‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 36 sur 152 · REFUTATION DE FRIEDRICH · texte numérisé non relu

REFUTATION DE FRIEDRICH

marqua ainsi le but qu'elle s'était proposé de poursuivre et d'atteindre. « N'est-ce point là, s'écrie -t-il, former une coalition politique pour arriver à tout prix à ses fins? Que d'intrigues et quelle audace insensée, de vouloir ainsi fairementir le Saint-Esprit! Cette haine (pie la passion aveugle et qui étend l'exclusion jusqu'aux commissions sans rapport avec les questions dogmatiques, est-elle digne d'un concile, a-t-elle même quelque chose de chrétien? » (i).

Xous ne nous arrêterons pas à faire remarquer ce qu'il y a d'inexact dans ce récit; ce n'est pas la haine qui a dicté à la majorité ses exclusions; mais comment ne pas s'étonner de l'indignation que causent à Friedrich les procédés de la majorité'!' Les procédés des évéques français, allemands, autrichiens et hongrois qui s'étaient groupés contre la définition étaient absolument pareils; il les trouve cependant parfaitement justifiés. Le groupe français ayant quatre candidats à choisir, prit quatre adversaires de la définition et n'admit pas un seul de ses partisans, alors cependant que ceux-ci étaient de beaucoup les plus nombreux parmi les évéques de ce pays : ses préférences furent pour les plus prononcés des adversaires de la définition : M.8*. Darboy, archevêque de Paris, M-1 Dupanloup, évêque d'Orléans, Mgr Ginoulhiac, évêque de Grenoble et M-' David, évoque de Saint-Brieuc. Le groupe des évéques allemands, autrichiens et hongrois fit de même ; des six candidats qu'il avait à proposer, il écarta absolument tous les partisans de la définition et ne choisit que des prélats qui y étaient opposes. La liste générale des adversaires de la définition, pour les évoques d'autres pays, porta bien sans doute quelques noms de partisans de la définition, peu d'ailleurs, très peu, si on les compare à la majorité si imposante qu'avaient en fait les partisans de la définition ; leur admission sur cette liste,

(1) Op. cit., p. 168 sq.

du reste, s'explique par l'absence, parmi les évêques de ces pays, d'une direction centrale groupant ceux de la même opinion (i). Cette liste d'ailleurs eût-elle passée //, que la présence de ces partisans de la définition dans la Députation de la foi se serait trouvée annulée par leurs collègues. Partisans et adversaires de la définition devaient finalement se réjouir pour le bien du concile que cette liste ne l'eût pas emporté; une députa tion de la foi qui aurait été conduite par les quatre candidats des évêques français, par Mgr Haynald, archevêque de Kalocsa, et Mgr Strossmayer, évoque de Diakovàr, candidats des évêques austro-allemands, se serait trouvée incapable de toute collaboration utile avec l'assemblée; l'histoire du concile montre trop la différence profonde qui séparait ces six personnages du reste des Pères. L'expérience a prouvé, au contraire, que la députation, telle qu'elle fut élue, possédait réellement leur confiance : toutes ses propositions, à l'exception d'une seule sans importance, ont reçu toujours et sans retard l'approbation de la congrégation générale. Assemblée et Députation étaient animées du même esprit.

Loin de nous la pensée de blâmer les évêques austroallemands et français qui, pour candidats à la Députation de la foi, ne choisirent que des hommes partageant leur opinion sur la question de l'infaillibilité ; ils considéraient la définition de cette doctrine comme devant entraîner pour l'Eglise les conséquences les plus funestes ; leur conduite, dès lors,

(1) Friedrich lui-même (op. cit., p. 177y ne s'explique pas comment la minorité de l'Italie du Nord, où l'infaillibilité comptait les plus chauds partisans, a pu fairechoix d'un de ses adversaires, MfC Ghilardi. La minorité espagnole vota aussi pour deux partisans de l'infaillibilité; mais c'est, dit-il, qu'elle ne trouva pas d'autres candidats Comment s'expliquer 'ci l'attitude de Friedrich? Il approuve les adversaires de la définition de n'avoir cherché leurs candidats, à l'exclusion delà grande majorité des Pères, que dans le cercle si restreint de leur parti, et il s'indigne de ce que les partisans de la définition, excluant leurs adversaires, aient limité leur choix au cercle bien plus considérable de leurs, amis.

