TRANSFORMATION DE LA SALLE CONCILIAIRE
tionnaires du concile furent rapprochés les uns des autres; on avança la tribune. // L'espace ainsi réduit satisfaisait à toutes les exigences raisonnables, étant données les difficultés extrêmes qu'on avait à vaincre. Quelques membres cependant continuaient à se plaindre, et c'est à leur sujet que M81" Régnier écrivait, le i5 mai, au clergé de son diocèse : « L'installation matérielle du concile laissait à désirer dans le principe, personne ne le conteste. Mais il est certain que depuis longtemps on a fait disparaître les inconvénients qu'elle présentait d'abord. La salle conciliaire à laquelle on avait Honné une trop grande étendue, a été réduite à des proportions très convenables. Telle qu'elle est maintenant, tout orateur doué d'une voix ordinaire et qui parlera distinctement s'y fera entendre, sans effort, de tout son auditoire.
» Il y a du reste dans les graves différences que présente la prononciation du latin, suivant nos différentes nationalités, une difficulté indépendante de toutes les conditions d'acoustique et que notre assemblée porterait partout avec soi. Tout le monde sait que certains orateurs en raison de la faiblesse ou de quelque autre défaut de leur organe, ne peuvent se bien faire entendre nulle part (i). »
M>'r Le Breton, évêque du Puy-en-Velay, s'exprime de la même manière dans une lettre à son clergé (2).
Friedrich et d'autres écrivains dont la préoccupation principale est de trouver à blâmer dans le concile, ne se montrent pas satisfaits de la transformation de l'Aula : personne ne s'en étonnera. Mais il paraîtra plus étrange, que, dès la première séance tenue dans la nouvelle salle, MgrHéfelé ait cru devoir se plaindre encore de la difficulté qu'il avait trouvée à entendre les orateurs. Le jour même il écrivait au Deutsche Volksblatt, de Stuttgart : « Je suis assis tout contre les
(2) Ibid., 1430 b.
secrétaires, aussi près que possible des cardinaux, des légats et des présidents, et souvent je n'entends rien de ce <pii se dit à la tribune. L'excellente élocution et la voix claire de Mgr Simor m'ont permis de suivre son discours: mais il n'y a point de danger qu'au sujet des deux autres je viole le secret uni pontificium, je n'en ai pas saisi une seule phrase. Mes voisins ont-ils été plus heureux que moi, je l'ignore, en tout cas je vais m'efforcer de trouver nue autre place. »
En somme. M-1' ïlél'elé n'a pas compris deux orateurs, XX. SS. Tizzani et Spaccapietra, et voilà tout. Peut-être avaient-ils un mauvais organe, peut-être aussi leur prononciation étrangère du latin dér utait-elle l'évêque allemand; il est aussi fort possible que sa place, si rapprochée qu'elle fût du trône du président, ne lût pas une des meilleures. L'opinion générale est au contraire favorable à la transformation. L'auteur des Rômi.sche Briefe lui-même, pourtant si heureux de pouvoir médire du concile, écrit le 2 juillet : « Je veux renouveler ici une observation qui aurait dû être faite plus tôt. L'Aula, ces derniers temps, a vraiment gagné au point de vue de l'acoustique : le vélum qui la couvre forme un excellent abat-voix ( 1 ) ». Peut-être ce vélum ne fut-il placé qu'après la trentième session.
Pour les séances publiques, la salle conciliaire reprenait sa première forme, on enlevait la cloison et l'on rétablissait l'ancienne disposition intérieure.
Avant l'ouverture de la discussion sur la première partie du schéma remanié de docirina catholica, ou pour mieux dire, sur le schéma de fide catholica, Mgr Simor, archevêque de Gran, tit oralement, au nom de la Députation de la foi, un rapport sur le travail accompli, et le recommanda aux Pères. Le règlement n'avait prescrit qu'un mémoire
(1) Quirinus ; p. 583.
