‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 129 sur 152 · REPONSES A M-1 DUPANLOUP · texte numérisé non relu

REPONSES A M-1 DUPANLOUP

tiennent à l'époque si funeste du schisme d'Occident et des Conciles de Constance et de Baie ; en dehors de ceux-là, la liste qu'il a donnée ne contient que des Gallicans et quelques controversistes allemands ou anglais; elle n'est d'ailleurs pas exacte; il y faut effacer les noms d'un grand nombre qui s'y trouvent cités à tort comme ayant nié l'infaillibilité du Pape : M*-'1' Dechamps les énumère (i). Il démontre ensuite que cette doctrine est affirmée par la tradition universelle (2), et renvoie, pour en trouver un exposé plus détaillé, à l'œuvre de dom Guéranger contre M-' Maret : De la Monarchie Pontificale, à propos du livre de Mgr l'évêque de Sura.

Dans la dernière (la sixième) partie de sa Réponse, AI-1' Dechamps traite de l'opportunité de la définition, et discute les prévisions de M6* Dupanloup sur les funestes conséquences qui en découleraient. Ces périls lui paraissent fort exagérés (3).

11 n'était pas bien difficile de réfuter M-1 Dupanloup. Mgr Dupanloup a le mode oratoire ; // il excelle, dans une controverse, à tirer parti de tous ses avantages et en particulier à frapper le lecteur en lui répétant avec insistance quelque pensée saisissante; mais si l'on y regarde de près il ne reste pas grand'chose de ses développements.

Des difficultés que Mgr Dupanloup avait opposées à la définition, celle qui semblait devoir mériter l'attention était assurément les périls qui devaient suivre de la définition ; — or, c'est précisément sur ce point et du côté où il s'était appuyé qu'il se trouva le plus contredit.

Vers le milieu du mois de mars, Mgr Bonjean, vicaire apostolique de Jaffna, adressa à l'évêque d'Orléans une lettre (4)

(i) Ibid., p. 25 sqq. C. V. 1345 d. sqq. (2! Ibid., p. 40 sqq. C. V. 1348 d. sqq.

(3) Ibid., p. 72 sqq. C. V. 1350 d. sqq.

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pour éclaircir un passage de sa brochure qu'une longue expérience lui permettait de mieux apprécier. L'évêque missionnaire reproduisait d'abord les paroles « si pathétiques » de M*-'1 Dupanloup sur les périls que ferait naître le dogme de l'infaillibilité parmi les païens, les schismatiques et les protestants. Il poursuivait ensuite en ces termes : « Vingttrois années de ministère au milieu des Indous, des boudhistes et des protestants de l'Inde anglaise (près de 180 millions d'âmes), me permettent d'apprécier, en ce qui les touche, cette question d'opportunité. Or, ces peuples d'une civilisation si ancienne et si étonnante,... ont à un haut degré le sentiment de l'autorité dans les choses religieuses. Religion vraie, autorité infaillible, sont dans leur esprit des idées connexes, inséparables. « Toute lampe n'est pas une lampe, s'écrie un de leurs philosophes, mais seule la lampe qui ne ment pas (qui ne trompe pas) est une lampe pour le sage. » Disons à ces infidèles que le chef de l&vraie religion (c'est ainsi qu'ils distinguent notre sainte Religion de toutes les autres) celui que les chrétiens appellent leur « Vénérable Père, le Très Saint Seigneur Pape », est le successeur de saint Pierre, lui-même le vicaire infaillible de Jésus-Christ, l'organe de Dieu sur la terre ; à l'instant cette vérité les pénètre : « Voilà, s'écrient-ils, la vraie Religion. »

» Entreprenons au contraire de leur faire entendre que les sentences de ce représentant de Dieu ont besoin d'être confirmées par d'autres : et la religion catholique descendra dans leurs esprits jusqu'au niveau d'une institution humaine.

» Quand donc, de retour au milieu d'eux, nous leur annoncerons (pie le Concile du Vatican a solennellement affirmé la foi de l'Eglise à l'infaillibilité de son chef, ils seront également frappés de la grandeur de l'acte et de la sublimité de la doctrine. « Voilà qui est bien, diront-ils ; voilà qui est la vérité même. » Leur entrée dans le bercail n'en saurait donc être retardée d'un seul jour.

