‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 22 sur 129 · PREPARATION DE LA SESSION PUBLIQUE DEFINITIVE · texte numérisé non relu

PREPARATION DE LA SESSION PUBLIQUE DEFINITIVE

se plaignait de l'ajournement de la session publique. Il ajoutait qu'elle devrait absolument avoir lieu le 17 ou le 18 juillet, que le vaisseau partait le 21, que la chaleur était insupportable, surtout pour ceux qui habitaient de petites chambres (1).

La Députation de la Foi fit tout son possible. Elle tint les 7, 8 et 9 juillet, jeudi, vendredi et samedi (2), des sessions fatigantes. Dans la Congrégation générale du 11 juillet, on devait faire le rapport et voter sur chaque proposition en particulier. On choisit comme rapporteur le prince-évêque de Brixen, Mgr Gasser.

La Congrégation générale du 11 juillet était la 84e. La 83e, dans laquelle on avait voté sur les propositions d'amendement au troisième chapitre, avait eu lieu le 5. Une restait plus qu'une proposition, sur laquelle on devait encore voter au conmencement de la 84e Congrégation générale (3). M"1' Gasser monta alors ù la tribune et lut un des rapports les plus remarquables qu'on ait entendus au Concile (4).

« L'ne grande tristesse, mais une crainte plus grande encore, avoue l'orateur en commençant, m'ont étreint le cœur. Une grande tristesse : car le schéma, sur le point central de l'unité de l'Eglise, est devenu l'occasion d'une discorde parmi les Révérendissimes Pères, discorde telle que nous pouvons dire avec le Prophète : « Ceux qui » l'apprennent au dehors poussent de grands cris, et les » anges de la paix pleurent amèrement (5) ». Plus grande encore est la crainte que j'éprouve à la pensée que la cause la plus juste ne souffre dommage par la faute de celui qui la dirige. Cependant, plein de confiance en la grâce de Dieu

(i) Aux archives.

(B) C. Y., 1692 bsqq.

(3) Voir plus haut p. 370 sqq. C. V., 737 d, 758 b.

(4) Aela, etc., IV b, 107 sqq.

(o) Is. xxxin, 7.

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et en vos intentions bienveillantes, je me mettrai à l'œuvre.» /

Xous allons résumer ici, très sommairement, le rapport qui, dans la Collectio Lacensis (i), remplit 34 colonnes entières.

Pour faciliter le jugement sur chaque proposition d'amendement, le rapporteur met en avant quelques principes généraux, qui, répondant aux deux parties du schéma, doivent s'appliquer premièrement aux preuves qu'on a produites pour l'Infaillibilité, et deuxièmement à la formule même de définition. C'est la partie générale, de beaucoup la plus longue, de son rapport.

« Comme l'Infaillibilité du Pape est une vérité révélée, dit Mgr Gasser, elle doit être prouvée par les sources de la révélation, l'Ecriture sainte et la tradition. On en a parlé abondamment dans les Congrégations générales. Il reste encore quelque chose à dire, comme en passant, pour réfuter certaines objections soulevées par les Pères. Parlons d'aborc des preuves tirées de l'Ecriture sainte.

» Les passages de l'Ecriture sainte qui prouvent que Jésus- Christ a donné à saint Pierre l'Infaillibilité avec la primauté, sont connus de tous et ont été parfaitement exploités par plusieurs orateurs. Par contre, on a exprimé des opinions contradictoires sur la transmission du privilège de l'Infaillibilité et de la primauté aux successeurs de saint Pierre. Qu'il me soit donc permis d'exposer brièvement mon opinion. L'Infaillibilité appartenait à la puissance primatiale de saint Pierre et y était inséparablement unie; par conséquent, elle a passé, avec la plénitude de sa puissance apostolique, à la Chaire apostolique et à ses successeurs sur cette chaire. Aussi les paroles de Jésus-Christ : Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle (2), ne sont-elles limitées à aucun espace

(-2) Matth, xvi. 18.