RAPPORT DE Mgr SIM OR 27
éerii sûr cette matière, sans exiger qu'un des membres de la Péputation présentât de vive voix le nouveau schéma; mais les collègues de M-1 Simor trouvèrent cette démarche opportune : leur mandataire pourrait ainsi lever plus facilement bien des scrupules énoncés dans la congrégation générale. Déjà du reste, avant le Concile, Msr Héfelé, alors consulteur delà Commission préparatoire des travaux, avait émis, dans an mémoire sur l'ordre des débats, l'avis que toute Deputation chargée de rédiger un schéma devrait déléguer un de ses membres pour le soutenir devant les Pères avant l'ouverture de la discussion, le leur recommander, et leur en expliquer, au besoin, les différentes propositions et l'ensemble (i).
Dans son travail de révision, dit M.81 Simor (2 ,1a Députation de la foi s'est efforcée de répondre autant que possible aux vœux des Pères sur .le schéma primitif, vœux exprimés soit dans les discours prononcés en congrégation générale, soit d;ms les remarques envoyées ensuite par écrit. Presque unanimement on avait désiré que la substance du schéma fut conservée. // C'est pourquoi le nouveau texte contient les mêmes enseignements et condamne les mêmes erreurs que l'ancien projet. De plus, un grand nombre de Pères avaient souhaité que l'introduction présentât un exposé un peu plus ample de l'état moral et religieux du peuple chrétien depuis le concile de Trente jusqu'à nos jours; la Députation s'est acquittée- de ce devoir. L'introduction parle donc des bienfaits dûs à ce concile, elle rappelle les maux qu'a fait naître le mépris de ses prescriptions chez ceux contre lesquels il avait été réuni; maux qui ont atteint bien des catholiques aussi.
Au sujet de la forme, on s'était demandé s'il fallait joindre à l'exposition de la doctrine des canons condamnant expres-
(2) Ibid.,80d. sqq.
sèment les erreurs. Le rapporteur se prouonce pour l'affirmative et fait ressortir la transformation subie depuis un siècle parles écoles et les Universités. Il y a cent ans elles étaient étroitement unies à l'Eglise; placées sous la surveillance et la direction immédiate des autorités religieuses, elles étaient d'au puissant secours pour l'enseignement et la défense de la foi catholique ; il eût été impossible d'y soutenir les erreurs qu'on y professe aujourd'hui. Maintenant au contraire, elles ne sont en aucune façon des établissements ecclésiastiques, aussi ne nous offrent-elles plus les mêmes ressources et les mêmes garanties qu'autrefois ; leurs professeurs sont des fonctionnaires de l'Etat, et c'est de l'Etat que dépendent aussi les livres et les méthodes. Par suite les principes protestants de l'autonomie de la science, de son indépendance à l'égard de l'autorité de la Foi et de l'Eglise, ont pénétré l'esprit des maîtres catholiques, et même celui des maîtres des facultés de théologie. De là vient que ces professeurs, tombés parfois dans des erreurs dangereuses,, ont dû être condamnés directement par le Siège Apostolique. Fonctionnaires de l'Etat, ils méprisaient l'autorité épiscopale : cette autorité étant devenue impuissante, il fallut recourir à celle du Pape. //
Pour être purement spéculatives, et n'avoir pas, comme on le dit, troublé la conscience d'un seul paysan, ces erreurs n'en sont pas moins redoutables, ainsi que l'ont déclaré souvent à la Députation les évêques de ces régions. Il est donc indispensable que le Concile les condamne, qu'il établisse une règle qui maintienne les savants catholiques occupés de ces spéculations théologiques et philosophiques (que l'Eglise ne veut pas entraver), dans les limites de la saine doctrine, et les préserve à l'avenir du danger de l'erreur .
L'orateur en vient alors aux canons que la Députation, d'après le vœu de la congrégation générale, a placés à la suite des chapitres. C'est à la congrégation qu'il appartient de
RAPPORT DE Mgr SIMOR 29
juger s'il est nécessaire de conserver le nombre considérable d'anathèraes que propose le schéma.
