REPONSE DE NN. SS. VITELLESCHI ET BALLEKIN
contre l'introduction d'un catéchisme uniforme ont leur importance. Nous verrons plus tard ce que les Pères qui parlèrent en faveur du schéma y opposèrent. Rapportons encore ici le dernier argument de MS1' Dupanloup, il est vraiment singulier. A l'entendre, « il mérite l'attention la plus sérieuse, la plus réfléchie, la plus bienveillante ». — « Les auteurs du schéma, fait-il remarquer, semblent oublier les droits des éveques ... et vouloir leur préparer un affront en face de toute l'Eglise. Jésus-Christ a dit aux éveques en s'adressant aux apôtres dont ils sont les successeurs : « Allez, enseignez tous les peuples » ; et vous voudriez que les éveques ne puissent môme pas enseigner les enfants, ou qu'ils ne le puissent que sous la direction des théologiens ? Et quelle faute, je vous prie , avons-nous donc commise dans l'exercice de notre magistère, pour que nous devions être privés de ce droit élémentaire et de cette dignité de nos prédécesseurs, auxquels Jésus-Christ a dit : « Allez et enseignez », et qui toujours et partout ont eu le droit de publier des catéchismes, et qui tous, jusqu'à présent, ont usé de ce droit ? Et cette restriction du droit d'enseigner, si nouvelle, si inouïe, si déshonorante pour notre état, non-seulement vous voudriez nous l'imposer, mais vous voulez que nous l'établissions nous-mêmes et que nous la confirmions par un décret ! Loin de nous cette pensée! Quand je dis : vous voulez; bien entendu, je ne parle pas du pape ; il fait connaître le schéma, mais ne le ratifie pas; je parle des auteurs du schéma, usant ainsi de la liberté que le pape nous a laissée de discuter à fond tous les schémas (i). » Mgr David, évêque de Saint-Brieuc exprima la même pensée dans la congrégation générale suivante (2). Pareille attaque du schéma devait soulever de nombreuses oppositions. Elle parut absolument étrange dans cette
(1) Acta, etc., p. 647.
(2) Ibid., p. 671.*
26 i HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
assemblée des évêques, réunis précisément pour l'œuvre principale en vue de laquelle Jésus-Clirist leur avait conféré le pouvoir lorsqu'il leur avait dit « Allez et enseignez » ; et ce pouvoir, ne l'exerçaient-ils pas précisément en ce moment où ils portaient un décret sur le catéchisme y Ou bien le Christ, dirent les défenseurs du schéma, n'aurait-il confié aux évêqnes ce pouvoir d'enseigner que pour leurs diocèses, et non pas aussi au collège des évêques pour toute l'Eglise? Et chaque évêque dans son diocèse posséderait-il cette puissance indépendamment de tout le collège? — « Celui qui use de son droit, dit par exemple Mgr Xobili Vitelleschi, archevêque d'Osimo, ne fait tort à personne: maxime qui s'applique parfaitement à notre cas. Les conciles généraux ont. vous ne l'ignorez pas. le droit de porter des lois ou de donner des décisions disciplinaires qui, obligeant tonte l'Eglise, doivent être observées par tous. De plus, vous le savez, Révérendissimes Pérès, les pouvoirs des conciles généraux sont plus étendus que ceux des évêques pris séparément : les décisions des conciles généraux approuvées par le pape font loi dans toute la rigueur du terme. Ce concile se sert donc de son droit si, trouvant qu'un petit catéchisme commun «à tous est avantageux pour toute l'Eglise catholique. il en décide la composition : et en cela il ne se rend coupable d'aucun empiétement sur les droits des évêques » (i). — « Si les évêques, dit Mgi Ballerini, patriarche d'Alexandrie, se sentent blessés dans leurs droits par cette décision du concile, s'ils croient que l'on pose une limite à leurs pouvoirs, pourquoi n'ont-ils pas élevé la même plainte aussitôt après la publication du catéchisme du Concile de Trente? Lui aussi avait été prescrit à tous ceux qui enseignent dans l'Eglise, comme règle à suivre dans l'exercice de leurs fonctions. Pourquoi ne se sont-ils pas plaints quand le pape Pie IV leui
(1) Arta, etc., p. 688.
