LES CHALEURS; CONTINUATION DES ASSEMBLEES
sans doute obtenu tout ce qu'elle voulait ; mais les désirs de la Majorité auraient été traversés, le schéma de la première constitution de l'Eglise aurait été mis de côté, alors qu'il ne manquait plus que peu de chose à sa définition, et les violentes tempêtes / soulevées dans l'Eglise auraient continué à sévir et à causer vraisemblablement beaucoup de mal parmi les fidèles. C'est pourquoi la direction du Concile crut qu'il valait mieux poursuivre les débats, durant les quelques jours nécessaires à leur achèvement.
A la fin de juin, beaucoup de Pères étaient d'avis qu'on avait assez discuté le quatrième chapitre, et qu'il fallait mettre fin à ces débats. Nous avons devant les yeux cinq suppliques (i), adressées alors aux présidents : on les prie de faire voter les Pères, conformément à la onzième règle du règlement (2), pour savoir s'il faut clore les débats. Ces suppliques étaient signées, en tout, par quarante-quatre Pères. Ils affirmaient qu'on avait taut parlé sur le même objet pendant les débats généraux consacrés à l'ensemble du schéma, puis dans les débats spéciaux sur le quatrième chapitre, qu'on ne pouvait plus rien dire de nouveau, et qu'eux-mêmes perdaient leur temps à Rome à entendre répéter continuellement les mêmes choses, alors que leur présence était nécessaire dans leurs patries.
Cependant, les présidents, qui, en présence de ces suppliques, pouvaient adresser cette demande aux Pères, mais n'y étaient pas obligés (3), ne les prirent pas cette fois en considération; ils paraissaient résolus à laisser passer ce torrent de discours, et à attendre avec patience aussi longtemps qu'on voudrait parler.
Arriva la 78e Congrégation générale (28 juin). Les discours continuèrent comme d'habitude.
(1) Aria, etc., IV b, Appendix altéra, pp. 490 sqq.
(2) C. V. m a sqq.
(3) Ibid.
Le premier orateur, M" Vilali, évêque de Ferentino (i), parla en faveur de l'Infaillibilité pontificale.
Le second orateur, M" Ginoulbiae (2), ancien évêque de Grenoble, 'depuis la veille archevêque de Lyon, est connu comme un adversaire décidé de la définition. Au commencement de son discours, il fait remarquer qu'il ne veut pas parler de la doctrine du schéma, mais du texte de la formule de définition. Mais, en exposant les motifs de ses amendements, il .cherche à changer la doctrine môme et propose de définir la doctrine, dite de saint Antonin, que nous connaissons suffisamment. /
M» Caixal y Estrade, évêque d'Urgel (3), exprime sa joie de ce qu'on va définir l'Infaillibilité pontificale, et condamner l'erreur qui s'était élevée au temps des Conciles de Constance et de Baie. Il propose trois canons sur l'Infaillibilité. M* Vmat, évêque de Monterey (4), veut aussi la définition H propose, toutefois, un amendement que les Pères acceptent à contre-cœur. Il tient pour certain que le Pape est infaillible dans la solution de toutes les controverses qui s'élèvent dans l'Eglise sur les choses de la foi et des mœurs : les textes de l'Ecriture cités dans le schéma, et les arguments de Tradition apportés au cours des débats, le démontrent. Mais on ne peut conclure de ces textes de l'Ecriture ou de ces passages des saints Pères, que le Pape soit infaillible sans que les évêques aient, ou avant, ou pendant, ou après, approuvé ses décrets de foi, ni qu'il soit, sans autre condition, infaillible comme l'Eglise. Il n'est pas facile de comprendre les développements subtils et les longues phrases de l'orateur. Quand le Pape tranche une controverse,
(1) Ada, etc., IV a, 550 sqq.
(2) lbid., IV a, 553 sqq.
(3) lbid., IV a, 559 sqq.
(4) lbid., IV a, 568 sqq.
OPPOSITION DE MKr MOKIARTY 69
dit-il, il a avec lui, non seulement les évêques qui dans la controverse combattaient pour la vérité, mais encore tous les autres évêques de l'univers, qui suivaient la vérité et désiraient que la question fût décidée par le Pape.
M^1" Moriarty, évêque de Kerry (i), est opposé à la définition. Voici en quels termes il exprime son attitude : « On ne nous demande pas de choisir une opinion théologique, comme l'ont fait les Tères du Concile de Vienne par rapport aux vertus infuses, mais de définir un dogme de foi, que tous doivent accepter sous peine de damnation, savoir que le Pape dans ses décrets sur la foi et les mœurs ne peut absolument pas errer. Il est encore permis, en observant les lois de la charité, de parler pour et contre cette doctrine; si les solides arguments sur lesquels elle repose, ainsi que l'autorité imposante des théologiens et des Pèresdecetteassemblée, m'empêchent de l'attaquer, mon respect pour le Saint-Siège, la fidélité que je lui ai jurée, l'inutilité de cette définition, mon aversion pour les nouveautés, le souci que j'ai pour le salut des âmes, enfin l'absence de certitude sur la révélation de cette vérité, m'empêchent de la définir comme un dogme de foi (2). »/
L'orateur cherche alors à montrer pourquoi sa fidélité et son respect envers le Saint-Siège l'engagent à rejeter la définition proposée, et pourquoi les preuves, contenues dans le chapitre, n'établissent pas d'une manière suffisante le caractère révélé de la doctrine. Xous pouvons omettre le premier point, mais nous exposerons brièvement ce qu'il dit du second.
