‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 88 sur 152 · NOMBRE DES ORATEURS · texte numérisé non relu

NOMBRE DES ORATEURS

réfutation des erreurs répandues dans leurs contrées. Aux prêtres, on recommandait l'usage du catéchisme romain publié sur l'ordre du Concile de Trente.

Dans les annotations, les auteurs du schéma faisaient remarquer que plusieurs évêques s'étaient plaints des inconvénients delà diversité des catéchismes : <c 11 arrive souvent, disaient-ils, que les fidèles d'une même nation, ou parfois d'une même province, ne se comprennent pas en parlant des vérités de la foi; car, ayant appris d'abord chez eux les éléments de la foi d'après des formules bien déterminées, lorsqu'ils passent dans une autre province, ils ne comprennent plus ce qu'on leur dit ici des vérités chrétiennes parce qu'on le leur dit avec d'autres formules. De sorte que ceux qui ont été moins solidement instruits de leur religion oublient peu à peu ce qu'ils avaient appris chez eux, et ce qu'on leur dit par de nouvelles formules, ils ne l'apprennent pas ou ne le comprennent pas » (i).

Le schéma était très bref, et, en le présentant, les présidents pensaient que les débats n'iraient pas au delà d'une semaine (2). C'était une erreur. Quarante et un orateurs prirent la parole. Cependant comme leurs discours furent en général, plus courts que les discours sur les schémas précédents, ils purent tous parler en six congrégations générales. (3)

(1) C. V. 663 d. sq<|.

(2) Congressus Prœsidum. 5 Februarii 1870.

(3) XXIV Gongr. génér. : le card. Mathieu, archev. de Besançon ; le card. Rauscher, archev. de Vienne ; MsrSimor, archev. deGran ; M"Guibert, archev. de Tours ; M6' Moreno, év. d'ivrée; MBr Forcade, év. de Nevers ; M8r Dupanloup. év. d'Orléans. — XXV Gongr. génér.: M,r Gèrault de Langalerie, év. fie Belley : M8' Sola, év. de Nice ; M8' Vérot, év. de Savannah ; M** David, év. de Saint-Brieuc : M6' Ballerini, patr. d'Alexandrie. —XXVI Gongr. génér : M" Ricciardi, archev. de Reggio ; M,p Nobili Vitelleschi, archev. d'Osimo et de Gingoli : M8' Ghilardi, év. de Mondovi ; M8r Keane, év. de Cloyne; Mtr Mabile, év. de Versailles; M" Roullet de la Bouillerie, év. de Carcassonne ; M6* Clifford, év. de Clit'ton ; M5' Paya y Rico, év. de Cuenca. — XXVII Congrég. génér. : M6rdi Canossa, év. de Vérone ; MK" Elloy, év. i. p. i. de Tipasa, (Vie. ap. de l'Océanie Centrale) M" Peltinari, év. de Nocéra ; M8' Faict, év. de Bruges ; M8' Lenti, év. de Nepi et

Le premier jôiir delà discussion fut le moins favorable au Schéma. Les premiers discours firent même craindre qu'il ne Eût rejeté. Car, sur sept orateurs qui prirent la parole dans la XXI]'" congrégation générale, cinq, les cardinaux Mathieu et Rausclier, XX. SS. Simor, Guibert et Dupanloup, se déclarèrent résolument contre le schéma, et les deux autres montrèrent peu d'ardeur pour son maintien. Mais dans la congrégation générale qui suivit, il rencontra plus de faveur : quatre orateurs se déclarèrent pour lui ; dans la suivante sept ; un seul lui fut contraire. Dans les deux congrégations générales XXVIIme et XXVIII"" , les quatorze orateurs, sans exception, furent nettement ses partisans. Dans la dernière, enfin, trois parlèrent de nouveau contre le schéma, tandis que quatre prirent sa défense.

Le cardinal Mathieu qui fut le premier à l'attaquer ne fut pas heureux, (i). L'orateur voulut découvrir un blâme à l'adresse des évèques dans le seul fait de la proposition du schéma: et l'on aurait exprimé ce blâme en se plaignant que les évèques aient introduit l'usage des petits catéchismes. Car, si l'on se plaint que dans des diocèses différents, et souvent dans le même diocèse, par le fait de rédactions successives, il existe plusieurs catéchismes différents, à qui s'adresse ce reproche si ce n'est- évidemment aux évèques, puisque seuls ils ont le droit de publier et d'introduire des catéchismes. L'orateur s'efforça de montrer alors que ni les papes ni les conciles n'ont élevé de plainte

Sutn; M" Jans, év. d'Aoste ; M»'Gastaldi,év. de Saluées. — XXVIII Congr. gén. M*' Gros, év. de Moutiers en Tarentaise ; Me"Magnasco, év. de Bolina i. p. i. : M** Urquinaona, év. des lies Canaries ; ME' Garcia Gil, arch. de Saragosse : M" Desprez, archev. de Toulouse ; Mr Monescillo, év. de Jaen ; M,r Martinez, év. de la Havane. — XXIX Congr. génér. : le P. Ricea, Général des Minimes: M'' Zunnui Casula, év. d'Ales el Terralba ; M6' Seherr, archev. de Munich : M" Dinkel, év. d'Augsbourg ; M6' Eberhard, év. de Trêves; M" Haynald, archev, de Kafocsa; Mk" Pérez Fernandez, év. deMalaga. (1) Acta, etc., p62l sqq.

