‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 109 sur 129 · LES EVEQUES ET LE PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES EVEQUES ET LE PEUPLE FRANÇAIS

quelquefois dans le palais épiscopal, des orateurs choisis célébraient le retour de leur pasteur et exaltaient, en paroles émues, la gloire de saint Pierre et du magistère infaillible, qui se continue dans ses successeurs. Les évêques, de leur côté, félicitaient leurs diocésains de leur foi vivante et de leur attachement à la sainte Eglise ; et ils se félicitaient eux-mêmes d'avoir été jugés dignes de coopérer, comme témoins de la foi catholique, à l'établissement de ce nouveau dogme.

C'est ce qui arriva à Aire-sur-1'Adour, où Mgr Epi vent fut même porté sur les épaules de son peuple jusqu'à la cathédrale; à Langres, où Mgr Guerrin put annoncer à ses prêtres la grande satisfaction avec laquelle le Saint-Père avait reçu leur adresse sur l'Infaillibilité; à Belley,à Bourges, à Meaux, à Sens, et dans beaucoup d'autres villes.

A Sens, Mgr Picherot, qui venait d'être nommé évêque de Tarbes (i), salua l'archevêque Mgr Bernadou, à son retour, par une allocution, dans laquelle il dit entre autres choses :

« Bien que Votre Grandeur eût été autorisée à rentrer dans son diocèse, et malgré le grand besoin que nous avions de vous avoir parmi nous, nous avons été néanmoins profondément touchés de la résolution que vous aviez prise de ne quitter Borne qu'après avoir, par votre Placet, rendu à la vérité un public et solennel hommage. Vous voici aujourd'hui de nouveau au milieu de nous, chargé de toutes les faveurs du Saint- Père, tout embaumé, peut-on dire, du parfum de sa bénédiction. Profondément émus et joyeux, nous vous félicitons, Monseigneur, de cet honneur qui est le nôtre. Vous allez être pour chacun de vos prêtres ce que le Souverain Pontife a été pour vous, et ces prêtres, les pasteurs du second degré, seront pour leurs ouailles ce que vous daignez être pour eux.

(i) Pour remplacer Mk1* Mascarou-Laurence, mort le 30 janvier.

Ainsi le veut l'ordre des choses. C'est en obéissant que l'on apprend à commander. »

Dans sa première allocution à ses diocésains, Mgr Jordany, éveque de Fréjus, remercia le Seigneur de ce qu'il avait pu remplir si heureusement au concile du Vatican sa charge de juge et de témoin de la foi :

» Comme juge, dit-il, /j'ai pu, m'appuyant sur cinquante ans d'étude, aider à consacrer les grandes vérités dont ce siècle a besoin, et spécialement l'Infaillibilité du Pape de Rome, vicaire de Jésus-Christ, définissant ex cathedra une vérité touchant la foi ou les mœurs. Comme témoin, ajouta-t-il, j'ai affirmé solennellement, devant Pie IX et l'épiscopat du monde entier, que ma foi était celle de mon clergé et de mon peuple, celle de mes prédécesseurs sur ce siège de Fréjus. Mon âme déborde de joie d'avoir pu collaborer à cette solennelle définition, cause d'une grande joie pour le monde catholique et dont le souvenir demeurera éternellement dans les annales de l'Eglise. Par cette définition, le Concile a touché de sa main qui guérit une des grandes blessures dont souffre notre époque. Tandis qu'il affirme aussi solennellement la toute-puissance des successeurs de Pierre, il donne au principe d'autorité, fondement du bonheur temporel autant que du bonheur spirituel, une assise inébranlable (t). r>

M8* de la Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges, Mfe'r Berteaud, éveque de Tulle, Mgr Roullet de la Bouillerie, évêque de Carcassonne, etc., expliquèrent de même à leurs fidèles, en termes éloquents, la signification du nouveau dogme, et exaltèrent les avantages qu'ils en espéraient pour

(1) Malgré des recherches étendues, nous n'avons pu retrouver le texte original des discours de NN. SS. Picherot et Jordany. Les extraits que nous en donnons, ont été traduits sur le texte allemand du P. Granderath, et vérifiés sur le texte italien de la Civiltà caUolica. (N. D. T.)