D'après Mer Moriarty, ces paroles : « Pais mes agneaux '», prouvent sans doute la suprême autorité doctrinale du Pape, mais non son Infaillibilité. Ces paroles : « J'ai prié pour toi,
(l)Ibid.,IVa,o7osqq.
(2) Acta, etc., IV a, 577 sqq.
afin que ta foi ne chancelle pas », signifient selon lui : « Bien que ta foi intérieure puisse ou doive en réalité chanceler, j'ai prié pour toi, afin que ta foi extérieure ne chancelle pas ». L'orateur compare ensuite avec ces textes les passages de l'Ecriture sainte par lesquels les théologiens prouvent l'Infaillibilité de l'Eglise, et dans lesquels il est question du corps enseignant pris dans son ensemble. Il croit que l'Infaillibilité de l'Eglise y est très clairement exprimée. Mais si l'Infaillibilité que possède l'Eglise dans l'exercice de son magistère, est contenue d'une manière si claire dans la sainte Ecriture, on devrait croire de même que ces paroles : « Pais mes agneaux », confèrent aussi à S. Pierre et aux Papes, avec la plus haute autorité dans cette Eglise infaillible, l'Infaillibilité elle-même.
M>'1 Moriarty a un argument très court contre les Conciles que cite le schéma : « Les décrets de ces Conciles résolvent la question dont nous nous occupons, ou non. Dans le premier cas, la question est tranchée, et ce qui est fait, nous ne devons pas le faire de nouveau; dans le second cas, l'argument est sans valeur. » — Des orateurs précédents ont déjà répondu que les Conciles cités ne définissent pas formellement l'Infaillibilité du Pape, mais établissent une vérité, avec laquelle la doctrine du schéma est incontestablement liée, ou dans laquelle elle est clairement renfermée. Lorsqu'il traite des décisions des théologiens, l'orateur ne voit pas cet accord, qui se remarque chez eux au premier coup d'œil. Il propose enfin de supprimer tout le quatrième chapitre.
Si toutefois on veut le conserver,/ il souhaite qu'on y fasse quelques changements. Dans ce cas, il recommande une formule de définition, qui n'est pas essentiellement différente de celle du schéma, mais qui est plus obscure et conduit plus facilement à des malentendus.
A la 79e Congrégation générale, le 3o juin, les débats reprirent leur cours ordinaire. Seulement, on annonça dès
MORtARTY. ZELO. MARTIN. 71
le commencement que deux Pères, M61" Rota, évêque de Guastalla, et Mgr Conde y C orrai, évêque de Zamora, avaient renoncé à leur droit de prendre la parole. Après quoi, Mgr Sergent, évêque de Quimper (i), commença par donner un aperçu des débats précédents. Soixante-quinze Pères ont déjà parlé sur le schéma, dont au moins cinquante ont traité la question de l'Infaillibilité pontificale. Dans les débats particuliers sur le quatrième chapitre, trente orateurs, au moins, ont pris la parole. Quatre- vingts Pères ont tenu des discours assez longs, beaucoup même, de très longs, sur l'Infaillibilité pontificale; comme, dans les débats généraux, on avait déjà dit tout ce qui concerne le quatrième chapitre, dans les débats spéciaux sur ce chapitre, les orateurs se virent obligés de revenir sur les débats généraux, et l'on répète sans cesse les mêmes preuves, les mêmes citations, les mêmes difficultés et les mêmes objections. L'orateur n'aurait pas pris la parole, s'il n'avait cru nécessaire de proposer une addition indispensable au troisième ou au quatrième chapitre, savoir, que dans le Concile et hors du Concile le Pape a pouvoir sur les évêques. Après l'avoir prouvé en peu de mots, il termine son discours, et remet par écrit au secrétaire quelques propositions d'amendement au schéma, dont il approuve la substauce.
Mgr Zelo, évêque d'Aversa(2),parla lui aussi pour l'Infaillibilité pontificale.
Mgr Martin, évêque de Paderborn, lui succède à la tribune. Son discours nous est déjà en partie connu (3). 31 estime l'Infaillibilité pontificale si étroitement liée à la Primauté, qu'il croit, qu'en la niant, on est obligé de nier aussi la Primauté. En Allemagne, avant l'introduction de la doctrine de
(l)Ibid., IV a, 588 sqq.
(2)Ibid., IVa, 592 sqq.
(3) Ibid., IV a, 597 sqq. Voir plus haut 383 sq.
Fébronius, la doctrine de l'Infaillibilité du Pape était la doctrine générale : Pichler lui-même le montre dans son ouvrage sur la Théologie de Leibnitz; et Luther avait, lui aussi, associé à l'idée de la Primauté celle de l'Infaillibilité, comme le prouve sa lettre à Léon X. Il cite les dernières paroles de cette lettre, dans laquelle Luther se soumet entièrement au Pape et à sa sentence, en promettant de recevoir ses paroles' comme celles de Jésus-Christ lui-même. Au temps du Fébronianisme, cette doctrine s'est obscurcie en Allemagne; mais lorsque, au temps du vaillant évoque Clément Auguste, la vie et la science catholique se sont réveillées, cette doctrine a été de nouveau admise. Il en produit des preuves, nommément le concile provincial de Cologue en 1860, auquel il a assisté avec d'autres évèques présents. L'orateur défend ensuite la nouvelle formule de définition (1).
Mgr Ferré, évêque de Casai (2), témoigne, à l'égard du schéma, des mêmes dispositions que MKl Martin. Il dit en commençant : « Je souscris des deux mains à la doctrine de l'Infaillibilité pontificale contenue dans ce quatrième chapitre du schéma. » Il affirme, lui aussi, que les écrits des adversaires, et les discours qu'ils ont tenus au Concile, l'ont beaucoup fortifié dans son opinion. Il parcourt leurs explications et les réfute, ajoute quelques preuves de l'Infaillibilité pontificale et présente enfin ses projets d'amendement. Ses excellentes explications provoquèrent plusieurs fois, par leur longueur, des signes d'impatience.
