‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 4 sur 152 · PRESTATION DU SERMENT · texte numérisé non relu

PRESTATION DU SERMENT

discussions et les opinions des particuliers // mais de garder sur toutes ces choses, comme aussi sur toutes autres qui nous seraient spécialement confiées, un silence fidèle et absolu ».

Ce serment fut prêté par tous, à l'exception des custodes, qui n'étaient pas, à proprement parler, des officiers du concile, et du secrétaire, qui était évêque ; pour les évêques, l'ordre du Pape de garder le secret suffisait. On plaça l'Evangile sur les genoux du Saint-Père, et deux cardinaux le maintenaient; chaque dignitaire s'avança alors pour prêter serinent, plaçant la main droite sur le livre, en disant : Et moi,X. X.,... (indication de la dignité), du saint concile, j'atteste, je promets et je jure, comme il est contenu dans la précédente formule; qu'ainsi Dieu me soit en aide et ce saint Evangile de Dieu ». Lorsque tous eurent prêté le serment, le Saint-Père, après une courte prière, quitta la chapelle. Les maîtres des cérémonies distribuèrent ensuite à tous les Pères, le discours prononcé par le Pape et la lettre apostolique Multipliées inter qui contenait l'ordre à observer dans le concile.

Le soir du même jour les sténographes du concile prêtaient serinent entre les mains du secrétaire du concile, dans sa chapelle privée. Voici les noms des sténographes nommés, soit des collèges de la ville, soit des différentes nations : Virginius Marchese, de Turin, professeur et chef des sténographes. Du séminaire romain : Antoine Cani, d'Imola; Paul Leva, de Rome; Jules Tonti, de Rome. Du séminaire Pie : Pierre Capponi,d'Ascoli(Piceno); Alexandre Orsini, de Todi; Alexandre Volpini, deMontefiascone.Du collège Capranique : Charles Zei, de Florence; Jean Zonghi, de Eabriano.Du collège français : Henri Bougouin, du diocèse de Poitiers; Gustave de Dartein, de Strasbourg; Léon Dehon, de Soissons; Joseph Dugas, de Lyon. Du collège allemand et hongrois : Denys Delanca, de Trente; Paul Gierich, de Breslau; Dominique Hengesch, de Luxembourg; Jean-Baptiste Huber, de Munich. Du collège anglais : Samuel Allen, de Shrewsbury; James

Guiron, de Westminster. Du collège irlandais : Patrice Tynan, de Dublin; Mieliel Hyggins, de Cloyne.Du collège de l'Amérique du Nord : Théodore Metcalf, de Boston; Pierre Geyer, de Cincinnati. Du collège écossais : Enée Mac Farlane, du Vicariat apostolique d'Ecosse-Ouest (i) //.

Il faut signaler ici l'art et le talent avec lesquels les sténographes s'acquittèrent de leur travail. Il fut si consciencieux qu'il excluait pour ainsi dire la possibilité même d'une faute dans la notation (2).

Les vingt-trois sténographes furent divisés en deux groupes : une section principale (turno principale) et une section de contrôle (turno di riscontro). La première avait pour mission de sténographier les discours et de les transcrire ensuite en écriture courante, tandis que les seconds sténographiaient les mêmes discours, mais remettaient leurs sténogrammes à la section principale, qui vérifiait ainsi, avec cette seconde édition, les doutes sur sa propre rédaction. Mais, au témoignage d'un sténographe, on eut rarement à recourir à cette deuxième édition (3). La section principale comptait dix-huit sténographes, la section auxiliaire, cinq, auxquels se joignait le professeur de sténographie. M-1' Marchese.

(1) C. V.25a. — Civilta cattolica, loc. cit. p. 740 et suiv.

(2) Nous tenons ce détail de la bouche d'un sténographe du concile encore vivant aujourd'hui. A rapprocher aussi le jugement donné par un sténographe allemand, pendant le concile ; cf. Scheeben, Bas ôkumenische Konzil vom Jalire 18G9,l, 388 f . — Simonet, Katholische Schweizerblàtter, 1899, P. 47, sqq.

