‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 32 sur 152 · ELECTION DES COMMISSIONS · texte numérisé non relu

ELECTION DES COMMISSIONS

soit comme juges des plaintes ; les sept évêques devront être pris parmi les membres ici présents et être de nationalité et de langue différentes. Leur rapport l'ait, on proclamera, le nom des évêques proposés par eux et l'élection sera renvoyée à la prochaine congrégation générale. Tous les évêques ou autres personnages ayant voix délibérative au concile, émettront alors leur vote au moyen d'un bulletin secret où ils maintiendront les noms proposés ou bien leur en substitueront d'autres à leur choix. Ce mode de suffrage devra être adopté dans toutes les élections du même genre (i) » Mais le vote étant déjà commencé, on passa outre à cette proposition.

Les bulletins une fois recueillis par le secrétaire et le soussecrétaire ainsi que par leurs aides, on procéda au dépouillement. Mais on ne tarda pas a constater que le dénombrement et la mise en ordre de cinq l'ois six cent soixante dix-neuf noms exigeaient un travail fort long et ennuyeux ; les Pérès ne pouvaient pas non plus, pour attendre le résultat du vote, rester assis plusieurs heures et sans rien faire, dans la salle du concile, d'autant plus que le second vote aurait exigé une seconde fois la reprise de la même opération.

Les présidents se concertèrent donc en vue de pourvoir à ces difficultés, et le sous-secrétaire donna lecture en leur nom de la proposition suivante : i" tous les bulletins déjà remis et tous ceux de l'élection suivante seraient, devant tous les Pères, déposés dans une urne qui serait fermée et scellée

(1) Telle est, traduite mot à mot, une lettre qui se trouve parmi les actes de la première session. Il semble que, pour voter, certains Pères aient été gênés parce qu'ils ne connaissaient point les personnes. Cependant, chacun connaissaient les évêques de sa nationalité et plusieurs étrangers aussi ; il était, en outre, facile de renseigner sur les autres. D'après une feuille qui se trouve parmi les actes de la première' congrégation générale, Mgr Strossmayer, évéque de Diakovar, aurait proposé au président de renvoyer le vote, les personnes n'étant pas connues suffisamment. Le président répondit qu'on avait eu assez de temps pour prendre des informations. Mgr Strossmayer répondit qu'il s'abstiendrait.

sous les veux de tous ; 2" le dépouillement aurait lieu le lendemain en présence de deux des présidents et de cinq autres Pères, qui seraient : les doyens des patriarches, des primats, des archevêques, des évèques et des abbés; 3° le résultat du vote serait proclamé à la prochaine congrégation générale (i). Après avoir lu quatre fois cette proposition en se tournant successivement de tous les côtés de la salle, le sous-secrétaire pria les Pères qui l'approuvaient de se lever. L'acceptation fut générale. On procéda ensuite rapidement, et de la même manière, au choix des juges des plaintes ei différends. La congrégation, qui s'était ouverte à 9 heures du matin, n'en avait pas moins duré jusqu'à 2 heures du soir.

On y avait aussi distribué aux Pères deux documents. L'un était le schéma de la Constitution dogmatique sur la Doctrine Catholique et les erreurs rationalistes qui y sont contraires : ce devait être l'objet des prochaines délibérations; le second document était la bulle Cum Romanis Pontificibus, édictant les règles à observer dans le cas où le Saint-Siège viendrait à se trouver vacant pendant la durée d'un concile (2)

La prochaine congrégation générale fut annoncée pour le 14 décembre; on y devait procédera l'élection des quatre députations (3) . Mais treize évêques ayant, dans une supplique adressée au pape (4), demandé que dans cette congrégation on se bornât à élire la Députation de la foi, le pape accepta la modification proposée, et le secrétaire du concile en informa les Pères (5).

Dans la deuxième congrégation générale, on proclama

(2) Cf. premier volume, p. 449 sq.

(3) Multipliées inter., §7. Cf. ci-dessus, p. D5. — C. V. 711 c.