Mgr Maupoint, évêque delà Réunion (3), commence par la déclaration suivante : « Le quatrième chapitre du schéma me plaît beaucoup. Parce que Français, et non pas quoique Français..., je crois et je confesse que l'Infaillibilité du
(1) Voir- plus haut p. 431.
(2) Acta, etc., IV a, 607 sqq.
(3)Ibid., IV a, 620.
FERRE. MAUPOINT. VEROT. 73
Pape, même en dehors du Concile œcuménique et avant l'assentiment des autres évêques, est une vérité indubitable, révélée dans l'Evangile de la manière la plus certaine, appuyée sur la tradition non interrompue de dix-neuf siècles, et à laquelle il ne manque plus, pour appartenir aux vérités de foi, qu'une chose : la définition. Et cette définition, c'est avec le plus profond désir que je l'attends du Saint-Esprit et de vous. »
Il demande alors en fort peu/ de mots quelques changements au schéma, et s'empresse de terminer son discours, que les Pères applaudissent vivement.
Le discours suivant de Mgr "Vérot, évêque de Saint- Augustin (i), ne fit pas, comme on peut le conclure des interruptions souvent signalées, une impression très favorable. Mgr Vérot est, on le sait, un adversaire de la définition. Dans un discours d'une longueur démesurée, qu'il lit «pour ne pas être prolixe», il entasse une quantité considérable de matériaux de toute sorte, sans critique historique ni jugement théologique; il trouve partout des preuves contre l'Infaillibilité pontificale. Par malheur, son discours était le dernier de la matinée, et l'orateur ne parvenait guère à captiver l'attention fatiguée de ses auditeurs. Après avoir parlé assez longtemps déjà, il voulut passer à un autre sujet ; des auditeurs firent remarquer que l'heure était déjà bien avancée. Il déclara qu'il était prêt à recommencer le lendemain. Le président n'y consentit pas ; le discours continua. Les Acta notent que, par suite de la trop grande longueur de ce discours, plusieurs Pères avaient quitté la salle.
Les débats continuèrent de même à la 80e Congrégation générale, le Ier juillet. Deux Pères, il est vrai, se désistèrent : Mgr Lluch, évêque de Salamanque, et Mgr Papp-Szilagyi, du
(1) Ibid., IV a, 6-23.
[4iO-4M]
7i HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
rite rumène,évêque de Grosswardein (i) mais il y en avait encore un assez grand nombre qui voulaient parler.
Mgr PajTâ y Rico, évêque de Cuenca (2), ouvrit les débats. Il parla à son aise et avec un luxede rhétorique, que ses auditeurs, dans leur impatience de voir la fin des discussions, devaient peu goûter. Il réfute l'une après l'autre les objections faites pendant les débats, et prouve ensuite l'Infaillibilité par l'Ecricriture sainte, la Tradition, et par des principes universellement reçus dans l'Eglise.
Mgr Colet, évêque de Luçon (3), fut moins clair que Mgl Pava y Rico. Il repoussa la preuve tirée du pouvoir suprême de juridiction, et proposa quelques changements à la formule de définition/.
]\irr Maret, évêque de Sura (i.p.i.) (4), défenseur connu des idées gallicanes, monta ensuite à la tribune II exprima la crainte que la définition n'empiétât sur les droits des évoques. Le Pape, selon lui, n'est infaillible que s'il recourt, dans les définitions, à l'aide des évêques. Voici de quelle façon merveilleuse il le prouve : « Dans son traité de Conciliis et Ecclesia (1. 2, c. 2), Bellarmin remarque que certains catholiques, déniant au Pape l'Infaillibilité, affirmaient qu'il n'était préservé d'erreur que quand il y apportait tous ses soins. Or, lorsqu'il réunit un Concile, continue Bellarmin, il apporte certainement tous ses soins à la recherche de la vérité; il ne pourrait, en effet, rien faire de plus. Alors du moins, conclut-il, le Pape, selon l'opinion commune, ne se trompe pas. — De ce texte capital de; Bellarmin, continue Mgr Maret, il m'est, je crois, permis de conclure que, de l'avis de cet homme illustre, le signe le plus certain du soin requis dans les définitions pontificales, se trouve dans la convocation d'un Concile général, ou, si cela ne peut se faire, dans la
(1) Acla, IV b, 1.
(2) Ibid., IV b, 2 sqq.
(3) Ibid., IV b, 23 sqq.
(4) Ibid., etc., IV b, 27.
MARET. OPPOSITION DE Mgr DAVID. 75
collaboration des évoques. » L'opinion bien connue de saint Àntonin est tout à fait conforme à cette conclusion. C'est celle que Msr Maret propose de définir.
Mgr David, évêque de Saint-Brieuc (i), présente ensuite un argument négatif contre la doctrine qu'on se propose de définir. Beaucoup de doctrines de l'Eglise ont pu être d'abord implicitement crues, puis après définition, explicitement reconnues comme dogmes de foi. « Mais, demnnde Msr David, étaient-ce des vérités fondamentales, et des vérités d'une importance aussi pratique que la doctrine de l'Infaillibilité du Pape? Celle-ci est le point cardinal dans la doctrine du magistère de l'Eglise!