On avait désiré que le style ne ressemblât point à celui d'un professeur instruisant ses élèves : l'Eglise doit parler avec majesté et comme une mère compatissant aux faux pas de ses enfants. L'essentiel, dit le rapporteur, est que la forme de chaque constitution conciliaire fasse ressortir avec son caractère spécifiquement catholique la vraie, légitime et pure doctrine ; à cet égard la Députation est fermement persuadée qu'elle a satisfait aux désirs des Pères; pour le style au contraire elle ne nie pas qu'on ne puisse le changer, le rendre plus pur et bien meilleur. « Le principal, llévérendissimes Pères, est de rechercher avec soin si la doctrine proposée dans ces quatre chapitres est bien la véritable, légitime et pure doctrine de l'Eglise catholique. Tout le reste est accidentel et de moindre importance ; il sera facile de faire les changements et les améliorations que vous désirerez. Mais il importe que vous déterminiez si la doctrine exposée par la Députation dans son schéma est vraiment la doctrine catholique. »
Msr Simor étudie ensuite brièvement les différentes parties du schéma ; il s'efforce de les mettre en lumière, et nomme les adversaires qui ont donné lieu à leur solennelle déclaration. Ainsi il fait observer que l'enseignement de l'Eglise sur Dieu créateur est exposé dans le premier chapitre pour écarter les erreurs des athées, des panthéistes, des naturalistes, des déistes et aussi celles des ontologistes. //
Dans le cours de la discussion nous verrons que le concile n'eut pas en vue la condamnation de l'ontologisme, bien qu'il reste vrai, comme le disait Mgr Simor, que la doctrine catholique sur Dieu, telle que l'expose le premier chapitre du schéma, s'oppose à cette théorie philosophique ; mais les Pères n'ont point voulu s'en occuper directement et expressément.
Le discours de l'archevêque de Grau reçut une vive approbation ; plusieurs orateurs le félicitèrent publiquement, et dans la quinzième réunion de la Députation de la foi, le 20 mars, le cardinal Bilio proposa à ses collègues de remercier Mgr Simor du rapport clair, savant et applaudi, par lequel il avait présenté à la congrégation générale le travail de leur commission. Les prélats à l'unanimité adoptèrent la proposition du cardinal (i).
Quand l'archevêque eut cessé de parler, le cardinal de Angelis, Premier président, déclara la discussion ouverte : les débats porteraient d'abord sur l'ensemble du schéma, les détails viendraient ensuite. 11 priait donc les orateurs de se tenir dans dans les limites prescrites par la nature même des choses pour une discussion d'ensemble, sans entrer dans les points particuliers de l'introduction, des chapitres et des canons, sur lesquels on aurait plus tard l'occasion de s'expliquer.
Six Pères avaient demandé la parole ; le sous-secrétaire du concile proclama leurs noms de la tribune : c'étaient NN. SS. Paul Ballerini, patriarche d'Alexandrie; Vincent Tizzani, archevêque de Nisibe; Vincent Spaccapietra, archevêque de Smyrne; Aloys Moreno, évêque d'Ivrée ; Jacques Ginoulhiac, évêque de Grenoble, et Thomas-Michel Salzano, évêque de Tanis. Appelé à la tribune, le patriarche d'Alexandrie déclara n'avoir rien à dire sur l'ensemble du schéma, mais seulement sur les détails: il renonçait donc à son droit de parler dans la présente congrégation.
Le premier orateur fut donc Mgr Tizzani. Il rappella aux Pères qu'il avait été des premiers à parler sur le schéma de doctrina catholica, et se dit fort heureux de voir dans le nouveau texte quel compte on avait tenu de ses précédentes critiques // : « Vraiment, ajouta-t-il, dès la première lecture
(1) Prolocolliim ; Congr. XV.