RÉPONSE DE MS1 BOîîJEAB 39o

» Mais les protestants?... Ecartons d'abord les indigènes, si peu nombreux du reste, dont toute la raison d'être protestants se résume dans une question d'intérêt temporel: ceux-là seront, après notre définition, ce qu'ils sont aujourd'hui, les serviteurs de Mammon, toujours, hélas! loin du royaume de Dieu. Parmi les protestants européens, créoles, de sang mêlé, distinguons — les hérétiques — les chercheurs de bonne foi — les indifférents. Laissons encore ces derniers; le développement de nos dogmes ne saurait les toucher ni dans un sens ni dans l'autre, — Les fanatiques, les bigots poursuivent d'une haine implacable l'Eglise et tout ce qui tient à l'Eglise. N'attendons rien d'autre d'eux; ils sont incorrigibles! Si le Concile définit l'infaillibilité, ils attaqueront la définition du Concile ; si le Concile s'abstenait, ils lui jetteraient l'opprobre et la risée... — C'est assez dire que « pour le clergé catholique qui vit au milieu des protestants de l'Inde anglaise, tout le terrain de la controverse religieuse ne sera pas changé ». Le sera-t-il ailleurs?

» Mais, Monseigneur, si ces ennemis jurés de l'Eglise viennent à apprendre la polémique actuelle, — et la renommée de votre nom attirera leur attention sur ce fait regrettable — ils triompheront : «Cette unité catholique, diront-ils, n'était donc après tout qu'une apparence, une prétention. N'avionsnous pas prédit que le Concile mettrait à nu les divisions intestines de cette Eglise? Voyez plutôt l'évêque d'Orléans, naguère le champion du Saint-Siège ! Aux évêques qui réclament une définition, il répond: Y songez-vous!... Mais les difficultés les plus grandes s'y opposent; et il ajoute : N'avezvous donc pas entendu le cri des évêques d'Allemagne, de la Hongrie, de la Bohème, et de tant d'autres? Doue, division des évêques catholiques sur un point capital: cela étant, où est l'unité? Et ce sera, Monseigneur, partout ailleurs, j'ose le dire, comme chez nous, un scandale immense »

« Venons à cette classe de nos frères séparés... qui oher-

39G HISTOIRE 1)1 COXCILE m VATICAN

client la vérité... Ils ont soif de la vérité, de la vérité tout entière, Monseigneur; ils ne sauraient s'arrêter à l'étape du gallicanisme ni à aucune autre; il leur faut la source même des eaux vives et pures qui rejaillissent jusqu'à la vie éternelle. Mais s'ils voyaient l'Eglise, en face de tant et de >i audacieuses dénégations, hésiter à affirmer sa croyance sur un point aussi vital, leur propre courage ne faiblirait-il pas? Xe s'arrêteraient-ils pas dans leur course, scandalisés, déconcertés y »

MK1 Bonjean examine enfin l'impression qui se produirait sur les catholiques de l'Inde. M-1' Dupanloup pense que si le pape écartait du concile le dogme de l'infaillibilité, « toute la catholicité, l'Europe, le monde entier applaudirait ». Or, le vicaire apostolique se permet de faire remarquer qu'au moins les catholiques de l'Inde ne s'associeraient pas à ces applaudissements. « Car ces onze cent mille chrétiens croient au magistère infaillible du pape. Leur missionnaire, envoyé par l'évêque; leur évêque, envoyé par le pape; le pape, vicaire infaillible de Jésus-Christ; voilà les fondements de leur foi. Des conciles, ils en avaient jusqu'ici peu entendu parler: du consentement de l'Eglise dispersée, moins encore. Si donc on devait leur dire que ce concile, dont nous leur avons l'ait attendre tant de grandes choses, a refusé de se prononcer sur cette vérité qu'ils ont toujours crue, quel scandale! »

