‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 8 sur 129 · M61" LANDRIOT · texte numérisé non relu

M61" LANDRIOT

Il déclare qu'il est prêt à souscrire au schéma sous trois conditions, dont la plus importante est que la doctrine de l'Infaillibilité soit qualifiée non de dogme de foi, mais de doctrine vraie et catholique. Cependant il promet qu'il acceptera avec soumission tout ce que décidera le Concile.

L'orateur insiste d'une manière tout à fait particulière sur la preuve de l'Infaillibilité tirée de la Tradition / qu'il trouve discutable sur plusieurs points.

Cependant, comme il le remarque expressément, il ne prétend pas que la Tradition soit, sur cette doctrine, assez divergente pour empêcher une définition (i). Il soutient que beaucoup de textes tirés de la Tradition et ordinairement apportés en faveur de cette doctrine sont tronqués ou falsifiés, ou ne prouvent rien de plus que la Primauté. Il donne en exemple la phrase d'Augustin, si souvent citée : Roma locuta est, causa finit a est, qui. comme on le sait, rend d'une façon plus concise le sens du texte augustinien. Mgr Landriot prétend que la phrase authentique (2) n'a aucune force comme preuve de l'Infaillibilité ; ce point fut contredit plus tard par d'autres orateurs. Nous avons déjà vu (3) comment l'orateur avait défendu sa patrie, la France, et Bossuet contre les attaques qu'ils avaient subies dans le Concile.

L'archevêque Yusto de Burgos (4) parla ensuite pour l'Infaillibilité et proposa quelques modifications à la rédaction du schéma. Il voulait qu'on déclarât le Pape infaillible non dans les « choses » concernant la morale, mais dans les « principes » de morale, car il n'était pas sûr que l'Infaillibilité s'étendît aux jugements sur les faits de morale. Il rap-

(1) Acta, etc., IV a, 467.

(2) Jam hac de causa duo concilia missa sunt ad Sedem Apostolicam : inde etiam rescripta venerunt : causa finita est ; utinam aliquando finiatur error (Sermo 131, n. 10. Migne, l'atr. loi. XXXVIII, 734.)

(3) Voir plus haut p. 381 sq.

(4) Acta, etc., IV a, 482.

pela et compléta les arguments tirés de la tradition de l'Eglise d'Espagne en faveur de l'Infaillibilité ; il voulait surtout montrer que le cardinal Rauscher et l'archevêque Landriot avaient eu tort d'élever un doute sur l'existence de ces arguments pendant les cent trente années qui suivent le cinquième Concile général (i).

L'archevêque Lynch de Toronto (Canada), dit quelques mots (2) pour la définition.

L'évêque Losanna, de Biella, s'exprima tout différemment (3). Cette définition, selon lui — il soumettait toutefois son jugement à celui de ses auditeurs — ne pouvait être acceptée; car i° elle semblait supprimer toute dignité morale/ 2° la doctrine ne pouvait en être prouvée, avec la clarté et l'évidence requises, par les textes révélés ; 3° l'Infaillibilité n'était pas compatible avec l'état actuel de l'homme.

Il prouvait ainsi sa première proposition : la définition exige une soumission interne, ce qui est contraire à la dignité humaine.

Pour établir la seconde, il fit remarquer que la parole du Christ à Pierre : « Tu es Pierre, etc. », ne parle pas d'une communication de pouvoir, mais d'une simple promesse ; le cardinal Bilio l'interrompit alors et le pria de considérer qu'en raison de la dignité elle-même et de la nature divine de celui qui avait fait la promesse, cette promesse d'un pouvoir équivalait à une collation de pouvoir. Il ajouta qu'entre catholiques, partisans ou non de l'Infaillibilité, il ne pouvait y avoir aucune divergence d'opinion sur le devoir qu'avaient les fidèles de se soumettre intérieurement aux constitutions dogmatiques du Pape. Dans la Bulle Vineam

(1) Acta, IV a, 48o sqq

(2) Ibid., IV a, 492 sq.