(4) C. V. '.'14 sqq. Cf. ihid. 015a.

(5) Ibid. , 711 c. — Cf. Conyressus Prœsidum, 12 decembris 1869.

fô5]

DEUXIEME CONGREGATION GENERALE 83

le résultat des deux scrutins du 10 décembre ; les témoins désignés pour assister au dépouillement attestèrent que tout s'était passé dans l'ordre. Nous donnons les noms des élus à la fin du chapitre.

On procéda donc dans cette seconde congrégation générale à l'élection de la Députation de la foi ; celle de la discipline fut élue dans la troisième congrégation générale; celle des Ordres religieux dans la quatrième, et celle des Eglises orientales dans la dixième (i)//. Cette dernière députation, ainsi qu'on l'annonça en invitant à la nommer, se vit attribuer aussi les affaires des missions (2). Toutes ces élections se firent de la même manière que les deux de la première congrégation générale; le résultat en fut proclamé à l'une des congrégations suivantes. Xous donnerons aussi, à la fin de ce chapitre, la liste de tous les membres de ces députations. Comme présidents, le pape nomma le cardinal Bilio à la Députation de la foi, le cardinal Caterini à la Députation de la discipline : ce dernier étant tombé malade, le cardinal Capalti fut nommé à sa place (3). La Députation des Ordres religieux eut le cardinal Bizzarri (4) comme président ; celle des Rites orientaux et des missions, le cardinal Barnabo (5). C'est encore dans la deuxième congrégation générale (pie fut distribuée aux Pères la bulle Apostolicas Sedis ; le pape y réduisait le nombre des censures latre sententias en vigueur jusque-là.

Les préliminaires de l'élection des députations ont une histoire que nous ne pouvons pas omettre. C'est alors que commença à se faire jour parmi les Père^., une divergence

(1) C. V.liid. 7i2c. 713d. 716 a.

(2) Ibid., 717 d.

(3) lbid., 715 d.

(4) lbid. 717 b.

(5) Ibid. 722 b.

d'opinion sur la définition de l'infaillibilité du pape, qui devait les diviser en majorité et en minorité, et troubler profondément la marche du concile : telle est, en effet, la cause profonde de toutes les difficultés qui devaient se produire dans ce concile du Vatican.

Les controverses sur l'infaillibilité qui avaient précédé le concile et provoqué en maints endroits la plus vive émotion parmi le peuple chrétien, avaient obligé de bonne heure les éveques à s'occuper de cette question et à prendre position à son égard. Xous avons même vu dans le premier volume que certains avaient déjà pris une part personnelle à la discussion : l'évêque de Sura par exemple, Mgr Maret, avait été un des premiers à soulever la question; avant de partir pour le concile, l'évèque d'Orléans, MSi Dupanloup, avait dans une brochure très vive, annoncé la lutte qu'il soutiendrait à Rome contre la définition de l'infaillibilité du pape ; de leur coté, M-1' Manning, archevêque de Westminster et Mgr Dechamps, archevêque de Malines, s'étaient posés dès avant le concile en partisans de cette définition.

A peine réunis à Rome, les Pères laissèrent voir la diversité de leurs avis /. Pour les uns, après les grandes controverses dont cette doctrine avait été l'objet, la définition était devenue urgente ; d'autres redoutaient que cette mesure n'eût pour l'Eglise et pour les fidèles les conséquences les plus funestes; à d'autres enfin mais peu nombreux, la doctrine elle-même paraissait rester douteuse. Départ et d'autre on attachait une grande importance à cette question; aussi est-il tout naturel qu'au moment de procéder à l'élection des députations chacun ait tenu à choisir ses candidats parmi les éveques qu'il savait partager ses opinions. Il importait en particulier de s'assurer de nombreux partisans dans la Députation de la foi; c'est elle qui reprendrait pour en poursuivre la discussion les questions doctrinales déjà débattue! et non terminées dans la congrégations générales, et

CHOIX DES CANDIDATS AUX DEPUTATIONS 8h

qui les remanierait en vue d'une nouvelle délibération.