« Au nom de 180 millions d'infidèles, conclut Mgr Bonjean, de i5o,ooo protestants, de 1,100,000 catholiques des Indes, au nom surtout des 60,000 catholiques dont j'ai la charge à Jaffna, je vous conjurerais d'abandonner une opposition qui va scandaliser tant de faibles dans la foi, donner aux ennemis de l'Eglise dans nos pays de nouvelles armes, et qui tend à obscurcir l'éclat de ce grand phare du Vatican, dont les splendeurs, brillant au milieu de toutes les ténèbres de l'hérésie, du panthéisme, du boudhisme et de l'idolâtrie, indiquent aux malheureux adeptes de ces désolantes doc-

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trines le chemin de la patrie et le port du salut (i). » Ce témoignage de Mgr Bon] eau ne devait pas rester isolé. / Vingt-deux évêques qui travaillaient comme lui en divers lieux du monde, au milieu des païens et des non-catholiques, rédigèrent une adresse commune qu'ils envoyèrent à L* Uni vers, et où ils déclaraient qu'ayant lu avec la plus vive satisfaction la lettre de M*-1' Bonjean, ils étaient heureux de lui donner leur pleine adhésion. L'adresse, accompagnée de toutes les signatures, lut publiée par le journal (2).

Mgr Barbero, vicaire apostolique d'Hyderabad, qui, après quinze ans de missions parmi les païens et les protestants, venait d'être consacré évèque en arrivant au concile, envoj^a immédiatement, lui aussi, son adhésion : «Cette lettre, dit-il, est digne d'un missionnaire vétéran qui a consumé sa vie au milieu des païens et des protestants. Elle exprime avec une grande vérité et beaucoup de clarté, ce qu'on touche du doigt dans les missions, savoir : que la décision de l'infaillibilité pontificale par le concile œcuménique ne rendra pas plus difficile la conversion des infidèles et des protestants. Elle ne fera que confirmer ce que prêchent continuellement les missionnaires, mettre de plus en plus en lumière la solidité de cette pierre contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais, et rendre plus évident ce lien qui resserre les membres à leur chef, cette concorde que les païens et les protestants envient si fort aux catholiques (3). »

M-1' Bonjean avait parlé au nom de sa mission; celle-ci devait, à son tour, confirmer solennellement son témoignage. A peine les missionnaires de Jaffna eurent-ils connaissance, par L'Uxivers, de la lettre de leur évèque, qu'ils lui adressèrent leur adhésion collective. « Votre Grandeur, disaientils, dissipe avec une évidence palpable les vaines alarmes que

(1)IC. F. 1355 a.

(2) Ibid., 1355 c. sqq.

(3) Ibid., 1356 c. sq.

l'ait naître dans l'esprit de Mgr d'Orléans l'infaillibilité du pape érigée en dogme... A la suite de tous les vénérables prélats qui ont adhéré à votre lettre, nous adhérons donc à l'évidence des raisons qu'allègue Votre Grandeur, pleinement convaincus que le plus grand malheur qui puisse arriver à nos chrétiens et le plus funeste obstacle qui puisse être apporté au retour des hérétiques et à la conversion des infidèles de ces contrées serait, de la part du saint concile, un silence laissant dans l'incertitude et le doute une vérité que chaque missionnaire des Indes professe et enseigne comme une vérité catholique. » // La lettre porte dix-sept signatures; un post-scriptum ajoute que tons les missionnaires dispersés dans le vicariat ont le même esprit et le même cœur; seul leur éloignement, nécessité par les besoins des fidèles dans la vaste étendue du vicariat, ne leur permet pas d'apposer leur signature à cette lettre (i).

L'archevêque chaldéen d'Amadija (Kurdistan turc), Mer Georges Ebedjesu Khayatt, dans une lettre (2) du 22 mai adressée à M8* Baillés, ancien évêque de Lueon, montra que les Chaldéens unis tenaient fermement à l'infaillibilité du pape, et qu'on se faisait illusion en croyant que la définition éloignerait de l'Eglise les non-catholiques de son pays. Les Chaldéens ont, pour la plupart, embrassé la religion romaine à la lumière d'un livre composé par le patriarche Joseph II (mort en 1712). Ce livre, le Mahzitha Mrikta (le Miroir clair), est toujours en grande estime chez eux. Or, « le premier chapitre développe cette thèse que l'Eglise romaine est la mère de toutes les Eglises, et que, par conséquent, le pape est le père universel de tous les chrétiens, et qu'il est impossible que l'Eglise de Rome erre dans les matières de foi. Et, à l'article 4 du même chapitre, est posée et prouvée la

(2) Ibid., 1358-1360.