DISCOURS DE NN. SS. BALLERIXI ET ELLOY 2(ïo
a donné le symbole ; pourquoi ne se sont-ils pas plaints des décisions doctrinales ratifiées dans plusieurs conciles œcuméniques, des symboles de Constantinople, de Nicée ; pourquoi pas de celui des apôtres; puisque ces symboles sont autant de formules limitant le pouvoir des évêques dans l'enseignement ? Sans doute les évêques ont le droit, bien plus, la charge d'exposer et d'expliquer la doctrine de Jésus- Clirist à tout le troupeau confié à leurs soins, mais ils doivent le faire avec les expressions et les formules jugées par la plus haute autorité de l'Eglise comme plus propres à mieux éclairer cette doctrine et à mieux la préserver de toute erreur. Et, si un concile œcuménique ou le Siège apostolique regarde comme utile ou nécessaire, pour l'exacte instruction de tous les fidèles, d'imposer aux évêques tout le texte du catéchisme, ceux-ci doivent-ils se plaindre d'une violation de liberté et non pas plutôt s'estimer heureux de recevoir une règle qui leur donne toute sécurité dans l'exercice de leur charge? D'ailleurs, les évêques gardent tous leurs droits, comme le dit un article du schéma, de proportionner, par des explications complémentaires, l'enseignement de ce catéchisme à l'âge et à la capacité des enfants, de le développer et le munir d'arguments ; et ce serait là un champ d'action assez étendu, dans les limites duquel le zèle et le savoir des évêques pourraient s'exercer (i). »
Avec la vingt-cinquième congrégation générale commença nous l'avons fait remarquer, un meilleur temps pour le schéma. Presque tous les orateurs se prononcèrent en sa faveur. Xous allons passer rapidement en revue les principales raisons qu'ils firent valoir.
« Les idées, ainsi s'exprime Mgr Ballerini, patriarche d'Alexandrie, n'entrent dans les esprits encore peu murs des enfants qu'avec des formules invariables et bien détermi-
(i) Acta, etc., r- 677.
nées ; ils n'ont pas l'intelligence assez développée pour discerner, dans les explications proposées, l'essentiel de l'accidentel. Il en est de même pour les adultes qui n'ont pas été instruits ou sont lents à comprendre. Aussi, en raison de la diversité des catéchismes qui ont des formules différentes pour exposer les mômes enseignements de foi et de morale, des preuves différentes et un ordre d'exposition différent, il arrive que leur esprit s'égare à ee point que même sans avoir apporté aucune négligence dans l'étude de leur catéchisme particulier, ils paraissent cependant n'avoir rien appris (i). »
Mgr Elloy, évoque de Tipasa, vicaire apostolique de l'Océanie centrale, s'exprima de la môme façon : « Avant tout, nous devons aux fidèles des formules doctrinales d'une orthodoxie certaine, fixes et difficiles à changer. Nous leur devons des formules, car peu d'hommes saisissent les vérités abstraites. Nous leur devons des formules certainement vraies et orthodoxes, car en cette matière, le peuple accepte facilement des erreurs mais les reconnaît difficilement. // Nous leur devons des formules définitivement fixées, de façon à pouvoir dire à l'enfant : interroge tes parents, ils te le diront. Nour leur devons des formules difficiles à changer, car si l'on change le catéchisme, on change pour ainsi dire la tradition domestique de renseignement chrétien et l'on porte le trouble dans les connaissances des plus âgés. Difficilement, le catéchisme réalisera toutes ces conditions si l'on en abandonne la composition à l'évêque (2). »
Mgr Elloy s'étendit sur cette dernière pensée. Après avoir rappelé brièvement que l'évêque peut laisser se glisser des erreurs dans son catéchisme, il attira l'attention sur les circonstances particulières au temps où nous vivons. « Patrie, foyer paternel, tout cela semble disparaître, et nous
(1) Hua., p. 675.
[% ll.i.l.. p. 722,