SUR L ETAT DE PURE NATURE
Le schéma, en ce qui concernait la connaissance de Dieu, restait intact (i).
La doctrine des traditionalistes, sur la nécessité de la révélation pour connaître Dieu, a pour conséquence une sorte d'obligation de la part de Dieu de donner la Révélation à l'homme une fois créé; celle-ci ne serait donc pas un libre présent de Dieu; et tout l'ordre surnaturel lui-même, l'élévation à une fin surnaturelle et les moyens nécessaires pour y arriver, seraient du domaine des bienfaits dont Dieu n'aurait pu ne pas doter l'homme. Et de fait l'un ou l'autre des Pères favorables au traditionalisme fit difficulté d'admettre certaines expressions du schéma qui présentaient la révélation comme un don libre de Dieu. //
Ainsi Mgr Gandolfi n'aime pas la formule du second paragraphe, parce qu'elle attaque indirectement, et comme en passant, la doctrine d'une école catholique sur la nécessité de l'élévation de l'homme à une fin surnaturelle (2). En effet, le schéma présuppose comme possible l'état dépure nature ; cela ressort aussi bien des expressions que des doctrines qu'on y trouve. Il dit en particulier : i° que Dieu, fin de toutes choses, peut être connu par les forces de la nature ; 2° qu'il a plu à sa sagesse et à sa bonté de se révéler lui-même, ainsi que ses conseils; 3° que, dans sa bonté infinie, il a destiné l'homme à une fin surnaturelle. Or, on peut conclure : de la première affirmation, que la connaissance surnaturelle de Dieu est la fin de l'homme, une fin naturelle; — de la seconde, que Dieu, en se révélant lui même et ses conseils, a agi en toute liberté, attendu qu'il l'a fait parce que cela a plu à sa sagesse et à sa bonté ; et par suite que l'élévation de l'homme à une fin surnaturelle n'était pas nécessaire, attendu que, cette nécessité une fois admise, celle de la révélation devrait
(1) C. r.,153dsqq.
(2) Acta, etc., p. 114 sq.
: 8 histoire du conçu. i: du Vatican
l'être c gaiement ; do la troisième oa déduit avec évidence que Dieu pouvait destiner l'homme à une fin naturelle, puisque c'est par bonté qu'il Ta élevé à une fin surnaturelle. Ainsi donc le schéma suppose la possibilité de l'état de pure nature, et, par le fait même, il condamne la doctrine d'une école catholique.
Mgr Gastaldi s'en prend au second paragraphe, pour un motif semblable (i). Il affirme l'absolue nécessité de la révélation pour la connaissance des vérités religieuses nécessaires dans l'état de pure nature. C'est la doctrine même de Saint Thomas. Celui-ci dit.cn effet, que, grâce à la révélation, tous les hommes peuvent connaître facilement et sans erreur les vérités naturelles de la religion et de la morale qui leur sont nécessaires. L'histoire elle-même le prouve : tous les peuples du monde à qui la révélation a manqué sont tombés dans les erreurs les plus étranges, même par rapport aux vérités religieuses les plus importantes. De plus, certaines vérités, que l'homme doit savoir, lui demeurent en fait inconnues sans la révélation : ainsi la détermination positive du culte extérieur par Dieu, la possibilité du pardon après le péché. Aussi l'orateur n'approuve t il pas les paroles du second paragraphe, qui nient que la révélation soit nécessaire absolute dans le domaine des vérités naturelles, comme elle l'est dans celui des vérités surnaturelles. — Il eût suffi de s'entendre avec l'orateur sur le sens de ce mot absolute, pour faire disparaître cette objection.
M-1' Gastaldi pense enfin, comme M-1' Gandolfi, que la question : « Dieu était-il libre d'élever l'homme à une fin surnaturelle? » est touchée par le schéma, alors qu'elle en devrait être exclue. Au lieu de : « Dieu nous a donné dans sa bonté », que l'on dise simplement : « Dieu nous a donné dans
(1) Acta, etc., p. 181 sqq.