ELECTION DES DEPUTATIÔNS 95

n'avait rien que de très respectable ; ils usaient de leur droit de libre vote pour écarter les périls qu'ils redoutaient. Mais qu'on n'en veuille pas à la majorité d'avoir, elle aussi, usé de son droit pour écarter le plus possible, par ses votes, les obstacles à la définition de l'infaillibilité du pape que, vu les circonstances, elle considérait comme absolument nécessaire. Elle agit également en toute liberté et par suite de ses convictions personnelles. Attribuer sa conduite à des influences ou à une contrainte morale venue d'en haut, c'est se mettre en opposition formelle avec les faits historiques.

Les listes dressées par la majorité pour l'élection des trois autres députations n'étaient pas exclusives des adversaires de la définition./ Elles passèrent avec le même succès que celle des candidats pour la Députation de la foi.

Cette manière de procéder ne portait aucune atteinte à la liberté de vote de la minorité; celle-ci. comme dans toute élection, n'y souffrait que de son petit nombre. Malgré cela, certains évoques de la minorité en éprouvèrent un grand déplaisir; nous en trouvons la trace dans deux ou trois bulletins conservés aux archives. Pour la deuxième élection (pro rébus Disciplinée ecclesiasticae ,on trouve dans l'urne un bulletin ne portant aucun nom, mais où étaient écrits ces mots : <( Ad cardinalem de Angelis, Episc. Firmanum, ut describat ipse in hac scheda nomina illorum Episcoporum, qui sua protectione gaudent. » Un bulletin déposé pour la troisième élection (pro rébus Ordinum regularium) portait l'inscription suivante : « Electio jam consummata est per schedulas publicas litographia typis mandatas et distributas. Inane ergo omnino est, nosmetipsos decipere quasi seereta sufjragia fer entes . » Au même scrutin on vit sortir de l'urne deux bulletins blancs, le second déchiré en trois morceaux. Un bulletin de la quatrième élection (pro rébus ritus Orientalis etc.) : « Cum juxta morem ad usque servatum, majoritatis arbitrio sic omnia determi-

nantiir, quin minoritati ulla spcs alicujus successus relinquatur, ideo ab oinni suffragîo abstinendum esse cénseo, ne in vanum laborare videar. » C'était reprocher à la majorité d'être la majorité'.

Les candidats pour une élection devant représenter tous les Etats, tons les pays, toutes les nationalités, l'équité demande qu'on les choisisse de manière à garantir les intérêts de tous; c'est ce qu'on avait t'ait: on avait mis sur les listes des personnages de tous les pays et de toutes les nationalités. Mais quel électeur se croirait obligé pour donner sa voix, à tenir compte des opinions et des manières de voir différentes de la sienne? Chacun désire, au contraire, faire triompher les défenseurs du sentiment qu'il croit le meilleur ou le seul juste.

Nous donnons ici les noms des membres, nommés par le pape, de la Congrégation pour l'examen des projets, puis les noms des membres élus par le concile pour les différentes commissions.

I. — GoNGREGATION POUR l'A OMISSION ET L'EXAMEN DES VŒUX EXPRIMÉS PAR LES PÈRES.

LL. EE. les cardinaux Patrizi, di Pietro, de Angelis, Corsi, Kiario St'or/.a, Rauscher, de Bonnechose, Cullen, Barili, Moreno, La Valetta et Antonelli ; Mgr Jussef, patriarche melchite d'Antioche, et Mgr Valerga, patriarche latin de Jérusalem; XX. SS. Guibert, archevêque de Tours, Riccardi di Xetro, archevêque de Turin: Barrio y Fernandez, archevêque de Valence; Valdivieso, archevêque de Santiago de Chili; Spalding, archevêque de Baltimore; Apuzzo, archevêque de Sorrento; Franchi, archevêque de Thessalonique (Saloniki); Giannelli, archevêque de Sardes; Manning,

COMMISSIONS ET DEPUTATIONS 97

archevêque de Westminster; Deeliamps, archevêque de Malines; Martin, évoque de Paderborn; Celesia, évoque de Patti.

Page 1