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de temps déterminé, mais restent vraies jusqu'à la fin des temps. Le fondement, posé sur saint Pierre et ses successeurs, doit donc rester toujours inébranlable contre les portes de l'enfer, c'est-à-dire, comme le dit saint Epiphane, contre les erreurs et leurs auteurs.

» Il en était autrement de l'infaillibilité des Apôtres. Chacun d'eux en particulier était aussi infaillible. Mais cette infaillibilité était un privilège extraordinaire, qui leur avait été donné pour une fin extraordinaire : l'annonce de la Bonne Nouvelle dans tout l'univers.

» De par leur vocation, / les Apôtres étaient envoyés à toutes les nations comme témoins irrécusables, oculaires et auriculaires de la parole divine, et à cette mission spéciale correspondait le don de l'infaillibilité personnelle. Aux Apôtres succédèrent les évèques, non pas dans leur apostolat universel, mais seulement dans leur épiscopat, c'est-à-dire comme gardiens des Eglises particulières. Aussi le privilège de l'infaillibilité personnelle, qui était uni d'une manière extraordinaire à l'apostolat, n'a pas passé aux évêques.Les évèques sont, en vertu de leur charge, les gardiens du dépôt de la foi, que les Apôtres, comme témoins établis par Dieu, leur ont confié. La parole de saint Paul à Timothée : Bonn m depositum custodi per Spiritum Sanclum (i), s'applique à tous les évèques. Dans cette charge.de garder, de communiquer et de défendre le trésor de la vérité divine, qui leur a été confié, les évèques, eux aussi, sont soutenus par le Saint-Esprit. Pourtant cette assistance infaillible du Saint-Esprit, les évèques la possèdent non pas individuellement, mais seulement quand ils sont unis entre eux et avec le Pape, car c'est à tous ensemble, et non à chacun séparément, qu'il a été dit : Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde (2).

(1) II ZYro., 1, 14.

(-2) Motth., xxvih, 20.

» Par contre, le privilège accordé par Jésus-Christ à saint Pierre devait passer à tous ses successeurs, parce que saint Pierre est le centre de l'unité de l'Eglise. Si le Pape tombait dans quelque erreur contre la foi, l'Eglise perdrait le lien de son unité et périrait. C'est ce que dit fort bien Bossuet en ces termes : « Si la Chaire Romaine pouvait tomber, et d'une chaire de vérité devenait une chaire d'erreur et de pestilence, la religion catholique elle-même n'aurait pas de lien d'unité; dès lors, elle serait schismatique et désunie, ce qui n'est pas possible (i) ».

» Que personne ne réponde : Sans doute, la Chaire de saint Pierre est le centre de l'unité, et de là vient la charge qu'a le pasteur suprême de Rome de fortifier ses frères et de les conserver dans l'unité de la foi; mais il y a une grande différence entre la charge et le magistère, surtout le magistère infaillible. A cela je réponds : Comment le Pape pourrait-il remplir cette charge, que Dieu lui a imposée d'une manière si particulière, s'il n'a pas reçu, pour instruire, une autorité spéciale / que tous, même les évèques, séparés ou réunis, doivent reconnaître comme inébranlable ?

» Qu'on ne dise pas non plus : Il va de soi que le Pape, pour l'accomplissement des devoirs de sa charge, doit posséder l'autorité sur tous les évoques; mais il n'est pas nécessaire que cette autorité soit infaillible uniquement par elle-même, il suffit qu'elle le soit quand elle est jointe à celle des évêques. A cela je réponds : Dans l'Eglise de Jésus-Christ, comme dans les corps célestes, le centre de l'unité doit agir sans interruption, avec une certitude constante et sans exception. Si le Pape n'était infaillible qu'en union avec les évêques, alors, d'après le droit divin, des représentants de tout l'épiscopat devraient se tenir continuellement auprès du Pape. Or, Jésus-Christ n'a rien ordonné de semblable, mais

(1) Defensio declaralionis Cleri Gallicani, 1. 10. rap. 6.

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il a institué Pierre et son successeur comme le fondement inébranlable de la foi, comme l'héritier de cette foi qu'il avait fortifiée, comme le soutien de ses frères et le gardien de tout le troupeau.