» Nous avons beaucoup de symboles de foi, d'abord celui qui porte le nom des Apôtres, puis ceux de Nicée, de Constantinople, de saint Atlianase, de Tolède. Xous avons cinquante autres symboles et de nombreuses professions de foi : dans aucun ne se trouve la doctrine de l'Infaillibilité personnelle du Pape, mais celle de sa primauté. On y attribue au Pape le rôle principal dans la définition de la doctrine; jamais le rôle entier et exclusif. /
» Xous avons d'innombrables catéchismes; aucun, même des plus récents, ne contient la doctrine de l'Infaillibilité. Depuis Tertullien. Cyprien, Vincent de Lérms, Augustin et bien d'autres, nombreux sont les écrits qui s'étendent longuement sur 1<- magistère de l'Eglise. Comment se fait-il que la doctrine, de laquelle dépendent les définitions de foi, n'y apparaisse jamais en termes formels, du moins d'une manière claire et nette? Le Concile de Trente se tait, lui aussi, sur ce sujet, bien que les protestants l'aient attaqué d'une manière spéciale.
» Quels travaux n'a-t-on pas entrepris, dans les premiers temps de l'Eglise, pour combattre les hérésies ! Et personne
(1) Acta, IV b, 29 sqq.
n'a fait remarquer que c'était superflu. A Rome se trouve un Pape infaillible, il suffit de l'interroger.
» Une doctrine, comme celle de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, pouvait s'obscurcir, parce qu'elle n'est pas d'une importance si pratique. L'Eglise orientale a, dès l'origine, conservé cette doctrine; et cependant, quels travaux n'ont pas précédé sa définition ! Quelle préparation n'est donc pas nécessaire, quand il s'agit de la définition de la doctrine proposée, qui appartient à la vie la plus intime de l'Eglise !
» Au moins depuis le Concile de Constance, la question de l'Infaillibilité pontificale se discute dans l'Eglise. Mais la discussion était toujours libre. Quelques théologiens, il est vrai, surtout an XVIe siècle, par exemple, Melcliior Cano et Suarez, ont noté la doctrine de l'Infaillibilité comme fidei proxima, et la doctrine contraire comme erronea. Mais l'Eglise et le Saint-Siège n'ont pas porté de jugement semblable, et depuis le commencement du XVIIe siècle jusque vers la quarantième année de celui-ci, l'opinion, que l'assentiment des évoques était nécessaire aux définitions du Pape, s'est plutôt fortifiée qu'affaiblie.
» Les censures, que le Saint-Siège. à la suite de l'archevêque de Besançon, a portées contre la déclaration gallicane, visaient, non la doetrine, mais l'acte de la déclaration. Cet acte. M-1" David, lui aussi, veut qu'on le rejette. Ce n'est pas la doctrine, dit-il, contenue dans la quatrième proposition ijui est condamnée, mais l'acte, qui fait de cette proposition la foi de la France, foi qu'il faut maintenir dans tout le royaume. Alexandre VIII et Pie VI ont condamné la déclaration par les paroles suivantes : « Omnia et singnla, quœ gesta sunt quoad déclarât ionem et quattuor propositiones / improbamus, cassamus, irritamns, annullamus (i). » II
(I) Comparez du reste ~2* vol., p. 330 sqq.
OPPOSITION DE MSr DAVC>. 77
s'agissait de L'acte et non de la doctrine. Pour prouver mieux encore que la doctrine est libre, l'orateur cite la réponse de la Pénitenccric à la question suivante : « Beatissime Pater! Confessarius in Galliis Sanctilatcm Vestram humillime consulii, num ipse queat et debeat absoloere illos ecclesiasticos, qui se subjiccrc récusant condamnationi, qiiam Sancta Sedes edidit, quatluor celeberriinaruin propositionum Cleri gallicani. » Voici la réponse : « Sacra Poenitentiaria... censuit, déclarât ioncm conventus gallican i ab Apostolica Sede improbatam quidem fuisse, e jusque conventus acta rescissa et nulla atque irrita deelarata; nuilam lanieii theologïcœ censura? notam doctrinœ in dcclaralione ista contentae inustam fuisse. Propierea nihil obstare, quominus sacramentali absolutione donentur Sacerdotes Mi, qui bona fide et animi sui persuasione digni aliunde videantur. Die 27 septembris anno i83i. »
L'orateur cherche enfin à prouver que, si, dans ces derniers temps, les partisans de l'Infaillibilité ont été très nombreux parmi les théologiens, l'opinion contraire avait prévalu dans les trente premières années du XIXe siècle.
Mais Msr David s'étonne trop que la doctrine si importante et si pratique de l'Infaillibilité du Pape n'ait été définie, pendant les dix-huit siècles de l'Eglise, par aucun Concile, ni reçue dans aucune confession de foi. Il peut en dire autant de l'Infaillibilité de l'Eglise en général, lui répond plus tard Mgr Freppel (1). Cette vérité n'a été définie dans aucun Concile, ni exprimée dans aucune profession de foi. Ce n'est pas une raison pour la rejeter. La doctrine de l'Infaillibilité du Pape fut connue pratiquement : dans les discussions on avait recours au Pape comme au juge suprême et on se soumettait à ses sentences. Mais si Mgl" David cherche des expressions anciennes et authentiques de l'autorité, qui prouvent l'Infailli-
fl) Actn, etc.. IV b, 100 sqq. Voir plus loin p. ilfl sq.
bilité du Pape, il suffit d'indiquer les trois expressions conciliaires citées dans le quatrième chapitre : ou elles expriment directement l'Infaillibilité pontificale, ou elles exposent des vérités qui présupposent nécessairement cette Infaillibilité./
L'orateur se trompe en disant qu'on était tout à fait libre d'accepter ou de rejeter l'Infaillibilité du Pape. Il montre beaucoup d'ingéniosité quand il prétend trouver dans la condamnation de la déclaration du clergé gallican une simple condamnation de l'acte, non des propositions qui j sont exposées. D'ailleurs, si le pape Alexandre VIII n'avait réellement condamné que l'acte, Pie VI, qui a renouvelé la sentence d'Alexandre VIII, en condamnant le synode de Pistoie, a certainement condamné non seulement l'acte de la déclaration de l'Eglise gallicane, mais à coup sûr les propositions mêmes, acceptées par le synode de Pistoie. A cela s'ajoutent les autres décisions des Papes, que Mgr David omet complètement (i).
