LE VOTE
du monde entier venant vendre témoignage de la foi de tout l'univers catholique. / Lorsque, aussitôt après les cardinaux, les titulaires des antiques patriarcats orientaux d'Antioche, de Jérusalem. .. se levèrent à leur tour et prononcèrent à haute voix leur placet, je me sentis ému jusqu'au plus profond de l'âme par le spectacle de cette unité de foi; et ce sentiment ne cessa de s'accroître à mesure que se compléta cette adhésion de l'Eglise tout entière et que se succédèrent les placet prononcés comme d'un seul cœur et d'une seule voix par des représentants des régions les plus diverses de l'univers. La voilà bien, me disais-je à tout instant, l'Eglise, une, sainte, catholique, fondée par Dieu. Quelle admirable unité! Et si les innombrables fidèles qui étaient là avaient pu répondre, avec quel bonheur eux aussi auraient lancé leur placet ! Comme elle tombait de la bouche des évèques présents, cette parole se serait ainsi fait écho de diocèse en diocèse (i). » Même les Pères de la minorité qui avaient hésité jusqu'à la veille du vote assistèrent à la session et donnèrent leur placet : un seul était absent, Mgr Strossmayer. Les scrutateurs et les notaires qui avaient inscrit les votes sur des bulletins les portèrent au secrétaire du concile. On en fit le dépouillement, et l'on constata que les six cent soixante-sept Pères avaient, à l'unanimité, donné leur suffrage à la Constitution. Les employés du concile, chargés de recueillir les voix, accompagnèrent alors le secrétaire jusqu'au pied du tréme du Saint-Père, et tandis qu'ils se tenaient agenouillés sur le dernier degré, Mgr Fessier monta au trône et notifia le résultat au Souverain Pontife. « Les décrets et les canons, lui dit-il, ont reçu l'approbation de tous les Pères sans exception. » Alors le Pape se leva, et, en sa qualité de juge suprême, couronna l'acte du Concile par cette formule solennelle : « Les décisions et les canons, con-
(1) Katholik, 1870,1, p,529.
tenus dans la Constitution dont il a été donné lecture, ont reçu l'approbation de tous les Pères sans exception ; et Xous, de Notre part, avec l'approbation du saint Concile, Xous définissons les uns et les autres tels qu'ils ont été lus, et Xous les confirmons en vertu de Notre autorité apostolique. » Le Te Deum et la bénédiction papale terminèrent la session, puis le Saint-Père adressa à l'auguste assemblée les paroles suivantes : « Vous voj^ez, très chers Frères, comme il est bon et agréable d'habiter dans l'union et la paix la maison du Seigneur. Qu'il en soit toujours ainsi. Et puisque en ce jour Notre Seigneur Jésus-Christ donna la paix à ses apôtres, moi aussi, son indigne représentant, je vous donne la paix en son nom. / Cette paix, vous le savez, ferme les oreilles aux discours imprudents; ah! cette paix, puisse-t-elle vous accompagner tous les jours de votre vie; qu'elle soit votre force à l'heure de la mort et votre joie éternelle dans le ciel. »
La Constitution qui venait de recevoir ainsi sa valeur dogmatique définitive atteignait bien réellement cette plaie vive de notre temps, l'appauvrissement de la foi avec les maux qui en découlent.
L'Introduction a pour objet de montrer comment s'est produite parmi les hommes cette douloureuse déperdition de la foi. Le concile de Trente a été pour la chrétienté la source d'abondantes bénédictions; cependant ceux pour lesquels il avait surtout été convoqué ont peu ressenti son influence; ils ont pris leur jugement privé pour unique règle dans les questions religieuses. Mais ce jugement privé les a entraînés, ils se sont divisés en des centaines de sectes rivales, et beaucoup ont senti vaciller jusqu'à leur foi chrétienne. La Sainte- Ecriture, dont ils avaient fait d'abord l'unique source de la foi, cessa d'être pour eux un livre divin, et ne fut plus regardée que comme un recueil de productions mythiques.
Ainsi naquit le rationalisme ou naturalisme, et, abandonnant le Christ, les esprits tombèrent dans le panthéisme, le matérialisme et l'athéisme.