DISCOURS DE Mgr DECHAMPS A MALINES 389

l'Eglise. Nous serions trop long, si nous voulions rapporter leurs discours.

La catholique Belgique (i) prépara une réception tout à fait éclatante et cordiale à ses évêques, dont plusieurs, comme NX. SS. Gravez, Faict et surtout Decliamps, s'étaient distingués d'une manière remarquable dans les délibérations du Concile.

Dans son remarquable discours, le métropolitain de Malines, primat de Belgique, parle du Concile en ces termes : «Mes très chers Frères, il y a neuf mois que je vous ai quittés, et en vous revenant avec l'agrément du Saint-Père, quoique le Concile ne soit pas prorogé, quelle parole puis- je vous rapporter avec la bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ, sinon la parole de Jésus-Christ lui-même : La paix soit avec vous !

La paix! Mais est-ce encore l'heure de parler d'elle ?

» Oui, mes Frères, c'est l'heure de parler d'elle, et quand on revient de Borne, et quand on arrive parmi vous. C'est l'heure de parler d'elle quand on revient de Borne, parce que les travaux auxquels vient de se livrer l'Eglise, rassemblée autour de son Chef, sont des travaux de paix et porteront des fruits de paix.

» Le principe de tous les troubles, c'est l'erreur qui trouble les esprits; et c'est en proclamant la vérité que le Concile apporte au monde la vraie source de toute paix et de toute délivrance : Veritas liberabit vos.

» Vous l'aurez bien reconnu, mes Frères, en lisant les deux constitutions doctrinales déjà promulguées par le Saint- Siège, Sacro approbante Concilio.

» La première regarde les grandes erreurs des derniers temps, et surtout l'erreur, mère des autres, celle qui déclarait en hostilité les deux puissances que Dieu veut en paix : la

(1) Civiltù caltolica, séi\ 7, vol. 11, p. 7:29 sqq.

raison et la foi. La première des constitutions du concile du Vatican établit donc les principes de l'harmonie de la foi et de la science; et elle le fait avec cette victorieuse clarté, qui a réjoui tous les yeux amis de la lumière.

» La seconde de ces constitutions dogmatiques dissipe les nuages qu'on a voulu répandre depuis le grand schisme d'Occident sur la règle même de la foi, sur la divine constitution de l'Eglise, sur l'autorité vivante que Jésus-Christ a constituée la gardienne de la vérité révélée, en lui promettant son infaillible assistance dans la garde de ce dépôt sacré jusqu'à la consommation des siècles.

» Ce que le Concile a fait, il ne pouvait pas ne pas le faire. C'est depuis le concile de Trente que les nuages dont je parle prirent un corps dans une formule célèbre. Proscrite plusieurs fois, cette formule erronée n'était pas encore dogmatiquement condamnée. Le premier concile général rassemblé depuis 1682 ne pouvait la passer sous silence. Il a parlé, et tous les nuages sont dissipés, tous les troubles ont disparu des esprits par la proclamation dogmatique de la croyance aussi ancienne et aussi universelle que l'Eglise elle-même à l'autorité suprême et infaillible de Pierre et de ses successeurs dans la définition/solennelle des doctrines qui touchent la foi et la morale, et dans la condamnation des erreurs qui blessent Tune et l'autre. Et c'est ainsi, mes Frères, que la paix est faite dans les âmes.

» Mais pourquoi faut-il qu'au moment même où cette paix se fait dans les âmes, la guerre soit déclarée entre les peuples (1)? »

L'approche de cette paix religieuse est aussi saluée dans l'adresse que le clergé de Westminster présenta à son archevêque. Il exalta, en des termes pleins d'admiration et de

(1) Collcclio epist. pastor., J. Dechamps, t I.

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