‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 35 sur 140 · LES ORATEURS · texte numérisé non relu

LES ORATEURS

La discussion s'ouvrit après cet avertissement; elle devait se terminer dans la congrégation générale suivante, le 3i mars.

Les orateurs de la 37e congrégation générale furent : M-1 Ballerini, patriarche d'Alexandrie; M*-'1 Vancsa, archevêque de Siebenhùrgen, du rite roumain; Mgr Rivet, évêque de Dijon ; M>'r Gignoux, évêque de Beauvais; M5* Cantimorri, évêque de Parme; Mgr Caixal y Estrade, évêque d'Urgcl; M-' Ferré, évêque de Casai; M*' Martine/, évêque de la Havane; M;T Magnasco, évoque de Bolina i. p. i., et le R. P. Vincent Jandel, supérieur général des Dominicains; de plus, Msr M cl chers, archevêque de Cologne, qui demanda la parole pendant la séance (1). Les orateurs de la 38e congrégation générale furent successivement : Mgl Errington, archevêque de Trébizonde i. p. i.; puis M-r Martin, évêque de Padcrborn, qui parla comme membre de la Députation de la foi ; Msr Mon/on y Martins, archevêque de Grenade; M-1 Maupas, archevêque de Lara; Mer Dupanloup, évêque d'Orléans; Mgr Amat, évoque de Mouterey et Los Angeles; MM Dabcrt, évêque de Périgueux; Mgr Menrîn, évêque d'Ascalon i. p. i. ; M?r Hefele, évêque do Rottenbourg; 11er Gandolfi, évêque de Corneto et Civita-Yecchia, et MP Moreyra, évêque de Guamanga (2): ces deux derniers demandèrent la parole pendant la séance.

Le troisième chapitre concerne la foi; nous en avons déjà exposé plus haut le contenu détaillé (3).

Ce fut surtout le quatrième paragraphe qui donna lieu à d'ardentes discussions ; il exposait ainsi l'objet de la foi : Porro fide divinn et catholica ea omnia credenda sunt, quae

(1) Ibid.,736a.

(2) Ibid.,736 b.

(3) Voir ci-dessus p 17

in verbo Dei scripto vel tradito continentur, et ab Ecclesia, sive solemni judicio sive ordinario magisterio, credenda proponiintur » (i). // Ce paragraphe ne se trouvait pas dans le schéma (2), tel qu'il avait été soumis aux délibérations de la Députation; il y fut introduit sur la proposition de Mer Senestréy, évêque de Ratisbonne, pour s'opposer à la tendance, qui se faisait jour particulièrement dans l'université de Munich, de n'admettre comme objet de foi que ce qui serait défini comme tel (3).

Par magisteriuni ordinarium, plusieurs, même de ceux qui votèrent la définition de l'infaillibilité pontificale, entendaient le Pape parlant ex cathedra ; cela encouragea les adversaires de la définition à demander avec plus d'insistance le changement du paragraphe, « afin, disaient-ils, que le concile n'ait pas l'air de vouloir décider comme en passant une question de cette importance ».

Déjà un des premiers orateurs, Mgr Gignoux, évêque de Beauvais, demandait, « au nom de plusieurs », la suppression du paragraphe peu clair en lui-même et ambigu (4). Mgl Martinez, évêque de La Havane, voulait le conserver, mais le rendre plus clair; il comprenait par le magisterium ordinarium, le Pape. « Qu'est-ce que le magistère ordinaire de l'Eglise, dit-il, sinon le magistère du Pontife romain, chef de l'Eglise, représentant de N. S. J.-C , qui enseigne l'Eglise depuis dix-huit siècles, et l'enseignera jusquà la fin du monde avec infaillibilité. Qu'on dise donc plus clairement : Tout ce qui est proposé par le jugement solennel de l'Eglise ou le magistère ordinaire du Pontife romain... comme devant être admis et tenu de foi » (5). MgrErrington demande la sup-

(2) Ibid.,i629d. sqq.

(3) Brève diurnum Deputalionis pro rébus ad [idem pertinentibus, p. 18 ; cf. C. V. 1675 b.