Fallait-il définir ou non l'infaillibilité du pape? A elle seule cette question paraissait donc à beaucoup revêtir une telle importance qu'ils en faisaient leurunique règle pour la détermination des candidats; d autant plus que dans certains esprits du moins, l'opposition à cette doctrine n'était qu'un indice de tendances plus générales que les uns croyaient devoir favoriser, et les autres combattre. L'ouvrage de Mgr Maret, par exemple, en formulant la négation de l'infaillibilité du pape, y rattachait une conception inexacte de la primauté en général, ainsi que de la constitution donnée par le Christ à son Eglise; or on n'ignorait pas que, parmi les évèques français au moins, ces idées comptaient quelques adeptes.

te désir de faire représenter dans les députations l'opinion qu'on avait, fit songer naturellement à se grouper pour obtenir des élections favorables. La même préoccupation se manifesta des deux côtés, dès les premiers jours du concile.

Mgr Dupanloup en particulier et sans même attendre jusque-là, avait fait campagne pour recruter des partisans et les grouper en un parti. Son voyage en Allemagne et en Autriche n'avait pas eu d'autre but; et c'est encore dans le même dessein qu'il avait publié sa fameuse brochure, qu'il l'avait adressée à tous les évèques français et en avait fait faire pour les évèques allemands, anglais, italiens et espagnols un extrait traduit dans leurs langues respectives (i). A peine arrivé à Rome, il reçut, d'après l'abbé Lagrange , la visite de Mgr HaynaldTarchevêque de Kalocsa, qui, avec son expérience de la vie parlementaire, lui soumit un plan à la fois fort simple et d'un effet assuré : les évèques de même opinion se grouperaient par nationalités; un comité interna-

(i) Voir t. I, p. 331 sqq.

tional formé de députés des divers groupes assurerait l'unité d'action nécessaire (i). ("est ce qui fut l'ait.

Les évêques français opposés à la définition se groupèrent autour du cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, et de M81 Darboy, archevêque de Paris. Le groupe austro allemand eut d'abord à sa tête le cardinal Schwarzenberg, et M81" Nardi mit son palais à sa disposition pour y tenir les réunions (2). Plus tard, le cardinal Kauseber en étant devenu président, les assemblées se tinrent chez lui. Dès le début, les évêques d'Allemagne et d'Autriche avaient vu se joindre à eux M8* Greith,évêque de Saint-Gali, le seul évêque suisse qui combattit la définition de l'infaillibilité du Pape. Le 12 décembre, le cardinal Rauscher fit savoir au cardinal .Schwarzenberg que les évêques hongrois qui poursuivaient la même pensée, étaient prêts a se joindre au groupe austroallemand s'ils en recevaient une invitation formelle (3), et dès le lendemain M81" Simor, archevêque de Gran, primat de Hongrie, écrivait au cardinal Schwarzenberg que lui et les autres évêques hongrois invités ce jour-là même a se joindre au groupe austro-allemand, acceptaient cette invitation (4). Les prélats américains qui partageaient les mêmes opinions tinrent eux aussi des réunions particulières en vue de choisir leurs candidats (5). Le comité international ne paraît avoir eu primitivement qu'un petit nombre de membres; il s'accrut au mois de mars. Vers cette époque, M81" Dupanloup, qui en faisait déjà partie, aurait, d'après une lettre adressée le 24 mars par M81 Strossmayer au cardinal Schwarzenberg, proposé de porter à trente, dans la prochaine séance, les membres du comité. M8* Strossmayer exprime l'espoir

(1) Voir Lagrange : Vie de Mgr Dupanloup, Ul, p. 156.

(2) Lettres de Mgr Xardi, à Schwarzenberg, les 9 et 12décembre ; aux Archives.

(3) Lettre des Archives.

(4) Lettre des Archives.

(5) Voir Brève Diurnum Deputalionis pro rébus ad fidempêrtinentibus, p. 1 sejq.

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