» Cette Infaillibilité, conférée à Pierre, doit passer à ses successeurs; car, lorsque le Pape déclare, par une sentence définitive, que quelque chose est hérétique et doit être regardé comme tel par l'Eglise, nous tous, nous devons l'accepter, et celui qui soutiendrait opiniâtrement le contraire devrait être regardé lui-même comme hérétique. Donc, si le Pape pouvait se tromper en définissant, toute l'Eglise qui lui obéit pourrait être dans l'erreur. C'est pourquoi nous devons croire que Jésus-Christ, cjui fait exécuter sa promesse aussi facilement par un seul que par plusieurs, accomplit par le seul chef de l'Eglise la promesse faite à l'Eglise : L'Esprit-Saint vous apprendra toute vérité (i); de sorte qu'ici aussi s'exécute la loi divine, par laquelle ce qui est inférieur est conduit par ce qui est au milieu, et ce qui est au milieu par ce qui est supérieur. Ainsi argumente le cardinal Cajétan (2). »

L'orateur passe alors aux preuves tirées de la tradition, et raconte d'abord brièvement comment il s'est formé pour luimême sa preuve de la tradition.

« Un jour que j'étais agenouillé et que je priais devant la Confession de saint Pierre, dit-il, je levai les yeux et je vis gravés ces mots : Hinc una fuies orbi refulget. Alors passèrent devant mon / esprit toutes les fatigues et toutes les souffrances supportées depuis les premiers siècles de l'Eglise jusqu'à nos jours par la Chaire apostolique, pour conserver dans l'Eglise de Jésus-Christ l'honneur de la foi, et pour le rétablir partout où il avait été blessé. Et je fus pénétré de

(1) Joann., xvi, 13.

(i) De avctoritate Paper et Concilii, cap. 9 et 11.

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cette conviction In plus intime : le Saint-Siège «aurait pas pu combattre pour la vérité d'une manière si résoloe, . constante, si invincible, s'il n'avait pas toujours cru au don de l'Infaillibilité, promise dans la personne de saint Pierre a tous ses successeurs, et si, de son côté, l'Eglise n'avait pas donné son assentiment à cette foi du Saint-Siège. C est ce qui devait devenir ma preuve tirée de la tradition.

» Pour en établir la première partie, j'ai lu et relu les lettres des Papes, comme elles ont été publiées par Constant et son dernier continuateur, André Thiel. Plus je les lisais et plus j'en méditais le sujet, plus aussi se fortifiait ma conviction nue les Pontifes romains se sont toujours levés comme témoins, docteurs et juges de l'Eglise entière, pour la défense de la vérité chrétienne, parce qu'ils savaient qu'en vertu de ,a promesse divine ils étaient protégés contre l'erreur. Qu on ne dise pas que les Papes, en aflirmant ainsi l'autorité du Siège romain, ont parlé dans leur propre cause, et que pouxcette raison leur autorité n'a point de valeur. S'il en ctait ainsi si pour cette raison il fallait récuser le témoignage des Papes de Home, c'en serait fait de toute la hiérarchie de PEo'lise : car l'autorité de l'Eglise enseignante ne peut se prouver que par l'Eglise enseignante elle-même.

„ Si nous en venons maintenant à l'accord de l'Eglise avec le Pape sur son Infaillibilité personnelle, qui est la seconde partie de ma preuve tirée de la tradition, nous verrons qu elle a exprimé clairement sa pensée, soit indirectement par sa manière d'agir, soit directement en paroles. Passant sous silence les témoignages formels des saints Pères et des Conciles je m'arrêterai un moment à leur témoignage mdireet, savoir : à larègle de foi que les premiers Pères ont composée, parce que j'y trouve l'occasion d'écarter certaines difficultés qui ont été soulevées par quelques orateurs.