[rr,.:;'f]

REPONSES A M61" IHPAXLOUl* 399

question suivante : Qu'il est impossible que le pape se trompe en matière de foi. » Pour les catholiques de Clialdée, la doctrine de l'infaillibilité du pape est donc familière; ils l'ont reçue avec la foi catholique, lors de leur union avec Rome. Pour les Chaldéens non-unis, la définition n'offre pas non plus de difficultés. Comment pourraient-ils crier à la nouveauté du dogme? Dans toutes les discussions théologiques avec les Xestoriensja doctrine de l'infaillibilité du pape a toujours dû s'afficher en pleine lumière. De plus, ils considèrent eux-mêmes leur patriarche comme le véritable successeur de saint Pierre et comme le juge suprême des contestations sur les articles de foi. Ils ne pourraient donc pas faire un reproche aux catholiques de ce qu'ils reconnaissent au pasteur suprême de leur Eglise les privilèges qu'ils ont « l'impudence » d'attribuer eux-mêmes à leur patriarche. Tel fut l'avis de l'archevêque chaldéen.

La lettre si nette de Mgl Bonjean, l'adhésion à cette lettre de tant d'évôques et de missionnaires // démontrent péremptoirement que les craintes de Mgr Dupanloup au sujet des infidèles et des non-catholiques étaient sans fondement ; elles prouvent également qu'il n'y avait pas davantage à craindre pour les catholiques de ces missions. Mais restaient les catholiques d'Europe : leurs dispositions ne devaientelles pas inspirer, en effet, certaines inquiétudes? Il n'y avait pas à le nier ; pour bien des catholiques d'Allemagne, à l'époque du concile, il y avait tout lieu de redouter la définition de l'infaillibilité du pape. Mais, d'autre part, les motifs de procéder à la définition étaient extrêmement graves et pressants. Fallait-il donc y renoncer parce que quelques-uns, par leur propre faute, par un esprit d'insoumission bien peu catholique, et par leur désobéissance au Concile œcuménique, feraient tourner la définition à leur détriment? A ces catholiques-là, les quatre cents Pères qui avaient

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signé le Postulatum pour demander la définition avaient déjà songé : « S'il s'en trouvait, disait leur Postulatum, que la définition par le concile de la véritable doctrine dût faire sortir de l'Eglise, ils seraient assurément peu nombreux et ils auraient depuis longtemps déjà, fait naufrage dans la foi : ils n'auraient attendu qu'un prétexte pour se séparer ouvertement d'une Eglise, qu'ils auraient déjà, cela le prouverait, abandonnée dans l'intime de leur âme. Ce sont eux qui ne cessent de troubler constamment le peuple catholique, et c'est contre leurs pièges que le concile du Vatican doit prémunir les fidèles enfants de l'Eglise. » (i) On n'avait donc point à s'en préoccuper.

La controverse entre l'archevêque de Malines et l'évoque d'Orléans provoqua aussi des interventions étrangères au concile; on peut le voir par une brochure du Père Ramière(2) et par deux autres brochures (3) qui parurent alors sans nom d'auteur. Mais nous n'avons à nous occuper ici que des discussions entre les Pères du concile. Xous étudierons plus loin la controverse relative au Père Gratry.

M>r Macedo Costa, évèque de Belém de Para, au Brésil, dans une lettre adressée à un de ses amis, combattit l'interprétation que M81" Dupanloup avait donnée d'une parole de Melchior Cano (4). // Mais sa lettre attira moins l'attention, que celle qu'adressa Mgr Spalding, archevêque de Baltimore, à Mgr Dupanloup lui-même.

Mgr Dupanloup s'était plu dans sa Réponse à tirer parti contre Mgr Dechamps du Postulatum des cinq évêques améri-

(1) C. V. 932 c. Voir ci-dessus p. 177 sq.

(2) P. H. Ramière ; Le programme du Concile tracé par M*1 l'evêque d'Orléans. Toulouse-Paris, 1870.

