CHAPITRE XI Suite et fin du débat spécial sur le quatrième chapitre
La 77e Congrégation générale était déjàla sixième qui se fût exclusivement occupée de ce seul chapitre ; durant ces six congrégations, trente orateurs avaient parlé de ce seul objet. Soixante environ étaient encore inscrits. Les Pères soupiraient après la fin de ces interminables débats.
Cette impatience se manifeste dans une lettre (i) adressée le 24 juin, par huit évêques français, aux présidents. Ils insistent pour qu'on pousse les travaux, et proposent de tenir des Congrégations générales, même le dimanche, d'en ajouter une seconde l'après-midi, ou du moins de remettre à l'après-midi celle du matin quand, pour un motif quelconque, elle n'aura pu avoir lieu / .
On doit, en outre, employer toutes les influences auprès des Pères de la majorité pour les amener à renoncer à leurs discours. On recommandera aux orateurs de viser à une extrême brièveté; qu'ils se contentent de proposer leurs amendements et de les motiver en peu de mots; enfin, les présidents sont priés d'interrompre immédiatement tout orateur qui s'écarterait du sujet et de le ramener à l'objet de la discussion.
Qu'on employât tous les moyens pour éviter les longueurs
(i) Cette lettre se trouve aux archives.
LES CHALEURS; OBJECTIONS DE LA MINORITE Gî>
inutiles, c'était un conseil bien naturel. Mais on ne pouvait imposer aux Pères de plus grands efforts. Les chaleurs, qui étaient survenues vers la fin de juin, s'y opposaient.
À Rome, les chaleurs atteignent ordinairement leur plus haut degré au temps du solstice ; elles deviennent alors prescpie insupportables, surtout pour des étrangers, habitués à des climats plus frais. Elles pénètrent dans les maisons, où s'était encore conservé jusque-là un peu de la fraîcheur de l'hiver; on ne trouve plus un seul endroit frais; l'ardeur de l'été se maintient même pendant la nuit et empêche le sommeil réparateur. Les Pères se virent donc poursuivis jour et nuit par cette puissance ennemie, et c'était pour eux une lourde tâche, par cette chaleur énervante, de se rendre tous les jours avant 8 heures à la basilique de Saint-Pierre, et d'y entendre, pendant quatre ou cinq heures, une série de quatre à six rapports assez longs, et dans lesquels il n'y avait presque plus rien de nouveau et d'intéressant. Les fatigues furent vraiment excessives pour ceux qui appartenaient à des députations ou à des comités spéciaux, principalement pour les membres de la Députation de la Foi, qui assistaient presque tous les jours à une, parfois même à deux séances de leur députation, et devaient se partager ses nombreux travaux.
Lorsque plus tard, dans une lettre au cardinal Antonelli(i), Mgr Haynald, archevêque de Kalocsa, énumère les points sur lesquels auraient pu porter les plaintes des évêques contre la conduite de la Curie pendant le Concile, il insiste surtout sur ce qu'elle a continué le Concile pendant les terribles chaleurs de l'été et retenu ainsi les évêques à Rome. Mais c'est dans la manière de faire des évêques de la Minorité qu'il faut chercher la raison pour laquelle le Concile traîna en longueur jusqu'aux chaleurs de l'été, et ne put être prorogé en considération de ces chaleurs ^mêmes. / Les
(1) Voir plus loin, livre quatrième, chapitre IV.
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évêqucs de la Minorité voulaient à tout prix empêcher la majorité des Pères, qui était considérable,. de définir l'Infaillibilité pontificale. Comme ils voyaient qu'ils seraient certainement vaincus, si l'on arrivait à une décision, ils employèrent tous leurs efforts à faire traîner en longueur les discussions du Concile, afin que les débats ne fussent pas terminés avant les chaleurs; ils espéraient alors obtenir la prorogation du Concile (i). De cette manière, croyaient-ils, la décision serait remise à un avenir indéfini, ou deviendrait tout à fait impossible. Toutes les propositions que les Pères de la Minorité faisaient au sujet du règlement, comme aussi plusieurs de leurs discours, paraissaient n'avoir d'autre but que de retarder les délibérations; ils protestaient contre toutes les propositions que faisaient les autres en vue d'accélérer la marche des délibérations. Lorsque dans la Congrégation générale il ne fut plus présenté de question nouvelle, et que pour cette raison on proposa et accepta la fin des débats, les Pères de la Minorité élevèrent une protestation et se plaignirent du tort qu'ils avaient à subir (2).
Au milieu du mois de juin, on était arrivé, malgré toutes les oppositions de la Minorité, aux débats spéciaux du quatrième chapitre. Or si, avant de les terminer, on avait prorogé le Concile à cause des chaleurs, la Minorité aurait
(1) Quaede définitione, etc. ,11. 28. — Les évêqucs français de la Minorité insistaient sans cesse auprès de leur gouvernement, pour qu'il pressai à Rome la prorogation du Concile. Voyez tome II. p. 703 sqq.
(2) Voyez plus liant pp. 286 sq. — Friedbich c «unique {Jownah Rome, ■'> a\ ril
1870, p. 300 sqq.) une espèce de programme d'obstruction que Mer Héfété a rédigé pour la Minorité. Il y esl dit entre autres choses : « Il csl convenu que presque chaque membre de la Minorité expose la question de l'Infaillibilité sous un point de vue différent. <> n'esl que par une violation flagrante du règlement que l'on pourrait décréter, avanl la tenue des discours, la lin des débals. Si cela se produisait, cependant, on déposerait une protestation solennelle contre l'oppression de la libellé de la parole ». — Friedrich avoue en même temps ce qui suit : " Celui qui connaît le cours ultérieur des affaires, voit que ce mémorandum de Héfélé indiquait pour l'avenir la règle de conduite de la Minorité. » (/.oc. ril., p. 302, Remarque I .;