(3) Le 7 décembre, les présidents du concile avaient tenu une séance afin de régler plus nettement les travaux que les congrégations générales devaient entreprendre. Suivant un protocole de cette séance, que nous avons sous les yeux, la première résolution prise fut que les discours des Pères, sténographiés dans les congrégations générales, seraient immédiatement traduits en écriture courante et remis aux orateurs qui les reviseraient avant de les classer dans les Actes du concile : « In primo luoijogiudicarono giusto e conveniente, cite i Paclri, i quali avesseropronumiato un discorso sopra qualsiasi oygetto proposto alla loro deliberauone, possono rivedeme la trasermone fatla dagli stenograft, prima chè venga inscritto negli atti del concilio. Per la quai cosa ordinarono, che il segretario del concilio debba communicare a quei Padri, che lessero il loro discorso, qualora lo richieggano, quanto fu dagli slenograji trascritto. »

TRAVAIL DES STENOGRAPHES 15

Les dix-liuit sténographes de la section j)rmcipale se divisaient en neuf groupes de deux, dont chacun à son tour sténographiait pendant cinq minutes; ce qui faisait en tout trois quarts d'heure, quand le premier groupe reprenait.

Lorsqu'un groupe commençait, un des deux écrivait dès le commencement du discours. Quand il avait écrit un bout de phrase (cinq mots), le second commençait en prononçant le mot par lequel il commençait. Le premier, dès lors, s'arrêtait, complétait tranquillement sa phrase jusqu'au mot indiqué par le second, // puis reprenait l'écriture en alinéa sur les étroites bandes de papier réglé dont se servaient les sténograjmes. Il donnait au second le mot par lequel il commençait, celui-ci s'arrêtait et complétait à son tour sa phrase. Un moment après, il reprenait à un mot qu'il indiquait au premier. Et ainsi de suite pendant cinq minutes, après quoi, ils quittaient la salle des séances, et se rendaient dans un local séparé par une simple cloison, pour rédiger en écriture courante ce qu'ils avaient sténographié. Entre-temps, le second groupe de la section principale sténographiait la suite du discours; il avait commencé à écrire avant que le premier n'eût cessé. Après les cinq minutes, il quittait également la salle, traduisait son sténogramme, tandis que les autres groupes se succédaient de la même manière. A la fin de la séance, ou quelques minutes plus tard, tous les discours se trouvaient rédigés en écriture courante et chaque orateur pouvait se relire et se corriger (i).

La section de contrôle était aussi divisée en groupes de deux. Ces groupes se remplaçaient à l'écriture comme ceux de la section principale, avec cette différence toutefois qu'un

(1) Au témoignage du directeur des sténographes, M8' Marchese (Simonbt, ibid. p. 46), les évêques qui avaient prononcé un discours au commencement d'une séance auraient revisé leurs paroles déjà pendant la séance même, ou immédiatement après. Plus tard, le secrétaire du concile, MEr Fessier, aurait retenu les manuscrits et les aurait remis à la députation compétente, d'où il suit, sans doute, que les orateurs n'auront plus été à même de relire leurs discours.

groupe ne cessait d'écrire qu'après une demi-heure et non point après cinq minutes. Ils n'avaient pas à traduire leurs sténogrammes, cette besogne incombait à la section principale dont chaque groupe, en quittant la salle, emportait ce qui avait été écrit pendant les cinq minutes par le groupe auxiliaire, pour comparer au besoin les deux versions.

Ainsi donc, aucun sténogramme ne comprenait le texte entier ou même une notable partie d'un discours; mais pour lire le fragment prononcé pendant que l'un des groupes écrivait, il fallait juxtaposer le manuscrit des deux écrivains. // Il en résultait cependant deux éditions complètes de chaque discours, celle de la section principale et celle de la section secondaire. Ces deux exemplaires sténographiés sont conservés aux archives avec la rédaction faite par les sténographes pendant la séance même.

Il semble que les Pères se souciaient peu de relire une dernière fois leurs paroles dans le compte rendu sténographique. Plus fréquente. dans les commencements, la chose devint de plus en plus rare. Pour beaucoup, c'eût été besogne par trop pénible de se remettre à leurs discours après des séances d'environ quatre heures. D'aucuns peut-être ignoraient aussi qu'ils pouvaient se relire et se corriger. Xous avons trouvé dans les archives le texte d'un discours du cardinal Rauscher, envoyé au secrétaire avec une note priant de vouloir bien insérer le discours aux actes du concile. Son expérience des assemblées lui montrait le peu de confiance qu'inspiraient les comptes rendus des sténographes. D'où l'on peut conclure que le cardinal ne connaissait pas la possibilité pour lui de se relire et de se corriger au besoin. Mais la défiance à l'égard des sténographes du concile, comparés à ceux des Parlements, n'était pas fondée. L'exactitude de leurs notations a été suffisamment prouvée. Le cardinal Mathieu, de Besancon, a affirmé que leurs sténogrammes étaient la photographie même des discours, et le cardinal

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