(3) Lettre a il" Dechamps sur la deuxième réponse à M" l'evêque d'Orléans. Naples, 1870. — Réflexions d'un théologien sur la réponse deM%' l'evêque d'Orléans à M" de Malines. Turin-Paris, 1870.

(i) C. V. 1366 h. sqq.

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eains qui proposaient, (i) au lien de définir formellement l'infaillibilité du pape, de l'expliquer d'après les principes généralement admis dans l'Eglise. Pour renforcer encore son argumentation, il avait fait remarquer plusieurs fois que les auteurs de ce Postulatum étaient d'aceord avec Mgr Dechamps pour désirer la définition : mais il se servait si bien de leurs idées qu'il les faisait paraître hostiles à la définilion, et leur faisait, en outre, émettre de graves difficultés contre la doctrine même de l'infaillibilité du pape. C'est de ce procédé que se plaignit l'archevêque de Baltimore, l'auteur avoué de ce Postulatum. « Vos citations, disait-il dans une lettre du 4 avril (2) adressée à Mgr Dupanloup, sont tellement arrangées, que vos lecteurs doivent nous supposer contraires, sinon à la vérité, du moins à l'opportunité de cette définition. Ce serait une erreur. Xous ne sommes pas opposés à une exposition simple et claire de la croyance générale de l'Eglise relativement à l'infaillibilité du Vicaire de Jésus- Christ. Xous voudrions seulement un mode de définition qui ne laisserait ni aux théologiens, ni aux fidèles aucun prétexte pour révoquer en doute ou affaiblir par leurs objections les décrets du Souverain Pontife. Tel était l'unique dessein de ceux qui ont rédigé le Postulatum. Ils ne prétendaient pas mettre la lumière sous le boisseau et dissimuler la croyance de l'Eglise. Ils voulaient, au contraire, trouver un mode de définition qui rendit cette croyance plus inattaquable. »

Mgr Spalding fait encore d'autres rectifications : il se plaint surtout que M>'' Dupanloup l'ait transformé, lui et ses cosignataires, en défenseurs de la théorie nouvelle qui exige l'unanimité pour la validité des définitions doctrinales; cela provient de ce qu'il a mal traduit la proposition : quae

(1) Cl'. ci-de<3ii;,p. 180.

(2) '.'. Y. 1362c. sqq.

sane nemine, si ici fieri posait, disse ntiente, definiri deberet. ("est à tort qu'il a rendu deberet par il faut. — De plus, dans sa liste des théologiens contraires à l'infaillibilité, l'évêque d'Orléans a fait entrer un ancien évoque de Baltimore, Mgr Patrick Kenrick ; sans vouloir apprécier le reste de cette liste, Mgr Spalding proteste contre cette insertion du nom de son prédécesseur. Mgr Kenrick a bien plutôt soutenu la doctrine de l'infaillibilité dans sa théologie dogmatique.

Cette lettre provoqua une assez longue réponse de M81' Dupanloup (2d avril) (i) à Mgr Spalding. Celui-ci s'était plaint de ce que les lecteurs de l'évêque d'Orléans fussent induits par lui à considérer les auteurs du Postulatum comme contraires à la définition de l'infaillibilité; Mgl Dupanloup lui répond en citant les passages de sa lettre où il donne ces auteurs comme formellement favorables à la définition. Quant aux difficultés théologiques et historiques contre la doctrine elle-même, il maintient que leur Postulatum les expose tout aussi bien qu'il l'a fait lui-même. Il trouve également énoncée dans le Postulatum de M61" Spalding, en termes fort clairs, la doctrine que, pour les définitions dogmatiques, l'unanimité morale des Pères est nécessaire.

M8* Dupanloup avait en partie raison. Le Postulatum énonce, en effet, cette dernière opinion. Avant d'arriver à la question de l'infaillibilité, dont il dit : quae sane nemine. si id fieri possit, dissentiente, defîniri deberet, il s'exprime en ces termes à propos des décrets dogmatiques en général^: plena haee Patrum omnium (vel saltem fere omnium, cousensio non solum expedit, sed omnino postulari videtur, quando agitur de capite doctrinae definiendo. X'est-ce point là exiger l'unanimité morale pour les décrets dogmatiques?

