LES REPONSES DE BISMARCK
depuis trois semaines, il demandait télégraphiquement l'au- • torisation de partir aussi en congé (i). Bismarck lui répondit télégraphiquement qu'il se voyait obligé de lui demander pour le moment de ne pas quitter son poste et de s'abstenir « de toute démonstration et de toute apparence de démonstration ». Il le priait en même temps d'observer avec soin les mouvements des troupes françaises et de le tenir au courant des moindres s^ymptômcs d'évacuation (2). C'est qu'il était à la veille de déclarer la guerre à la France. Néanmoins les inquiétudes et les labeurs des jours suivants ne lui firent pas oublier Rome et, le 20 juillet, il télégraphiait encore une fois à Arnim : « Abstenez-vous de toute démonstration publique. L'infaillibité n'a pour nous aucun intérêt en ce moment (3) ».
(1) Ibiil., 1610 a. b.
(2) Ibid.,16i0b,
(3) C. V. ,1610 b. — Si Bismarck refusa de troubler la tranquillité du concile, ce ne l'ut point par amour de l'Eglise catholique (le Kulturkampf l'a bien montré plus tard), mais par des raisons de sagesse politique et principalement, seinblet-il, à cause de la guerre prochaine avec la France. Le Kronprinz allemand, plus lard Frédéric III, raconte dans son journal, en date du 24 octobre 1870, que Bismarck aurait dit à son beau-frère (Frédéric-Guillaume-Louis. grand-duc de Bade) qu'après la guerre il voulait prendre l'offensive contre l'inlaillibilité. Après la mort de l'empereur, son journal fut publié. Bismarck contesta entre autres l'authenticité du passage indiqué. Il écrit à ce sujet à l'empereur Guillaume II, fils de Frédéric III: «... L'inlaillibilité me fut toujours très indifférente; elle l'était moins à S. A. R. J'y voyais un coup maladroit du pape alors régnant et priai S. A. R. de laisser cette question tranquille au moins pendant la guerre ; mais S. A. R. ne peut avoir eu l'impression que je voulais poursuivre l'affaire après la guerre, ni l'avoir insérée dans un join ttal rédigé au jour le jour. » (Reichs und Staatsanzeiger, ï7 septembre 1888). — Il est inexact que l'infaillibilité soit toujours restée indifférente à Bismarck, et en l'alfirmant il a été contre ses déclarations antérieures. Ainsi dans une lettre sur l'élection des papes envoyée aux puissances (14 mai 181-2), il dit; «Par-dessus tout... le concile du Vatican et ses deux décisions les plus importantes, sur l'infaillibilité et sur la juridiction du pape, ont complètement changé la situation de ce dernier même vis-à-vis îles gouvernements, porté au maximum l'intérêt qu'ils ont à l'élection du pape et en même temps donné au droit qu'ils ont de s'en occuper une base plus solide. En effet le pape est mis en état, par ces décisions, de prendre en main dans chaque diocèse les droits des évêques et de substituer sa puissance à celle île l'évèque local ; la juridiction épiscopale a été absorbée dans la juridiction pontificale; le pape ne possède plus comme auparavant un nombre détermine de droits, réservés, mais toute la plénitude des droits épiscopaux repose en ses mains ; en principe ii a pris la place de
Ainsi le concile du Vatican se trouvait entouré d'ennemis, et pourtant aucune intervention ne vint troubler ses délibérations. La Providence ne le permit pas. //
La France tenait le concile en son pouvoir. Elle aurait pu y mettre fin par le simple rappel de ses troupes. Elle aurait donc pu aussi lui faire des propositions fâcheuses et peser fortement sur lui en prenant une attitude menaçante. Mais le ministère français avait à sa tête un homme qui considérait que durant le concile il ne pouvait être question d'évacuer Rome; il était résolu à ne compromettre en aucune façon la liberté du concile et à contenir son ministre des affaires étrangères.
La Bavière désirait mettre des entraves au concile ; elle voulut par le moyen de l'Angleterre unir les puissances en vue d'une intervention commune; elle avait déjà gagné le chef de la politique anglaise. Mais, grâce à l'influence de l'agent diplomatique anglais sur le ministre des affaires extérieures, Gladstone avec ses projets eut le dessous au conseil des ministres, et la Bavière se retira déçue.
Quant à la Prusse, son représentant à Rome déploya une activité infatigable pour déchaîner les passions contre l'assemblée, mais Bismarck, par simple prudence politique, condamna à l'inaction cet ennemi acharné du concile.
L'Autriche, l'Espagne et le Portugal n'osaient risquer aucune démarche sans l'appui des autres Puissances.
L'Italie fut tenue à l'écart par la présence des troupes
tous les évêques, et il dépend de lui de se substituer aussi à eux dan* la pratique, à n'importe quel moment, en face des gouvernements; les évêques ne sont que ses instruments, ses employés, dépourvus de responsabilité propre ; ils sont devenus en face du gouvernement les fonctionnaires d'un souverain étranger, et d'un souverain qui, en vertu de son infaillibité, est tout à fait absolu, plus absolu qu'aucun monarque du monde.» (C. F., 1610, note 1. Voir aussi les raisons alléguées par le ministère prussien sous le gouvernement de Bismarck pour supprimer le département de la religion catbolique au Ministère prussien des cultes.)