‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 127 sur 140 · LES REPONSES DE BISMARCK · texte numérisé non relu

LES REPONSES DE BISMARCK

situation future. Les ambassadeurs catholiques se trouveraient, lors des fêtes annoncées, enfermés dans un dilemme désagréable; les protestants y échappaient : ils pouvaient ignorer complètement le dogme et les fêtes. L'action de l'Etat devait commencer quand le dogme passerait daus la pratique sur le terrain du droit politique. |Le roi avait approuvé la manière de voir de Bismarck et commandé qu'Arnim en eut communication (i).

Il est surprenant de voir Arnim répéter sans cesse que la proclamation de l'infaillibilité constituerait une offense à l'adresse des puissances. Comment cela? Pas une seule ne s'était prononcée contre la définition de cette doctrine. A l'exception de Daru, qui depuis longtemps avait cessé de faire jDartie du ministère, un seul homme en place, Arnim, s'y était risqué, saus en avoir reçu la mission, ni même l'autorisation du gouvernement. Tous les hommes d'Etat jusqu'au dernier pouvaient avoir de l'aversion pour cette doctrine ; aucun Etat ne s'était déclaré contre elle ou contre sa définition; et cette définition ne pouvait être considérée comme injurieuse à un gouvernement que si elle se faisait en passant par-dessus un désir exprimé ou un avertissement donné au pape.

La réponse de Bismarck fut si désagréable à Arnim qu'il essaya d'en obtenir une nouvelle, plus conforme à ses vœux. Dès le lendemain il écrivait au conseiller intime] Thile, à Berlin, manifestement avec l'espérance que sa lettre serait ensuite communiquée en haut lieu. 11 y dit qu'il n'est pas, sur la question pendante, d'accord avec Bismarck : cette idée que l'action de l'Etat commence là où le dogme passe pratiquement sur le terrain du droit politique, lui fait vraiment peur. L'expérience qu'il a acquise à Rome, lui fait voir la puissance immense du pape et l'éclairé sur l'usage que le

[1) Ibid.,1608a.

pape fera du dogme. // Poussée à bout, toute la tendance, dont ce dogme est comme le dernier fruit, est dirigée en droite ligne contre l'Etat. Le pape n'essaiera sans doute pas sur-le-chainp de faire du dogme un usage tel qu'on puisse invoquer les lois de l'Etat contre l'Eglise catholique; la tendance immédiate de Rome sera de préparer les voies. Mais si pendant cette période vous voulez vous abstenir de toute action, vous permettrez à l'ennemi d'accumuler un énorme matériel de guerre sur votre propre territoire, d'environner votre maison de fagots et de soufre, sans exercer votre droit naturel de détruire les machines de guerre et l'appareil incendiaire de l'ennemi avant qu'il puisse s'en servir. Vous devriez le plus tôt possible répondre à la guerre par la guerre. Il suit encore de là que vous devriez faire connaître d'une façon non équivoque que vous vous détournez de Pie IX. Il faudrait montrer ainsi aux catholiques de quel coté souffle le vent. Le moment est favorable, parce que les évêques, même s'ils font leur soumission, sont cependant si montés contre Rome qu'aucune opposition n'est à craindre de leur part. En outre, la plupart d'entre eux s'attendent à des représailles du côté de l'Etat et seront étonnés si elles ne se produisent pas (i).

Une semaine plus tard, Arnim écrivit au roi lui-même une lettre où il lui annonce que, d'après plusieurs conversations avec le prinee-évôque de Breslau, Mgl' Fôrster, ce prélat s'attend, à l'occasion delà définition, à une offensive hostile du gouvernement contre l'Eglise et la regarde môme comme tout à fait justifiée (2). Le i5 juillet, l'ambassadeur annonçait au chancelier que l'infaillibilité serait proclamée le mardi suivant 119 juillet); Trauttmansdorff partait ce jour-là, et Banneville deux jours plus tard; étant lui-même malade

(1) C. P., 1608 b. sqq.

Ibid. 1609 a. sqq.

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