans les journaux. Mais lorsqu'un évêque fait paraître un écrit, destiné non pas à son diocèse, mais à tout son pays et à l'Eglise, et qu'il l'insère dans les feuilles publiques, je ne vois plus de quel droit après être descendu dans l'arène et n'avoir pas épargné les coups il se plaindrait des coups qui ne lui seraient certes pas ménagés. Après avoir endossé l'armure de combat, peut- il bien prétendre encore aux privilèges de la soutane ? »
Une objection souvent répétée par les écrits hostiles au concile était que les évêques des grands diocèses étaient opposés au dogme de l'infaillibilité j^ontificale, tandis que les évêques missionnaires et les titulaires de sièges plus modestes lui étaient, au contraire, favorables. Ainsi comprise, affir-
mait-oii, la majorité était plutôt contre que pour la définition, car c'est la qualité, et non la quantité, des voix qui devait-l'emporter. Et cependant, jamais cet argument ne fut apporté dans la discussion générale contre la définition. Par contre, M^'" Salas le discuta très en détail (i). Et d'abord il trouvait dans les deux camps des représentants des grandes villes épiscopales. Mais l'importance des villes et le fait d'être le pasteur d'un grand diocèse ne changeaient en rien l'importance qu'un évêque pouvait avoir dans un concile. « Un évoque, dit-il, a-t-il plus de valeur parce qu'il est préposé à une plus grande ville ? Il n'en est pas un parmi nous, Révérendissimes Pères, qui nourrisse une pareille idée. Sans doute, dans cette grande assemblée de l'Eglise, il y a un ordre hiérarchique que je respecte, que j'admire et que j'apprécie ; mais en ce qui regarde le droit de vote ... nul ne peut se dire plus élevé, nul plus puissant qu'un autre. » /
Si quelque chose distinguait un évêque, n'était(;e pas ce que l'apôtre saint Paul (2) disait de lui-même pour répondre à ceux qui s'efforçaient de mettre en doute la légitimité de sa dignité d'apôtre? « Sont-ils ministres du Christ ? Je le suis plus qu'eux, bien plus qu'eux par les travaux, bien plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements; souvent j'ai vu de près la mort... dans les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité. » Tels étaient les caractères glorieux qui distinguaient les apôtres et les évêques; or ces signes brillaient surtout dans les évêques missionnaires. Leurs voix ne devaient donc pas avoir moins de valeur que celles des évêques des grandes cités. Or, c'est précisément les évêques missionnaires que les adversaires de l'Infaillibilité se permettaient de déprécier, sous prétexte qu'ils n'étaient pas libres,
(1) 58° Congrégation générale (24 mai.) Ada, etc., III, 256 sq.
(2) 2 Cor., XI, 23,27.