M6* Adames, évêque de Luxembourg (2), déclare que l'Infaillibilité du Pape serait universellement acceptée dans son diocèse, comme article de foi, et par le clergé et par le peuple. Il renonce donc à exposer dans leur détail les raisons sur lesquelles repose cette foi, comme il avait l'intention de le faire, puisque les Pères désiraient abréger les débats. Il veut lire cependant un passage du livre de M?r Dupanloup, u La Souveraineté pontificale », paru en 1861, dans lequel l'orateur qui l'a précédé à la tribune trouvera peut-être ce qu'il avait inutilement cherché dans les dix-huit siècles du christianisme. Il termine son discours par la lecture d'un passage assez long, où il est dit du Pape : « Depuis dix-huit siècles cette faible créature, ce roseau est devenu Pierre, sur lui repose la forte Eglise du Fils de Dieu, et les portes de l'enfer
(1) 2e vol., p. 330 sqq.
(2) A -ta. etc.. IV 1». 38 sqq.
ADAMES. GREITH. FAICT. 79
n'ont pas encore prévalu contre elle »; et plus loin : « Pour nous, catholiques, on le reconnaît, le Pape est le docteur universel, le juge en dernier ressort des questions de foi et de morale chrétienne ».
Dès les premiers mots, Mgr Greith, évêque de Saint-Gall (i), propose de définir, non la doctrine du schéma, mais la doctrine dite de saint Antonin, ou une semblable. Il insista spécialement sur les dangers qu'entraînerait la définition de l'Infaillibilité pontificale. Il parle surtout des hostilités qui éclateraient de nouveau contre l'Eglise en Suisse. Il complète le tableau qu'il a tracé dans son dernier discours de l'état de l'Eglise en Suisse, et déclare que le discours de Mïr de Sion (2) n'a / aucunement réfuté ses affirmations. Il attaqua, en terminant, les preuves de tradition apportées en faveur de l'Infaillibilité. Ce fut la fin de la Congrégation générale.
Enfin, à la 8i° Congrégation générale, le 2 juillet, tant d'orateurs se désistèrent, que les Pères, fatigués, purent espérer une conclusion prochaine des débats particuliers.
Dans cette Congrégation, eut d'abord lieu le vote sur l'introduction et sur les deux premiers chapitres du schéma, qui avaient été déjà acceptés par l'ensemble des Pères, et qui, corrigés d'après les propositions faites et approuvées, leur furent remis sur feuilles imprimées (3).
Lorsqu'on eut annoncé la continuation des débats particuliers sur le quatrième chapitre, le président proclama les noms de ceux qui se désistaient :
Mgr Faict, évêque de Bruges, M8* Fogarasy, évêque d'Hcrmannstadt en Transylvanie, Mgr Zunnui Casula, d'Alès, M-' Fania, de Potenza, Mgr Galletti,d'AlbaPompea, Mgr Colli,
(1) Ibid., IV b, i2sqq.
(2) Voir p. 268.
(3) Acta, etc., IV b, 50 sqq. Comparez p. 309.
d'Alexandrie, Mgr Mac Cabe, d'Ardagh, Mgr Corradi, de Bagnorea, Mgr Garrelon, de Nemessus (i. p. i.), Mgr Héfelé, de Rottenbourg, l'abbé général Ruggero, de l'abbaye bénédictine de SS. Trinità délia Gava, et le maître général Jandel, de l'Ordre de Saint-Dominique (i). De plus, Mgr de Las Cases, évêque de Constantine, et Mgr Krementz, évêque d'Ermeland, étaient absents, lorsqu'on les appela à la tribune. Comme ils ne paraissaient pas, ils furent, d'après une déclaration du 14 juin, mis au nombre de ceux qui renonçaient à la parole (2).
Mgl Xulty, évêque de Meatb (3), parla le premier. Il consacra presque tout son discours à expliquer la doctrine proposée à la définition. Son explication était belle et claire, mais trop longue, vu les circonstances ; aussi le cardinal président, Mgr de Luca, le pria-t-il, avec politesse, de vouloir bien, en considération de la fatigue des Pères, se bâter d'arriver à la conclusion de son discours.
Mgr Mermillod. évêque d'Hébron (4), déclara en quelques mots que le temps de la discussion était passé et que celui de la définition était arrivé, ce que la plupart des Pères applaudirent vivement. /
Ainsi qu'il le déclara, M81 Meignan, évêque de Cbâlons (5), abrégea, lui aussi, son discours à cause de la fatigue des Pères. Il ne veut pas combattre la doctrine présentée à la définition, mais il déclare que les témoignages de la tradi tion, apportés comme preuve, n'ont pas été eboisis avec assez de soin; il propose de nouveau, comme formule de définition, la formule dite de saint Antonin.
(1) Acta, etc., IV b, :>ï. C. V., 756 a sq.
(H) Acta, etc., IV b, M sqq.
(i) Ibid., IV b, 61.