NX. SS. MATHIEU, RAISCIIER, SIMOR, GUIRERT 2o9

pareille à celle du schéma, mais qu'au contraire ils ont engagé les évoques à publier des catéchismes. — Cela, les auteurs du schéma le savaient fort bien, et c'est pourquoi ils n'avaient pas l'intention de blâmer les évoques. Rien du reste ne le dit ; car ils ne font pas un reproche aux évoques d'avoir publié des catéchismes, ils constatent seulement l'état actuel dés choses, c'est-à-dire qu'il y a de trop grandes différences dans les catéchismes, sans se préoccuper de savoir si c'est la faute des éveques ou non. Si les décisions antérieures des papes ont fait un devoir aux éveques de publier des catéchismes, le schéma veut porter remède aux inconvénients qui en résultent // en proposant de composer un seul catéchisme pour tous les diocèses.

Le cardinal Mathieu ne voit, du reste, aucun mal dans cette diversité. Ce serait un mal, dit-il, si dans des catéchismes différents la doctrine était différente ; mais quel mal y a-t-il à exprimer la même doctrine sous des formes diverses? Quand les orateurs veulent expliquer quelque chose , ne répètent-ils pas plusieurs fois la même pensée avec d'autres mots et avec d'autres tournures de phrase? (i) — C'est vrai, aussi est-il à souhaiter que le catéchiste dans son explication répète la même pensée en l'éclairant par des expressions différentes; mais le texte lui-même du catéchisme par contre, doit être toujours le même pour l'enfant, afin de rester inébranlablement gravé dans sa mémoire; les explications et autres enseignements viendront se surajouter à ce premier noyau de connaissance des vérités chrétiennes, pour ne plus former avec lui qu'un seul tout bien solide. Aussi, les maîtres du catéchisme établissent-ils pour première règle, que le catéchiste doit exiger des enfants qu'ils sachent les réponses du catéchisme par cœur et à la lettre, et que lui-même dans ses explications s'en tienne aux expressions mêmes des réponses.

(1) Acta, etc., p. 623.

Eu concluant, le cardinal Mathieu ne dit qu'un mot des difficultés que présenteraient la composition et la traduction d'un catéchisme uniforme, (i) Mais les orateurs suivants devaient les développer longuement. Entendons-les.

Le cardinal Rauscher, qui, étant indisposé, fit lire son discours par M6* Wiery, évêque de Gurk, estimait que l'uniformité du symbole des apôtres, des principales prières, des commandements de Dieu et de l'Eglise, de la doctrine des sacrements, garantissait une unité suffisante. La diversité de nationalité et la différence d'éducation rendaient impossible l'introduction d'un catéchisme commun à tous. (2) D'ailleurs, l'introduction d'un nouveau catéchisme pourrait amener des troubles, et son uniformité chez tous les peuples, provoquer les railleries des ennemis. (3)

Le Primat de Hongrie, M*-'1 Simor, souhaite que tous les prêtres soient bien convaincus de l'importance de l'enseignemeut du catéchisme, et voudrait qu'on leur recommandât a nouveau l'usage assidu de l'excellent catéchisme du Concile ' de Trente. Pour ce qui regarde le schéma, il est d'accord avec les orateurs précédents, sans s'expliquer davantage. (4)

M*-'1' Gruibert, archevêque de Tours, expose avec plus de précision les raisons qui doivent faire tolérer la diversité des catéchismes, ce Dans tous les catéchismes, dit-il, c'est toujours la même doctrine qui est présentée aux enfants: il n'y a de diversité que dans la disposition, la méthode, la manière de développer et d'expliquer. A mon avis, cette diversité dans la méthode et la forme est utile, nécessaire même. Elle ressort de la nature même de la chose, et dans la pratique devient inévitable, étant donnée la diversité des mœurs, des pays et des tournures d'esprit. Car tous les peu*

(1) Aclii. etc., p. (324.

(2) Ibid., i). 626 sq.

(3) Ibid., p. 628 sq.

(4 Ibid., p. &29 sqq.

