‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 3)Chapitre 96 sur 152 · STERILITE DES DEBATS · texte numérisé non relu

STERILITE DES DEBATS

difficulté ou ne soulève que des difficultés de peu d'importance qui peuvent être élucidées par l'assemblée elle-même, on pourra alors sans plus tarder, après entente sur les difficultés, établir la formule du décret ou du canon conciliaire et recueillir les suffrages des Pères : Si au contraire le schéma soulève de telles difficultés qu'elles ne puissent être résolues par la congrégation générale, les cardinaux présidents doivent alors renvoyer le projet accompagné des objections qu'on lui a faites, à la députation qui sera jugée compétente, où il sera retravaillé... Un compte-rendu des délibérations de cette députation sera imprimé et distribué aussitôt à la congrégation générale, afin que, si rien ne s'y oppose plus, on puisse recueillir les suffrages des Pères et rendre définitive la forme du décret ou du canon conciliaire ».

Cinq schémas avaient déjà été présentés à la congrégation générale ; aucun ne put obtenir même une apparence d'approbation de la part des Pères. Chacun, en effet, eut pour adversaires toute une série d'orateurs, et il était même aise de voir que, chez l'un ou l'autre de ceux-ci, il y avait de Topposition systématique, une sorte de mépris ; beaucoup se servirent d'expressions sévères dans leur critique. Beaucoup aussi donnèrent à leurs discours des proportions démesurées en rappelant des faits qui n'avaient que peu ou point de rapport avec le sujet ; à les entendre, on aurait dit qu'ils faisaient ostentation d'éloquence, mais la conclusion était toujours la même : le renvoi du schéma à la députation.

La faute provenait-elle du règlement adopté ? On n'a jamais voulu en convenir tout à fait. En fait, ce règlement eût été suffisant pour une assemblée délibérante moins considérable; peut-être aussi pour la grande assemblée qui se réunissait à Saint-Pierre, si tous les membres y étaient venus bien disposés envers les projets, et animés du désir de hâter la délibération autant que possible. Mais, tel n'était pas le cas. Un

assez grand nombre de Pères étaient défavorables au concile et ils y étaient venus mécontents. La raison principale de cet état d'esprit concernait la définition de l'infaillibilité du Pape; tandis que la majorité du concile voulait l'aborder sans retard, la minorité au contraire, se fatiguait en vain à L'empêcher. Aussi est-ce de la minorité que sortit le plus grand nombre des adversaires des schémas, et le ton de leurs discours montre plus d'une fois, avec trop d'évidence, leurs mauvaises dispositions; le bruit même circulait qu'ils traînaient, de propos délibéré, les débats en longueur, afin d'ajourner autant que possible la question de l'infaillibilité du pape (i). /

Le mécontentement que provoquait chez la plupart des Pères le bavardage inutile, grandit de jour en jour. Xon seulement l'evèque de Malaga l'avait manifesté publiquement dans la congrégation générale (2), mais avant lui déjà, le 21 février. M"1' Garcia Gil, archevêque de Saragosse, vieillard presque septuagénaire, avait demandé la permission, en terminant son discours sur le Petit Catéchisme, d'ajouter quelques mots qui ne se rattachaient pas directement au sujet. « Il y a presque trois mois d'écoulés, dit-il alors, depuis que nous nous sommes réunis en concile œcuménique, trois mois pendant lesquels, je l'avoue, j'ai écouté avec plaisir des discours qui nous font admirer le zèle, la sagesse, le savoir, l'art oratoire, l'éloquence, la beauté du style, la variété des raisons, leur force et leur poids, les complications de la situation actuelle des choses .l'ai entendu et admiré les discours les mieux composés et les plus éloquents (disertissima et eloquentissima), et mes oreilles même ont eu leurs jouissances. Mais, lorsque rentré dans mon hôtel, je nie demandais quelle utilité, quel avantage, nous avions retiré de ces discussions,

(2) Ci-dessus, p. 281.