(5) Acta, IV b, 6-2 sqq.
MEIGXAX. PREMIERS DESISTEMENTS. 81
Msr llamadié, évoque de Perpignan (i), défend, lui aussi, la formule de saint Antonin. Il se donne beaucoup de peine pour montrer que l'Infaillibilité n'est pas inséparablement unie à la primauté, et que par conséquent elle n'en découle pas nécessairement, comme quelques-uns l'ont prétendu. Il nie que le devoir de l'obéissance intérieure aux définitions pontificales présuppose l'Infaillibilité du Pape. — Nous nenous rappelons pas que des orateurs aient déduit l'Infaillibilité de la seule primauté; dans ce cas, ils auraient supposé que dans la puissance de primauté se trouve renfermé le souverain et plein pouvoir d'enseigner. Mais le pouvoir de prescrire des doctrines que toute l'Eglise doit accepter avec pleine soumission de l'esprit, présuppose certainement que celui qui les prescrit peut enseigner infailliblement la vérité. Quant à son affirmation que l'obligation où nous sommes de soumettre notre esprit, ne présuppose pas l'Infaillibilité, l'orateur croit la prouver en faisant remarquer que nous devons aussi obéissance d'esprit au Pape, lorsqu'il ne parle pas ex cathedra, et obéissance de loi aux conciles provinciaux, lorsqu'ils nous présentent des objets de foi. — Mais cela n'est pas absolument exact. Les conciles provinciaux ne peuvent trancher aucune controverse ; s'ils présentent à la foi des fidèles ce qui a déjà été décidé, ils ne font que publier l'ordre d'une autorité supérieure. Si le Pape ne parle pas ex cathedra, il n'impose pas l'obéissance de la foi, et le devoir de la soumission de l'esprit n'existe pas; aussi ne lui attribue-t-on pas, en ce cas, l'Infaillibilité.
MsrMartinez, évêque de La Havane (2), se montra entièrement partisan du schéma. Dans un discours assez lono-, il expose l'Infaillibilité d'après les sources révélées, d'une manière certainement belle et originale. Il lui était cependant
(1) lbid., IV b, 66 sqq.
(2) lbid., IV b, 7-2 sqq.
impossible d'éviter la répétition de ce qui avait déjà été dit. Aussi un satis lui fut-il adressé, tout haut, du cercle des Pères. /
M8* Moreyra, évêque de Guamanga (Pérou) (i), reçut des applaudissements universels lorsqu'il déclara, dès son arrivée, qu'il se désistait. Il salua seulement, dans un éloge court et animé, la Chaire infaillible de Pierre.
Mgr Aggarbati, évêque de Sinigaglia(2), parla, lui aussi, en faveur du schéma, mais il s'égara dans un discours un peu long sur la difficulté que la conduite de saint Cyprien, dans la lutte du baptême des hérétiques, suscitait contre l'Infaillibilité pontificale. Il y fit paraître une connaissance très spéciale des ouvrages de saint Augustin. Mais le temps était passé pour ses auditeurs de s'intéresser à cette question particulière; lorsque l'orateur eut parlé assez longtemps, ils lui crièrent de différents côtés qu'on avait assez souvent parlé de saint Cyprien, et que ses explications n'étaient que des répétitions. Il continua néanmoins quelque temps, jusqu'à ce que le cardinal de Luca lui fit remarquer que cela suffisait sur saint Cyprien et saint Augustin. 11 pria l'orateur de faire connaître ses propositions d'amendement. Celui-ci interrompit alors son discours, mais en lit ajouter la fin aux Actes du Concile.
M81" Gastaldi, évêque de Saluées (3), fit d'abord remarquer la contradiction dans laquelle était tombé l'archevêque de Reims en exprimant le vœu que la doctrine de l'Infaillibilité fût définie comme vraie et catholique, et en déclarant ensuite n'avoir trouvé aucune preuve en sa faveur dans toute la tradition (4). Il insista alors vivement sur la définition de
(1) Acta, etc., IV 1», 82.
(2) ll.id., IV 1., 83.
(3) Ibid., IV b, 93 sqq.
( t) Voir p. 409 sq.
MOKEYKA. AGGABARTI. GASTALDI. FREPPEL ET DAVID. 83
l'Infaillibilité pontificale et pria les évèques de la Minorité de donner, en union avec ceux de la Majorité, leurs voix pour la définition. Il leur fit remarquer que les journaux et les revues comblaient de louanges les évêques qui avaient parlé, au Concile, contre l'Infaillibilité du Pape, et poursuivaient ceux qui avaient défendu cette doctrine. « Je vous le demande, s'écria-t-il, si, sur la page où se trouvent des blasphèmes contre le Christ et son Eglise, on peut lire aussi des louanges et des félicitations adressées aux évèques parce qu'ils se déclarent adversaires de l'Infaillibilité, je vous le demande, ces paroles de qui sont-elles? de qui sinon du démon? » /
Le dernier orateur du jour, M?r Freppel, d'Angers (i), propose quelques changements au schéma et réfute plusieurs objections soulevées par les adversaires de la définition. Lui aussi mentionne la contradiction où s'est laissé prendre l'archevêque de Reims en disant que l'Infaillibilité du Pape était vraie, mais qu'on pouvait douter qu'elle fût révélée (2). — S'il faut la déclarer vraie, il faut en même temps la déclarer révélée, car ce n'est que par la révélation qu'on peut en reconnaître la vérité.