DISCOURS DE M?r DUPANLOUP 264

pies n'ont pas la même culture intellectuelle, et dans une même nation les différentes classes de la société n'ont pas la même éducation (i). Aussi les évêques publient-ils parfois deux catéchismes : l'un pour les plus jeunes et les moins instruits; l'autre, pour ceux qui sont plus âgés et plus avancés. Ajoutons à cela que les circonstances extérieures exigent suivant les régions une diversité dans l'enseignement du catéchisme. Dans des pays tout à fait catholiques, par exemple, une exposition claire et simple de la doctrine suffit: dans d'autres, au contraire, où l'erreur a attaqué une grande partie de la population, il faut prémunir la jeunesse contre le danger de l'apostasie en exposant avec plus de précision les vérités niées tout particulièrement parles hérétiques (2). Après avoir développé plus en détail les arguments présentés par M"1' Guibert, Mgr Dupanloup en présente de nouveaux (3). Il en appelle à l'expérience pour prouver l'impossibilité de se contenter d'un seul catéchisme. Dans les Etats même de l'Eglise, n'a-t-on pas dû ajouter deux suppléments au catéchisme de Bellarmin; suppléments dont l'un est trois fois plus volumineux que le catéchisme lui-même (4).— Cette affirmation fut ramenée plus tard à sa juste valeur par un Romain de naissance, Mpr Lenti. évêque de Xepi et Sutri; il montra qu'il ne s'agissait pas d'un supplément considérable du catéchisme ou d'un nouveau catéchisme à mettre entre les mains des enfants; ce que M sr Dupanloup appelait un supplément n'était que des conseils adressés aux catéchistes pour les guider dans leurs explications. // En même temps, Mgr Lenti montra ce qu'il fallait penser de l'ignorance du peuple romain, à laquelle M8* Dupanloup avait fait allusion par deux fois en rappelant un décret du

1) Acta, etc„ p. 634.

(2) Ibid., p. 634 sq.

(3) Ibid., p. (141 sqq.

(4) Ibid., p. 642.

cardinal-vicaire (i). Le cardinal-vicaire avait simplement v?sé les maux résultant de révolutions politiques (2). //

M*-'1' Ditpanloup soutint aussi que la traduction du même catéchisme en différentes langues était très difficile; de plus, dans certains pays on pouvait traiter certaines questions qu'ailleurs il n'était pas possible de toucher devant des enfants (3).

Les arguments apportés par Mgr Dupanloup et Mgr Guibert

(1) Ibid., p. 642, 646.

(2) Ibid., p. 740 S((. — On parla plusieurs t'ois du catéchisme de Bellarmin proposé dans le schéma comme modèle à suivre dans la composition du nouveau catéchisme. M,r Dupanloup, tout en prolestant de son respect pour le cardinal Bellarmin, se montra tout à l'ait mécontent de son catéchisme; il était trop insuffisant, et incompréhensible pour des enfants. C'est à lui qu'il attribuait cette ignorance de la religion où vivait le peuple romain, et dont le pape s'était tant plaint. (Ibid., p. 640 sq.). M"r Sola, évéque de Nice, partisan de l'adoption universelle d'un petit catéchisme, reprocha aussi au schéma d'avoir proposé comme modèle de ce travail le catéchisme de Bellarmin. 11 y releva plusieurs fautes, vraies ou prétendues ; en particulier, Bellarmin, en parlant des mystères, n'employait pas les expressions reçues dans l'Eglise. Il dit que les trois personnes se distinguent dans la Sainte Trinité en ce que : le Père ne procède d'aucune autre personne, le Fils procède du Père et le Saint Esprit des deux. 11 aurait dû dire : le Fils est engendré par le Père (ibid., p. 658 sq.). M5' David, évéque de S' Brieuc, reproche à ce catéchisme l'omission de certaines vérités importantes et l'inexactitude dans l'explication de la différence qui existe entre le péché véniel et le péché mortel. Voici sa conclusion : « Cette œuvre tout humaine date d'à peu près trois cents ans ; elle est donc en quelque sorte incomplète et pour la même raison susceptible d'améliorations. »(lbid., p. 672 sq.) — Cependant le schéma n'exprime pas l'intention, comme MBr Vérot, évéque de Savannah, l'avait déjà fait remarquer, d'adopter le catéchisme de Bellarmin, mais il propose uniquement de composer un catéchisme d'après celui de Bellarmin. M8' Lenti, évéque de Nepi et Sutri, entreprit la défense du catéchisme de Bellarmin dans la vingt-septième congrégation générale. Il fit remarquer que pour prouver la pureté de sa doctrine, sans même examiner le texte, il suffisait de se rappeler le grand nombre de papes qui avaient adopté ce catéchisme, à Rome et en avaient recommandé l'usage aux patriarches, archevêques et évêques de l'univers entier.La différence que le cardinal Bellarmin établis-ail entre le péché véniel et le péché mortel était celle même de Saint Thomas. Dans la vingt-huitième congrégation générale, M" Magnasco réfuta la critique faite à propos de la distinction des personnes dans la Sainte Trinité, et des autres points de doctrine, (ibid., p. 754); et ME'Monescillo, dans la même congrégation» dit à la louange du catéchisme de Bellarmin qu'en exceptant la Bible et 1 Imitation de Jésus-Christ, aucun livre n'avail é!é traduit en autant de langues, el il le prouva (ibid., p. 774). M" Clifford, évéque de Cliflon (Angleterre), proposa de prendre comme modèle, non pas le catéchisme de Bellarmin, mais celui du Bienheureux Ganisius, dont il fit un grand éloge (ibid., p. 707 si).).

(3) Ibid , p. 643 sq.

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