(3) Ibid.. IV a. 494 sqq

(4) Acta, etc.. IV

• ERREURS DE Mer LOSANNA 41

Doinini (1705) que toute l'Eglise accepta, les peines et censures édictées contre les jansénistes atteignent non seulement ceux qui approuvent et défendent la doctrine janséniste. mais aussi ceux qui soutiennent que les constitutions requièrent uniquement l'obéissance extérieure, ou le silence respectueux.

«Je regrette vivement, ajouta le Président, d'être obligé de vous le rappeler, à vous, Frère vénérable par votre âge et célèbre par les services rendus à l'Eglise, mais mon devoir me l'impose. » La réponse de Mgr Losanna est si embrouillée que même après plusieurs lectures nous n'avons pu la comprendre.

Il croit que les textes de la sainte Ecriture ne prouvent pas assez clairement la doctrine, puisque quelques uns attaquent leur force démonstrative. Et plus loin, comme il remarquait que, du vivant des Apôtres, la primauté de Pierre n'apparaissait pas, le cardinal Bilio intervint de nouveau : « Cette assertion, dit-il, était une objection aussi bien contre la Primauté que contre l'Infaillibilité »; à quoi l'orateur répondit que certainement il ne voulait rien dire contre la Primauté. /

Il semble interpréter ainsi sa troisième proposition: en raison de la peccabilité de la nature déchue, l'Infaillibilité est inconcevable. A. son avis, l'Infaillibilité pontificale ne peut exister qu'unie à l'impcccabilité.

La 77e Congrégation générale commença aussi par le discours d'un évèque de la Minorité, ÀIgr Whelan, évêque de Wlieeling (Etats-Unis) (i). Les controverses avec les protestants, parmi lesquels il vivait, lui avaient appris que la question de l'Infaillibilité était tout à fait libre et ne touchait pas à la foi catholique. Telle était aussi la doctrine des livres de controverse anglais dont on se servait en Amérique, et

(1) Ac(a, etc., IV a, 504 sqq.

telle devait être également l'opinion de toutes les personnes instruites qui lisent ces livres. A son avis, il faut en dire autant des catholiques d'Angleterre et d'Irlande, qui connaissent parfaitement ces livres. Le témoignage opposé de l'archevêque de Westminster était,il est vrai, d'un très grand poids, mais il était seul; et, dans la mesure où il avait pu le contrôler, tous ceux qui, enAngleterre ou en Irlande, avaient publié des ouvrages de controverse, affirmaient le contraire. Peut-être sa remarque s'appliquait- elle encore à l'Allemagne, à la France et aux autres peuples de l'Europe centrale.

L'orateur avoue, cependant, que les preuves apportées au Concile en faveur de l'Infaillibilité, avaient fait sur lui une grande impression. Il proposa la nouvelle formule suivante : « ... Declaramus, Romanum Pontificem, cum supremi doctoris et pastoris munere suo fungens pro apostolica sua auctoritate ex cathedra définit, quid de rébus fidei et moruni in deposito traditionis contineatur, et proinde, quid ab omnibus tanquam de fide ienendum vel tanquam fidei contrarium rejiciendum sit, non posse per divinam assisientiam errare ; caput est enim corporis Christi et os Ecclesiœ, cujus judicia tenentur omnes accipere, si sicut ethnicuset publicanus esse non velint (i). » La doctrine contenue dans cette formule, est tout à fait d'accord avec celle du schéma. Comme l'orateur partit bientôt après / (4 juillet (2), ii n'a pas pris part au vote.

Mgr Légat, évêque de ïrieste, qui était aussi de la Minorité, proposa, à la fin de son discours (3), la formule suivante : « Docemus, Ecclesiam Christi omni veritate esse insiructam per Spiritum sanctum, qui continuo cum ea manet; ideoque... definimus Romanum Pontificem, qui supremus

(1) Ibid., IV a. :>[2<.

(3) Acta, etc. IV a, 512 sqq.

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