M-r David, évêque de Saint-Brieuc, avait objecté contre l'Infaillibilité pontificale, que, depuis dix-huit siècles que l'Eglise existait, elle n'avait pas été déîÏDie (3). Msr Freppel lui répond : Si cette objection a quelque valeur, l'Infaillibilité de l'Eglise ne pourrait pas, non plus, être définie, car l'Infaillibilité de l'Eglise n'a été définie par aucun Concile et n'est exprimée dans aucune profession de foi. L'archevêque d'Halifax avait dit que la définition de l'Infaillibilité pontificale rendrait les conciles inutiles (4). L'archevêque devrait, suivant le même principe, déclarer les conciles superflus,
(1) Acta, etc., IV b, 99.
(2) Voir p. 409 sq.
(3) Voir p. 442 sqq.
(4) Voir p. 404 sqq.
puisque lui-même admet que le Pape, joint à l'épiscopat répandu sur toute la terre, est infaillible. Si le Pape peut, pour une définition, consulter les évèques dispersés dans l'Eglise, à quoi bon un concile? A quoi bon les déplacements d'évêques? Ut quid perditio haec? Or, cette conclusion est fausse, et Msr Freppel énumère quelques-unes des raisons pour lesquelles les conciles conservent encore leur utilité.
L'évêque de Mayence croit que, si l'Infaillibilité pontificale est définie, les évêques ne seront plus juges et témoins dans les questions de foi (i). L'orateur répond que les évêques restent juges et témoins dans leurs propres diocèses, et qu'ils le seront pour toute l'Eglise s'ils sont convoqués à un concile; ils le seront encore si le Pape leur demande leur avis, dans le cas où il définit une doctrine de concert arec les évêques dispersés dans l'Eglise. Certains évêques ont exprimé le désir de voir figurer dans la formule de définition quelquesunes des conditions requises pour la déclaration infaillible du Pape. Mgr Freppel n'est pas de leur avis ; il lui semble que ces orateurs confondent les conditions de l'Infaillibilité avec les moyens ordinaires / dont le Pape se sert et qu'il doit naturel lement employer s'il veut s'informer de la vérité et de l'oppor tunité d'une définition : c'est pour le Pape une obligation de s'en servir. Mais cela regarde sa conscience et ne touche pas à son droit de définir. Dans la demande soumise aux Pérès, il s'agit du droit du Pape, non de ses devoirs. Le Concile d'ailleurs est, lui aussi, astreint à des obligations analogues : pourtant s'il s'agissait de définir son infaillibilité, on ne parlerait certainement pas de ces obligations dans la formule de définition. Si le Pape prononce qu'une vérité est défiuie, il est hors de doute qu'il a rempli toutes les conditions requises. Ajoutez que l'insertion de ces conditions dans la définition de l'Infaillibilité serait superflue et nuisible : elle
(1) Voir pp. 181 sqq., 416 sqq.
FREPPEL. NOTE DE Mgr FESSLER. 85
ouvrirait le plus vaste champ aux subterfuges des hérétiques condamnés par une définition du Pape, ils ne cesseraient de réclamer sous prétexte que le Pape n'a pas rempli toutes les conditions exigées.
Le discours de M&r Freppel clôtura la 81e Congrégation générale. Les Pères furent satisfaits de la manière dont on avait traité les affaires dans cette Congrégation, comme l'atteste une note du secrétaire du Concile, Mgr Fessier (i). Cette note nous permet en même temps de jeter un coup d'œil sur ce qui se passait alors en dehors de la Congrégation générale. Elle est ainsi conçue : « Depuis le i5 juin, dans la discussion spéciale sur le quatrième chapitre du schéma de la première constitution de l'Eglise, c'est-à-dire sur le chapitre de l'Infaillibilité du Pape, quarante-six Pères avaient déjà parlé ; de plus, outre l'ennui d'entendre souvent répéter la même chose, la chaleur de l'été pesait lourdement sur tous; le désir universel des Pères trouva un moyen d'arriver à la fin de la discussion. Sous l'impulsion de plusieurs membres de la Majorité et de la Minorité, surtout de MëT Filippa, évoque d'Aquila, on put, malgré la résistance des Gallicans, obtenir le résultat suivant : Avant le commencement de la Congrégation générale de ce jour, il y avait encore soixante-cinq Pères sur la liste des orateurs. Ce jour même, ce nombre fut diminué de vingt-trois, dont dix-sept étaient pour la définition et six contre. De ces dix-sept, sept ont parlé, savoir : i° Th. Nulty, évêque de Meath, qui vers la fin de son discours fut prié d'abréger; 2° C. Mermillod, évêque d'Hébron, qui fut très court; / 3° H. Martinez, évêque de Saint-Christophore de La Havane, qui parla très brièvement; 4° «L-F. Moreyra, évêque d'Ayacucho ; 5° J. Aggarbati, évêque de Sinigaglia, qui fut prié d'être plus court; 6° L. Gastaldi, évêque de Saluées; 7° C.-E. Freppel, évêque d'Angers. — Parmi les six autres,
(i) Elle se trouve aux archives.