DISCOURS DE NN. SS. TIZZANI ET SPACCAPIETRA 3i
du schéma def.de, j'ai été satisfait, et j'ai félicité les auteurs du remaniement. J'avais indiqué les améliorations nécessaires dans le projet primitif; mais maintenant l'honneur et l'amour de la vérité me font un devoir d'approuver et de louer ce schéma transformé. Si nous discutions les détails, je demanderais sûrement encore quelques modifications. Mais pour l'ensemble, je dois dire qu'on trouve dans cette pièce ee qui est à désirer avant tout dans les schémas traitant de la foi : le style du Saint-Siège et cette majesté qui lui convient. L'ordonnance logique en est excellente, et surtout, j'apprécie l'usage de la Sainte-Ecriture sur l'autorité de laquelle s'appuie le schéma : car l'Ecriture et les Pères sont les fondements sur lesquels doivent s'appuyer les définitions dogmatiques. C'est pourquoi je donne, en somme, tous mes éloges au schéma et pour ma part je l'accepte ». (i)
Comme Mgr Tizzani, les orateurs suivants donnèrent de grandes louanges au nouveau texte; plusieurs naturellement se réservaient de proposer des modifications de détail.
Mgr Spaccapietra parla le second : « Je pense, dit-il en commençant, que nous devons adresser nos plus vives félicitations à la Députation qui dans son travail de refonte a répondu, me semble-t-il, avec autant de zèle que de succès aux desiderata généralement exprimés sur le premier schéma. Si ma mémoire ne me trompe pas, elle a tenu grand compte les remarques faites en congrégation générale, non seulement sur l'ensemble du texte, le style, l'ordonnance, mais encore sur quelques chapitres particuliers, et même sur cerbains mots. » S'il était question toutefois des détails, comme nulle œuvre humaine n'est parfaite, on pourrait trouver sncore quelques points à améliorer. En terminant, l'archevêque, qui administrait en Asie-Mineure un grand vicariat ipostolique où le nombre des juifs atteint plusieurs cen-
(1) Acta Congr. gen., II, p. 13sqq.
taines de mille, pria le concile d'inviter les Israélites, auxquels le Christ se rattachait par sa race selon la chair, à entrer enfin dans l'Eglise chrétienne. A son avis, cet appel serait fort à sa place dans la Constitution de fide. (i)
Le troisième orateur, M"1' Moreno, évêque d'Ivrée, loue aussi le schéma. Il estime pourtant qu'un point méritant considération n'a pas été touché. Il voudrait que, dans le premier chapitre traitant de l'Etre divin, il soit fait mention de la preuve qui conclut de l'existence des êtres contingents à l'existence de l'Etre absolument nécessaire. De même, dans le second chapitre sur la Révélation, il regrette qu'on n'ait pas parlé de la nécessité d'une révélation pour la race humaine si profondément tombée et si affaiblie dans ses facultés. MF Moreno voulait encore faire deux autres remarques, mais le Premier président lui fit observer qu'il ne devait point sortir de l'objet soumis à la discussion générale L'évêque d'Ivrée interrompit donc son discours. (2)
Le président leva la séance un peu plus tôt que de coutume ; car ce jour-là, vendredi de carême, le Saint-Père, selon l'antique usage, devait visiter l'éghse Saint-Pierre. On annonça la congrégation générale suivante, pour le 22 mars. (3)
Ce jour là, dès que les Pères furent réunis, le président les pria de nouveau de vouloir bien se renfermer dans -les limites du sujet fixé par l'ordre des débats ; on ne s'était pas suffisamment attaché à cette règle dans les réunions précédentes. Il est très pénible au président, fit-il remarquer, d'avoir à interrompre les orateurs qui passent à d'autres sujets, c'est pourtant son devoir.
Tous les Pères inscrits pour prendre la parole sur la
(1) Acta Conyr. ytneral . , II, p. 12 sqq.
(2) Acta, p. 16 sqq.
(3) Ibid., p. 19.