(4/ Acia, etc., 11,223.

(5) Ibid , p. 233. — Voir la proposition d'amendement du prélat. Emend. 49. — C. V. 159 d.

LE MAGISTERIUM ORDINAIUUM ■109

pression de la proposition : elle est obscure, et les Pères du concile l'interprètent diversement. Il ne lui semble pas, comme à Mgr Martinez, qu'il faille entendre par magisterium ordinarium renseignement par décrets pontificaux, mais l'exposition par les pasteurs des vérités contenues dans le dépôt de la foi bien que non encore définies. La doctrine de M.et Martinez ne vient pas à cet endroit, mais se rapporte à un autre schéma; la traiter ici serait introduire, comme en passant et sans discussion, dans une simple décision conciliaire, la question capitale du concile (i). //

L'exposition de Mgl' Errington amena Mgr Martin, évêque de Paderborn, à déclarer, au nom de la Députation, qu'elle n'avait nullement eu en vue, par ces paroles, de toucher directement ou indirectement la question de l'infaillibilité du Tape ; on voulait seulement, après l'énoncé de l'objet formel de la foi, en déterminer par cette addition l'objet matériel ; cette proposition était dirigée contre les théologiens qui enseignent qu'on est obligé de tenir les seules doctrines clairement définies par les conciles; ses termes sont empruntés à un écrit apostolique adressé en i863 à l'archevêque de Munich. Comme exemple d'une vérité qui, tout en ayant toujours été objet de foi, fut définie seulement par le concile de Xicée, l'orateur cite la doctrine de la divinité du Christ (2).

Mgr Monzon y Martins, archevêque de Grenade, prit ensuite la parole. Il veut le maintien du passage : a L'Eglise, dit-il, est infaillible, non seulement quand elle parle par les conciles et par son chef, mais encore quand elle exerce son magistère universel et ordinaire par les pasteurs, et quand elle reçoit cet enseignement en la personne de tous les chrétiens. » Cependant il faudrait ajouter : « quae ab Eccle.sia

(1) ldfl,etc.,p.245sq.

(2) ILid. p. 248.

l'O HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN

lanquam île fuie dluina credenda proponiiniiir ». Car, tout ce que l'Eglise propose à croire ne doit pas néce-.~aircmenb être tenu de loi divine : par exemple la doctrine de l'Immaculée Conception de Marie avant la définition (i).

La formule « sive solemni judicio sine ordinario magisterio » est certainement bien interprétée par rarelievécpie de Grenade; l'idée suivante « tout ce que l'Eglise propose à croire ne doit pas nécessairement être admis comme de foi divine » est tout à fait exacte ; mais l'exemple ne semble pas bien choisi. Car, ce que Dieu a révélé peut et doit être admis de foi divine; or, c'est le cas pour l'Immaculée Concept tion, avant comme après la définition ; par cet acte l'Eglise n'a fait que publier cette doctrine et obliger de sa propre autorité et sous peine d'anathème à l'admettre comme de foi ; quant à ceux qui auparavant la tenaient pour certainement révélée, ils devaient déjà, avant la définition, la croire de foi divine.

M-'' Dupanloup, évêque d'Orléans, fut d'accord avec l'archevêque de Grenade pour reconnaître que seul ce qui était proposé par l'Eglise « ut de fuie tencndnm » était objet nécessaire de foi; il établit une distinction entre les vérités contenues immédiatement dans la révélation divine, et celles qui se déduisent des précédentes par voie de conséquence (2). Cette distinction est opportune. Ces deux sortes de vérités peuvent, en effet, être proposées par l'Eglise à la foi des fidèles; mais seules les premières doivent être tenues de foi divine, car seules elles ont été révélées explicitement par Dieu.

M-1 Meurin, évêque d'Ascalon i. p. i., voudrait, à la suite

(1) IbicL, p. 249 sqq. — Voir la proposition d'amendement du prélat. Emend. 52. - C. V. 160a.

(2) Acla, etc., p. 254 sq. — Voir la proposition d'amendement de M5* Dupanloup. Emend. 51. — C. Y. 160 a.

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