(1) Réponse de M»r l'évêque d'Orléans à M'r Spalding, archevêque de Baltimore. Naples, 1870. Cf. C. V. 13(36-1373.

M~' DU PAN LOUP ET LEsà EVEQUES AMERICAINS 403

M61 Spalding avait donc bien admis tout d'abord cette opinion qu'il déclarait maintenant erronée.

Par contre, c'est à tort que M6* Dupanloup attribue aux auteurs du Postulatum un langage pareil au sien à propos des difficultés théologiques et historiques. Dans les difficultés qu'il a éiiumérées, il faut distinguer deux classes : celles qu'il range sous les trois premiers, numéros (i), comme, par exemple, la difficulté de déterminer le sens exact de l'expression locutio ex cathedra, et celles qu'il groupe dans les deux derniers numéros. Les premières sont moins de vraies difficultés que des embarras éventuels sans grande importance : le Postulatum de Mer Spalding les signale, en effet, en même temps que le mode de définition qu'il propose permet de les éviter. Seules les difficultés de la seconde classe, nous l'avons vu, le cas d'Honorius, par exemple, concernent la doctrine même de l'infaillibilité. Or, celles-là sont envisagées d'une manière toute différente par les auteurs du Postulatum et par M-1' Dupanloup //. Celui-ci y voit des objections graves qui doivent empêcher la définition; les évêques américains, au contraire, n'y reconnaissent que des prétextes aux accusations de théologiens malveillants, des hérétiques et des ennemis de l'Eglise contre les Souverains Pontifes ; dans leur Postulatum, ils n'y attachent aucune importance.

Deux prélats américains vinrent au secours de M>'r Dupanloup : c'étaient Mgl Pierre-Richard Kenrick, archevêque de Saint-Louis, et Mfel Jean-Baptiste Purcell, archevêque de Cincinnati. Ils écrivirent à l'évêque d'Orléans (2) au nom, disaient-ils, de plusieurs évêques des Etats-Unis, pour l'assurer qu'il n'était pas seul à interpréter comme il l'avait fait le Postulatum de MKI Spalding. « Ceux qui ont l'honneur de jouir de la compagnie de l'aimable archevêque [Spalding],

(1) Voir ci-dessus, p. 383.

(2) En appendice de la lettre de M" Dupanloup à M** Spalding. Voir C. V. 1373-1376.

disait leur lettre, s'y sont mépris aussi bien que Votre Grandeur, et ils ne se sont bien et nettement aperçus du changement qui avait eu lieu, qu'après la nomination du vénérable prélat comme membre de deux députations conciliaires (i). Plusieurs d'entre nous pourraient, au besoin, déclarer l'avoir entendu plus d'une fois exhorter et engager ses collègues dans l'épiscopat à s'opposer à une définition souverainement inopportune... Xous n'avons pas le moindre doute ou soupçon que le changement d'opinion, qui est survenu depuis, ne se soit accompli souk l'influence de raisons aussi solides qu'intrinsèques. Mais ces raisons nous sont inconnues, aussi bien qu'à vous, et ainsi il est aisé d'expliquer les méprises regrettables qui ont eu lieu à ce sujet. » Les deux prélats avouent ensuite que, parmi les évoques des Etats-Unis, la grande majorité admet l'infaillibilité pontificale : mais elle l'admet comme une opinion et non comme une vérité de foi; les auteurs de la lettre cherchent même à montrer que les Américains auraient des motifs particuliers de rejeter cette opinion.

Il suffit de lire cette lettre pour se rendre compte amplement que ce n'étaient pas ees deux prélats qui auraient pu mériter à la minorité cette réputation de savoir théologique dont la presse libérale lui faisait si volontiers l'honneur (2). Ils disent, par exemple, que les Irlandais, qui forment la masse des catholiques des Etats-Unis, auraient de la peine à convenir que le pape Adrien IV ait été infaillible lorsqu'il donna l'Irlande au roi d'Angleterre Henri II. Comme s'il y avait quelque chose de commun entre cet acte du pape et une définition ex cathedra ! Ils combattent la définition, mais est manifeste que ce n'est pas uniquement pour des motif: d'opportunité. « Plusieurs d'entre nous, écrivent-ils, eroient

(1) Il était membre de la Congrégation pour l'examen des Postulata et do la

Députation de la loi.