DISCOURS DE Mgr GINOULHIAC 33
liscussiOD générale n'avaient pu le faire dans la dernière îongrégation ; trois autres Pères avaient depuis donné leurs noms : le cardinal Schw ar/.enberg, archevêque de Prague, M>'r Kenrick, archevêque de Saint-Louis, et Mgr Las Cases, âvêque de Constantine (i).
La parole fut d'abord donnée à Mgr Gïnoulhîac, (2) alors îvêque de Grenoble, mais qui peu de temps après monta sur ie siège primatial de France et devint archevêque de Lyon. [1 loua le schéma et promit d'être bref : son discours se bornerait a une question, à une remarque et à quelques propositions.
A son avis, la Députation a réalisé parfaitement les désirs des Pères, mois clic a l'ait au schéma quelques additions que les Pères n'avaient pas proposées dans leurs discours. Ainsi vl-' Simor a parlé dans son rapport de condamnation de rOntologismc. du Traditionalisme et d'autres systèmes philosophiques ; de plus, on a fait de nouveaux canons, et ce qui est plus grave, on propose au Concile de confirmer par son autorité, non seulement les constitutions mais même les décrets émanés du Siège Apostolique // Cela conduit l'orateur à poser cette question : jusqu'où s'étend pour les congrégations, députations ou commissions, le droit d'introduire de nouveaux objets de délibération ? Si on l'étend trop, on porte peut-être atteinte à la prérogative que le pape s'est réservée. dans la constitution Multipliées inter, de faire lui-même au concile les propositions formelles; peutêtre empiète-t-on aussi sur les droits de la Congrégation des postulata, voire même sur les droits du Concile, car les Pères n'ont pas les moyens et le temps d'étudier ces nouvelles matières comme ils ont étudié les anciennes. Cette remarque n'est point faite pour soulever une querelle, l'évêque de
(l) Acta, p. 20.
,(2) Ibid., P. 21 sq<i
Grenoble ayant non seulement la confiance niais la plus absolue certitude que la DéputatiOu de la foi a l'ait ce qui lui a paru Je meilleur, aussi n'est-ce point la une question de personnes, mais de règlement. «^ ("est pourquoi, ajoute le prélat, je souhaiterais avoir là-dessus l'avis des présidents ou des députés. Je me soumettrai à leur jugement. »
Il n'est pas difficile, a notre avis, de répondre à la qi lion de M-1' (iinoulliiac. Seul le pape peut faire d'autorité une proposition au Concile: les évêques ne le peuvent faire qu'avec son assentiment; mais si, dans les débats sur un thème présenté, un des Pères ou des députés pense qu'il soit nécessaire d'ajouter une phrase, il a le droit de la proposer. Cela résulte de l'essence même de la discussion : puisque celle-ci a pour but d'améliorer autant que possible le schéma sur lequel elle porte.
M-'' Grinoulhiac fit ensuite une remarque se rapportant aux canons. Dans cette partie de son travail, la Députation ne lui semble pas avoir assez tenu compte des désirs et des opinions des Pères. Plusieurs, il est vrai, avaient souhaité que le Concile exposât d'abord la doctrine et la lit suivre de quelques canons; mais personne n'avait demandé qu'on joignit à chaque chapitre et à chacune de leurs parties des canons correspondants. Le vœu exprimé par bon nombre de prélats avait été qu'on n'accumulât point les condamnations sans nécessité : (pie le concile du Vatican fût aussi avare que possible d'anathèmes. Mgr Ginoulhiac déclarait que ce vœu était conforme à ses propres désirs : « Certes, je ne suis pas de ceux, dit-il, qui souhaitent que l'Eglise se montre aussi faible et craintive qu'elle est prudente et patiente Elle ne doit jamais oublier qu'elle est une mère, et une mère tendre, mais elle doit aussi se souvenir qu'elle est Maitresse et Juge !