DISCOURS DE Mgr GARCIA CIL 287

de ces longues discussions et de ces magnifiques discours : je dois avouer qu'alors se présentaient à mon esprit ces paroles adressées par Simon-Pierre à Jésus : ce Seigneur et Maure, nous avons travaillé, non pas toute la nuit, mais pendant (rois mois, et nous n'avons rien pris, rien n'a été défini»; trois mois se sont écoulés, c'est-à-dire l'espace de temps pendant lequel le premier grand concile, eelui de Xicée, a pu s'ouvrir et se terminer; c'est encore dans l'espace de trois mois et même moins, qu'ont été tenus le premier et le deuxième concile de Constaiitinople, celui d'Eplièse, de Clialcédoine, le quatrième coneile de Latran, ceux de Vienne et de Lyon. On a parlé du concile de Trente en disant qu'il avait duré dix-liuitans, et que nous moissonnions ce que les Pères avaient alors semé. C'est vrai, mais Cette durée du grand concile, si l'on fait abstraction du nombre et de l'importance des questions qui y ont été débattues, cette durée pendant de si longues années ne provient pas des discussions, mais de circonstances tout autres. Elle a eu pour cause des discordes, des contestations, des guerres, des épidémies et d'autres motifs encore qui n'étaient pas le fait du concile. Et si dans certaines délibérations il y eut des discussions longues et diffuses, les Pères de ce concile méritent-ils d'être loués sans réserve? // Ils méritent beaucoup d'éloges, mais pas sur tous les points; et si, par exemple, ils ont traîné en longueur les discussions, ils ne sont pas dignes d'éloges en cela. » L'orateur adresse ensuite à tous une prière, pour qu'on s'efforce d'abréger le plus possible : « On l'a dit, la liberté doit exister, c'est vrai; mais, écartons l'abus des diseussions. (Approbations.) Trois mois se sont écoulés, et pendant ce temps, six ou sept cents diocèses sont privés de leurs pasteurs pendant que les loups sont dans l'enclos et peut-être entourent et dévorent les brebis (i). » (Approbations.)

(i)Acla, etc., p. 767 sq.

Du milieu du concile, des adresses avaient déjà, plusieur fois, été remises par les Pères aux présidents ou au pape les priant de prendre les mesures nécessaires pour mainte nir dans les limites convenables le zèle des orateurs.

Dans une adresse du 8 février, neuf Pères tant en leur pro pre nom qu'au nom de beaucoup d'autres, comme il est facile de le constater, prièrent les présidents de poser à la congre gation générale cette question : la discussion d'un schéma n'est-elle pas terminée par le fait même que la majorité des Pères déclare que le sujet présenté a été assez discuté? Leur demande n'était appuyée par aucun motif; ils se contenten de dire que les motifs sont suffisamment connus de tous les membres du concile, pour qu'il soit inutile de s'y arrêter (i).

Six jours plus tard, une autre supplique signée par six Pères fut envoyée au Saint-Père. Elle disait que quelques orateurs, en exposant leurs vues sur chacun des schémas s' prenaient de telle façon, que si on les laissait faire, on pour rait douter de l'heureuse issue du concile. Les signataires énuméraient les points visés par leur plainte : i" Quelques orateurs, au lieu d'énoncer brièvement leur avis avec l'exposé des motifs, se lancent dans des digressions où ils semblent vouloir faire montre d'éloquence : si bien que souvent ils prennent une heure et même une heure et demie à exposer ce qu'ils auraient pu avec bien plus de profit, livrer en vingt minutes à la réflexion des Pères; 2° Très souvent des orateurs ne font pas autre chose que répéter ce qui a été mieux exposé par d'autres; parfois ils s'attardent beaucoup à éelaircir des points bien connus de tous, pour peu qu'on ait étudié les premiers principes de théologie ou de droit canon ; 3° Très souvent les orateurs s'écartent du schéma pour trai- j ter longuement des sujets qui lui sont étrangers; 4° Quelquesuns se sont tellement étendus sur la charité et sur les exer-

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