deux prirent la parole : G. Meignaii, évêque de Châlons, et S. -A.. Ramadié, évêque de Perpignan. Ces deux orateurs s'inquiétèrent peu d'être brefs; on ne leur fit pourtant aucune observation. En outre, dix Pères de la Majorité renoncèrent à leur droit de parler, ainsi que deux de la Minorité, savoir : M. Fogarasy, évêque de Karlsbourg, et C. Héfelé, évêque de Rottenbourg. Deux autres de la Minorité, l'évêque de Constantine et l'évêque d'Ermeland, étaient absents. Les absents sont considérés comme renonçant ipso facto à leur droit de parler. »
D'après le rapport de Mgr Fessier, nous voyons que des deux côtés, dans la Majorité comme dans la Minorité, on désirait vivement abréger les débats. Les deux partis s'entendirent pour obtenir des désistements. Mgr F ai et, évêque de Bruges, écrit, le 26 janvier 1882, à un cardinal à Rome (1), que, le 2 juillet (avant la Congrégation générale), il y avait encore plus de quatre-vingts (?) Pères inscrits comme orateurs pour les débats; de plusieurs côtés il avait appris que beaucoup de Pères étaient prêts à se désister, si lui-même le faisait ; rencontrant Mgr Strossmayer dans l'antichambre de la salle de réunion, il lui avait demandé si cette nouvelle était vraie. MST Strossmayer la lui avait confirmée et l'avait prié de témoigner publiquement qu'il renonçait à parler. Il était alors entré dans la salle de réunion et avait remis aux présidents sa renonciation écrite; ceux-ci en avaient témoigné leur joie et exprimé le vœu qu'il trouvât beaucoup d'imitateurs, ce qui eut lieu : en effet, bientôt après, plus de vingtcinq désistements arrivèrent, parmi lesquels se trouvait celui de Mgr Strossmayer.
Le 4 juillet, dans la 82e Congrégation générale il y eut tant de désistements qu'après deux discours on put clore
(1) La lettre est aux archives. Le destinataire, probablement le cardinal Bilio, n'est pas nommé.
LES DESISTEMENTS. 87
non seulement la Congrégation générale, mais encore les débats spéciaux. Le compte rendu des Actes, qui expose brièvement et clairement le cours de la 82e Congrégation, / est conçu en ces termes :
« Par suite des chaleurs, il était vraiment trop dur et trop pénible de rester plus longtemps à Rome et d'écouter tous les jours, pendant quatre beures, ces longs discours, étant donné surtout que la matière des débats était déjà épuisée et qu'il ne restait absolument rien de nouveau à dire. Il aurait fallu pourtant bien des jours encore pour écouter les orateurs inscrits sur la liste et ceux qui journellement s'y faisaient inscrire ; quelques Pères prirent donc la résolution de prier tous les orateurs, de quelque opinion qu'ils fussent, de renoncer à leur droit de parole, pour amener ainsi la fin de la discussion et le vote. En cette circonstance, les évêques d'Aquila, de Vérone, les archevêques de Kalocsa et de Westminster déployèrent une grande activité et recueillirent pendant plusieurs jours les signatures des orateurs. D'abord, il est vrai, un grand nombre s'y refusa, mais lorsqu'ils virent que c'était le désir de tous les Pères et qu'on ne pouvait plus supporter ces longues discussions, presque tous acquiescèrent au désir commun. Aussi, pendant les quelques jours qui précédèrent la séance, plusieurs Pères annoncèrent-ils qu'ils renonçaient à la parole, ce qui fut accueilli avec une satisfaction générale. L'on va voir que les autres orateurs suivirent leur exemple. »
Avant que personne ne fut appelé à la tribune, le président annonça que sept Pères avaient renoncé à leur droit de prendre la parole : le cardinal [Schwarzenberg, archevêque de Prague, Mgr Simor, archevêque de Gran, Mgr Blanchet, archevêque d'Urégon City, M-1' Ricciardi, archevêque de Reggio, Mgr Franchi, archevêque de Thessalonique (i. p. i.), Mgr Limberti, archevêque de Florence, M8* Pedicini, archevêque de Bari. Les archevêques d'Orégon, Reggio et Thessa-
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Ionique demandèrent seulement qu'on versât leurs discours aux Actes de la Congrégation générale, ce qui fut fait.
On appela alors à la tribune Mgr Darboy, archevêque de Paris, mais il était absent. ÀIgr Ghilardi, évêque piémontais, qui le suivait sur la liste des orateurs, se désista. Ensuite vint le tour de Mgr Gandolfi, évêque de Corneto, dont le discours fut bref. Il avait réuni des preuves pour ceux qui disaient que la doctrine préparée pour la définition n'était pas démontrée clairement par l'Ecriture sainte et la tradition, mais comme on désirait universellement abréger les délibérations, il les passerait sous silence. Il se contenta ensuite de proposer quelques modifications au schéma. /
On aunonça de nouveau que d'autres orateurs avaient renoncé à la parole : XX. SS. Dupanloup, évêque d'Orléans, Ranolder, évêque de Veszprém, de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, Roullet de la Bouillerie, évêque de Carcassonne, Formisano, évêque de Xole. Mgr Clifford fut appelé à la tribune, mais il se désista. D'autres, comme on le fit savoir plus tard, se désistèrent également : XX. SS. Sola, évêque de Xice, Delalle, évêque de Rodez, Milella, évêque de Teramo, Peitler, évêque de Waitzen, Dorrian, évêque de Down et Connor (i), Ormaechea, évêque de Tulancingo, Dabert, évêque de Périgueux. M.8* Place, évêque de Marseille, se désista aussi, lorsqu'il fut appelé à la tribune, ainsi que XX. SS. Failli, évêque de Grosseto, Bindi, évêque de Pistoie, et Mer Meurin, évêque d'Ascalon (i. p. i.).
Il n'y eut plus qu'un seul discours : M6* Callot, évêque d'Oran, fut bref; il ne chercha qu'à se défendre contre une attaque du cardinal de Bonnechose, de Rouen.
Après lui, tous ceux qui se trouvaient encore inscrits sur la liste des orateurs se désistèrent : M-1 Magnasco, évêque de Bolina, les abbés généraux Passeri, des chanoines réguliers
(I) Son diso'jurs fut, à sa demande, versé aux Actes.