(2) Voir plus haut, p. 337.

M6* DUPANLOUP ET Mfel SPALDIMG H»5

que l'histoire ecclésiastique, l'histoire des papes, L'histoire des conciles et la tradition de l'Eglise ne sont point en harmonie avec le nouveau dogme, et c'est pour cela que nous croyons qu'il est très inopportun de vouloir définir comme de foi une opinion qui nous parait une nouveauté dans l'Eglise, qui nous semble dénuée de fondement solide dans l'Ecriture et la Tradition, tandis qu'elle nous paraît contredite par des monuments irréfragables. »

Mgr Spalding releva l'insinuation offensante lancée contre lui et qui l'accusait d'un changement d'opinion après son entrée dans deux des députations. Il le fit en publiant au mois de mai un fragment d'une lettre qu'il avait écrite au pape huit mois auparavant (i). On y pouvait voir qu'il n'avait pas eu à changer d'opinion, puisque les sentiments qui devaient plus tard lui dicter sou Postulatum s'y trouvaient déjà exprimés. « Je n'ai aucun doute, y disait-il, sur l'infaillibilité [du Souverain Pontife], et peu d'évêques en ont. La seule question qui pourrait se poser porterait- sur l'utilité, l'opportunité, la nécessité de la définir explicitement au concile. Il y a lieu de se demander si l'on ne rallumerait point par là des controverses assoupies et déjà presque étouffées, et si une définition implicite, telle que la constituerait le développement de la définition du Concile de Florence, qui définirait la chose elle-même sans le mot (rem ipsam sine verbo), ne serait pas à la fois plus opportune et plus utile. Mais, si les Pères jugent opportun de prononcer une définition formelle, il faudra déterminer avec beaucoup de soin les limites de cette infaillibilité et indiquer en même temps, dans une exposition doctrinale, si la pensée des Pères est d'étendre l'infaillibilité aux allocutions, lettres encycliques, bulles et autres semblables documents pontificaux, et dans quelle mesure ils la leur étendent. »

(i) C. V. 1376 a. sq.

Dans sa réponse à Mgr Spalding, Mgr Dupanloup lui avait déjà contesté le droit de supprimer, dans la liste des théologiens opposés à l 'infaillibilité, le nom de son prédécesseur sur le siège "de Baltimore, Mgr Patrick Kenrick. // Le frère de ce dernier, Mgr Pierre Kenrick, archevêque de Saint-Louis, écrivit personnellement à ce sujet à M-' Spalding (19 avril) (i). Un peu plus tard (9 mai) Mgr Spalding fit remettre à tous les Pères du concile un écrit où il citait, sans commentaire, les passages de la théologie dogmatique de son prédécesseur où il avait puisé son opinion (2). Il ne répondit plus à Mgr Dupanloup ; un théologien cependant reprit la lettre de l'évéque d'Orléans et composa une brochure en développant les affirmations qu'elle contenait (3).

Toute cette controverse eut pour résultat principal de montrer que les appréhensions de beaucoup de Pères, à propos de la définition, étaient pour la plupart sans fondement. Certains pays, l'Allemagne en particulier, pouvaient, il est vrai, faire naître des craintes. L'aversion qu'y inspirait de plus en plus la définition était telle que les plus clairvoyants redoutaient une défection en masse. Des évêques très en vue crurent devoir, pour ce motif, se ranger parmi les adversaires de la définition ; mais plus d'un aussi se laissa troubler par des dangers qui n'existaient que dans son imagination.

Les archives du concile possèdent, écrite sur un ton de prophétie, une description anticipée des conséquences funestes qu'aurait la définition. Le nom du prophète nous est inconnu, et nous ne pourrions pas non plus indiquer exactement comment cette pièce est parvenue aux archives. Mais, en tout cas, le manuscrit sort des cercles de la minorité, que l'auteur soit l'un des évêques, ou seulement un de

(1) En appendice à la lettre de M' Dupanloup à Mr Spaldini;. C. V. 1375.

(2) Sa lettre est aux Archives.

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