„ Saint Irénée, qui montre la règle de la foi dans 1 accord des Eglises fondées par les Apétres, propose en même temps,

LA TRADITION. LA l'ENSÉE DES SS. PERES

comme vous le savez, une autre règle plus courte et plus sûre : / la tradition de l'Eglise romaine, avec laquelle tous les fidèles de la terre doivent être d'accord, à cause de sa prééminence, et dans laquelle ils conservent tous, par leur union avec le centre de l'unité, la tradition apostolique (i). Ainsi donc, selon saint Irénée, la foi de l'Eglise romaine est en même temps, à cause de sa primauté, la ligne de conduite pour toutes les autres Eglises, et, à cause de sa dignité, comme point central, le principe conservateur de l'unité.

» Cette même règle de foi, saint Augustin l'expose en ces termes : Si l'on prend en considération la série des éveques qui se succèdent les uns aux autres, c'est avec une certitude plus grande et réellement plus ferme que nous commençons l'énumération par Pierre lui-même, auquel, comme représentant de l'Eglise universelle, le Seigneur a dit : Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle, car à Pierre succède Lin, etc., jusqu'au Pape aujourd'hui régnant! Et dans cette succession ne se trouve aucun évèque donatiste (2). Il suffit donc d'après saint Augustin, pour condamner l'erreur des Donatistes, qu'aucun Pape romain n'ait été donatiste, et cette règle, il la déclare, à cause de l'autorité de Pierre, plus certaine et plus indubitable.

» Cette foi des Papes en leur Infaillibilité personnelle, l'Eglise l'a suffisamment affirmée dans la suite, quand elle regardait l'union avec le Saint-Siège comme entièrement et absolument nécessaire. Car l'union avec la chaire de Pierre était et valait l'union avec l'Eglise et avec Pierre lui-même, et par conséquent avec la vérité révélée par Jésus-Christ' Saint Jérôme écrit ainsi : « Je ne connais pas Yitalis' je rejette Mélétius, Paulinus m'est inconnu. Celui qui ne

(i) Adv. hacr. III, 3. 1. 2 (Migne, Pair, grâce. VII, 849). (2) Ep. 53, alias 16o, § 2 (Migne, Pair. lui. XXXIII, 196).

recueille pas avec toi (c'est-à-dire avec le Pape Damase), disperse; en d'autres termes, celui qui n'est pas avec Jésus- Christ est avec l'Antéchrist (i) ».

» En outre, et cela prouve d'une manière plus décisive l'accord de l'Eglise avec la foi des Papes en leur Infaillibilité personnelle, les saints Pères tenaient pour certainement établi que Pierre, comme fondement de l'Eglise, ne pouvait jamais être séparé de l'Eglise, ni l'Eglise, de Jésus-Christ, ni Jésus-Christ, de la vérité. Saint Ambroise dit fort bien : u C'est précisément à Pierre / que Jésus-Christ a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Donc, où est Pierre, là est l'Eglise ; où est l'Eglise, là il n'y a pas de mort, mais la Vie éternelle. C'est pourquoi Jésus-Christ a ajouté : Et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle, et je te donnerai les clefs du royaume du ciel (2) ».

» L'Eglise a fait connaître son assentiment à la foi des Papes, en ce que tous les chrétiens, véritablement croyants, rejetaient toute doctrine comme erronée dès qu'elle avait été condamnée et rejetée par un Pape. « Comment l'Italie admettrait-elle, dit sainl Jérôme (3), ce que Rome a rejeté? Comment les évêques admettraient-ils ce que Rome a condamné ? » Enfin, nous pouvons encore prouver cet assentiment par ce fait que, dans toutes Jes questions de foi, on avait recours au Siège apostolique, comme à Pierre et à l'autorité de Pierre, et que jamais il n'a été permis d'en appeler du Siège romain et de ses décisions dogmatiques. »

L'orateur voulait, comme nous l'avons appris, ne plus citer les témoignages directs des Pères de l'Eglise et des Conciles. Cependant, il se croyait obligé de répondre à quelques objections faites à ce sujet au cours des débats.

(1) Ad Dumasum t'up. (M h; .ne. I. <■.. XXII. 3o6>.

(2) Eiiarrat. fn l's. XL. n. 30 (Migne. 1. p., XIV. 1082).

(3) Adv. Rufinum, 1. 3. cap. IS (MlGîfE, 1. c, XXIII, 408).

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