LA LIBERTE DE PAROLE AU CONCILE
est doctor in magisterio Apostolico, quum doctrinam fidei morumque suo judicio confirmât, eurare non posse ». — On croirait que celui qui défend cette doctrine tient aussi celle du schéma.
Mgr Cantimorri, évêque de Parme (i), parla en faveur de la définition; cependant, il voulait que l'on indiquât dans le schéma les différentes méthodes que pouvait suivre le Pape pour faire une définition, soit seul, soit avec les évêques.
Mgr Keane (2), évêque de Cloyne (Irlande), constata au début de son discours que la liberté de parole avait été laissée à tous les Pères durant tout le Concile; au milieu de l'approbation générale, il ajouta :
« La sagesse des présidents, la patience et la charité des Pères, malgré les divergences d'opinion, sont telles, que les Pères, après leur retour, et jusqu'à la fin de leur vie, rappelleront volontiers à leur mémoire, non sans fruit, la dignité et la majesté de la vénérable assemblée." » — Il est agréable d'entendre ces sentiments exprimés dans le Concile, alors que les ennemis du Concile prétendent que les présidents et les Pères de la Majorité ont opprimé la Minorité. Ils se plaisent à nous dépeindre les évèques de la Majorité interrompant de leurs cris les discours de la Minorité. Le compte rendu sténographique prouve la fausseté de ces récits. Il y avait bien de temps à autre des interruptions et des signes de mécontentement. On s'en est abstenu autant que possible. Il était impossible de les supprimer complètement et l'on doit s'étonner qu'ils n'aient pas été plus fréquents. Les orateurs n'en fournirent que trop souvent l'occasion. — Mgr Keane dit qu'il n'avait pu lire sans douleur quelques-unes des observations proposées par les Pères. En cherchant à détruire les preuves de l'Infaillibilité,/ ils minaient les bases mêmes de
(1) Ibid., IV a, 516 sqq.
(2) Ibid., IV a, o23sqq.
la Primauté. Si un protestant ou un incroyant voulait s'approprier l'interprétation qu'ils donnaient aux textes scripturaires qui parlent de Pierre, ces Pères auraient grand'peine à défendre la vraie doctrine catholique de la Primauté.
L'orateur jette ensuite un coup d'œil sur les preuves de l'Infaillibilité du Pape. Parmi les arguments de la Tradition, il mentionne aussi l'acte additionnel à la constitution De fi de du concile du Vatican, qui oblige les fidèles à repousser les opinions que le Saint-Siège a condamnées (i). Abstraction faite de cette décision, le catholique ne peut nier, et les Pères du Concile ne nient pas, que tous les fidèles sont tenus de donner leur assentiment interne aux doctrines enseignées par le Saint-Siège, et de rejeter celles qu'il condamne. Or cela présuppose l'Infaillibilité du Pape, comme plusieurs Pères du Concile l'ont fait remarquer. Mgr Keane le prouve avec évidence. « Que répondra, demande-t-il, un prêtre refusant l'obéissance à une prescription dogmatique du Pape, lorsque son évêqne lui commandera de se soumettre? Il lui dira : « S'il s'agissait de mes biens terrestres, ou de mes travaux, ou d'une règle purement disciplinaire, je serais prêt à tout pour prouver au Pape mon respect et mon obéissance. Mais, dans le cas présent, il s'agit de mon intelligence et de mon jugement, de ma conscience. Comme il est impossible à mon œil ouvert de ne pas voir le soleil qui brille au ciel, il est impossible à ma raison de ne pas voir la vérité, que je perçois avec évidence; en dehors de Dieu, en qui est toute vérité, et de l'Eglise fondée par lui, et de son magistère infaillible, personne sur terre n'a le droit de m'obliger à croire que ce que ma raison reconnaît (2) comme faux est vrai, et que ce qu'elle me montre comme vrai est faux. Si donc l'Infaillibilité du Pape, et, par conséquent, de ses décisions
(1) Acta, etc., IV a, 527 sq.
(2) C'est-à-dire, croit reconnaître.
DEFENSE DE L INFAILLIBILITE 43
n'est pas solidement établie, je ne puis nie soumettre sans aller contre ma conscience. Tout ce qui ne vient pas de la croyance, c'est-à-dire de l'intime conviction de mon esprit, est péché. » Que peut répoudre à cette argumentation un évêque qui ne croit pas à l'Infaillibilité? (i) » S'il est vrai, comme l'admettent et comme doivent l'admettre tous les évêques du Concile, que les décrets du Pape requièrent la soumission intérieure, il est impossible de repousser 1 Infaillibilité. Si le Pape n'est pas infaillible, il ne peut exiger de personne la soumission intérieure. /
(1) Acta, etc., IV a, :>28.