» Personne ne nie, continue -t- il, que les définitions (canones) portées en de bonnes conditions ne soient très utiles. Elles mettent fin aux controverses, elles donnent la
DISCOURS DE M"1' GINOULHIAC 3o
paix aux consciences, elles rassemblent les âmes par le lien de l'unité elles établissent en pleine clarté et certitude les vérités divines. Mais, faute de ces conditions, elles troublent les esprits, elles scandalisent les faibles dans la foi, elles favorisent les hérésies et ouvrent une large porte aux schismes. Los définitions, les canons avec des anathémes, sont une sorte de condamnation à mort. Par elle l'Église frappe avec le glaive de l'esprit. Ce glaive, dit saint Augustin, extermine les erreurs; mais on doit prendre garde en en faisant usage de ne point atteindre des hommes, et, comme le dit Tertullien, de ne point les livrer à l'éternel châtiment. Chacun sait que les conditions nécessaires pour porter les anathèmes sont : la définibilité d'une doctrine, l'importance de son objet, l'opportunité.
•» J'arrive maintenant au fait : d'abord plusieurs canons ne me paraissent ni nécessaires, ni bien présentés ; tels sont les trois premiers. Je ne sais si jamais un concile œcuménique a imposé, sous peine d'anathèmeja croyance à l'existence de Dieu. Au temps du concile de Nicée, il existait des écoles professant l'athéisme, le panthéisme et le matérialisme : le concile exposa parfaitement la doctrine sur l'existence de Dieu, sur la création de toutes les choses visibles et invisibles, mais il réserva l'anathème pour l'erreur dont la condamnation était l'objet premier de sa réunion. Il prononça cet anatheme en ces termes solennels :« Si quelqu'un dit : Il fut un temps où le Verbe n'était pas; ou encore, le Verbe a été créé, etc., celui-là, l'Eglise apostolique et catholique l'anathématise ! » De même dans le quatrième concile de Latran, il fut question d'une erreur panthéiste; Innocent 111 déclara qu'il fallait la condamner non pas comme une hérésie, mais comme une folie. Si l'on tient à frapper d'anatbème l'athéisme, je demande au moins qu'on ne dise pas : « Qu'il soit anatheme! » mais bien : « Il est anatheme ! » Car celui qui ne croit pas est déjà jugé. »
L'orateur souhaite encore voir disparaître deux autres canons; mais il se propose d'y revenir dans les débats spéciaux.
Enfin il arrive aux propositions dont il avait parlé en commençant. Elles concernent la S uni maria relatio, qu'aux termes du règlement la Députation devait présenter aux Pères en mémo temps que le schéma transformé. // « Cette Summaria relatio, dit l'orateur, ne doit point être une analyse historique de tous les discours faits en congrégation générale sur le schéma, mais simplement un court résumé des paroles des Pères et des preuves qu'ils ont apportées à l'appui de leurs assertions. Le rapport qui nous a été présenté avec le schéma ne répond pas à cet égard à la Summaria relatio, telle que la prescrit le décret pontifical. Elle doit aussi exposer le sens du texte et des amélio rations proposées : mais à ce point de vue, le texte qui nous a été remis ne laisse rien à désirer. Enfin, à mon avis, il serait utile de citer dans cette relation toutes les raisons et toutes les preuves sur lesquelles s'appuient les propositions, au moins quand il s'agit de matières de foi, de définitions dogmatiques ou de canons portant expressément anathème. Je souhaite donc qu'on nous donne ici les raisons qui établissent la possibilité de définir les vérités qu'on nous propose de définir, la nécessité de ces définitions et leur opportunité; on fera de même pour la condamnation des erreurs. Dans cette multitude de questions, souvent difficiles et subtiles, qui nous sont soumises, il est impossible que chacun de nous les comprenne parfaitement et juge sainement des fondements des solutions à donner, si on ne lui présente pas en même temps les preuves appropriées. Et cependant, suivant les termes mêmes de l'Introduction, nous siégeons ici comme juges, et sur des matières de si grande importance qu'il est évidemment nécessaire de porter sur elles des jugements prudents et justes, et d'avoir, tous et chacun, une cer-