10 tant donnée l'extension prise par ces systèmes impies, les catholiques ne pouvaient pas échapper à leur influence. Nombre de' fils de l'Eglise catholique s'écartèrent des sentiers de la vraie piété, et laissèrent s'amoindrir en eux le sens catholique. Dans ces circonstances, l'Eglise doit à sa mission de mère et de maîtresse des peuples de relever ceux qui sont tombés, de raffermir ceux qui chancellent, d'ouvrir ses bras a ceux qui reviennent, de fortifier les bons et de les mener plus haut. Voilà pourquoi, aux erreurs actuelles sur la foi, le Pape et les évoques de l'univers entier réunis dans le Saint-Esprit, et constituant le suprême corps enseignant de l'Eglise, vont opposer les dogmes qu'elle a reçus de Dieu et fidèlement conservés. /
En tête de la constitution, dans un premier et court chapitre auquel sont rattachés cinq canons, le Concile place le dogme de l'existence d'un Dieu personnel, créateur et gouvernant toutes choses : c'est comme une confession brève et précise de ces vérités fondamentales et comme une protestation contre les erreurs aujourd'hui si répandues de l'athéisme, du panthéisme et du matérialisme qui ont fait retomber au niveau des païens une multitude de nos contemporains. L'affirmation de ces vérités naturelles amène le Concile à exposer la doctrine de la révélation surnaturelle et de la foi. Quelques explications de détail dans ce premier chapitre visent certaines erreurs qui avaient trouvé des partisans au sein même de l'Eglise catholique : sur la fin de la création, par exemple, qui n'est pas pour Dieu d'acquérir ou d'accroître sa béatitude, mais de manifester sa perfection; sur la pleine liberté de Dieu dans la création ; sur sa science de toutes les choses futures, même des actes libres des créatures.
Le concile passe ensuite dans le second chapitre à l'exposé du dogme de la révélation surnaturelle; mais il affirme d'abord que la raison par ses seules lumières naturelles peut connaître avec certitude Dieu principe et fin de toutes choses : doctrine souverainement importante en elle-même et qu'il était aujourd'hui extrêmement nécessaire de proclamer. Je dis souverainement importante en elle-même, car s'il nous est impossible de connaître Dieu avec certitude par la raison, la révélation est pour nous sans valeur : comment l'admettre, en effet, si l'on ne s'est assuré par ailleurs de l'existence et de l'autorité du révélateur? Nier la possibilité d'acquérir naturellement une connaissance certaine de Dieu conduit à nier la révélation elle-même. Et cette doctrine avait aujourd'hui besoin plus que toute autre d'être mise en lumière par le concile : la philosophie du siècle avait fait naître toutes sortes de doutes sur les anciennes preuves de l'existence de Dieu, et même parmi les catholiques il trouvait des savants qui hésitaient à en admettre la valeur démonstrative. Xous devons être particulièrement reconnaissants à l'Eglise d'avoir, par un jugement solennel et infaillible, arrêté, pour les fidèles au moins, une erreur aussi dangereuse.
Mais, poursuit la constitution, bien que les seules lumières de la raison suffisent à nous faire connaître Di:u comme principe et fin de toutes choses, il a plu cependant à la bonté et à la sagesse de ce Dieu de se manifester au genre humain, lui et ses desseins éternels, par une révélation surnaturelle.
En attribuant ce dessein de Dieu à sa bonté et à sa sagesse le concile insinue déjà qu'il ne tient pas la révélation pour absolument nécessaire; mais il se hâte de préciser et explique dans quelle mesure on doit en admettre la nécessité. Nécessité absolue, dit-il, dès que Dieu décidait, comme il l'a fait en réalité, d'élever l'homme à un ordre surnaturel
et de lui assigner une fin surnaturelle : par les lumières naturelles de sa raison, l'homme n'aurait même pas pu connaître cette fin surnaturelle. Au contraire, pour les vérités religieuses appartenant de leur nature à la sphère des vérités rationnelles, l'homme, en usant de sa raison, pouvait arriver à les connaître; à la rigueur il n'avait pas besoin pour cela de révélation divine. Dans l'état de nature déchue cependant l'acquisition de ces vérités était si difficile que, sans la révélation, il aurait été généralement impossible aux hommes d'en acquérir une possession certaine et exacte. Aussi, même pour connaître ces vérités, le genre humain a besoin de la révélation, non pas un besoin absolu, mais un besoin moral : ses facultés, en effet, dans leur effort pour atteindre les vérités de cette nature, se heurtent à de tels obstacles que, comme il était à prévoir, un petit nombre d'hommes seulement arrivent à les posséder avec certitude et sans mélange d'erreur.
La révélation que nous avons reçue de Dieu se trouve contenue dans la Sainte-Ecriture et dans la tradition orale, venue des apôtres jusqu'à nous. A la Sainte-Ecriture appartiennent les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, tout entiers et avec toutes leurs parties, tels qu'ils se trouvent dans l'ancienne traduction latine de la Vulgate. Mais la Vulgate existe actuellement en des éditions nombreuses et assez. différentes les unes des autres. En parlant de la Vulgate, le Concile n'entend en désigner aucune en particulier. Il peut doue arriver, en dépit des paroles du Concile, que dans quelqu'une de ces éditions se trouvent des phrases n'appartenant pas à la Sainte-Ecriture, et il est laissé aux libres recherches des savants d'établir quelle édition s'accorde avec la Vulgate primitive //.
Des erreurs récentes obligent le concile du Vatican à préciser, mieux qu'on n'avait fait à Trente, ce qui constitue le caractère sacré de ces livres. Il procède d'abord négativement,
152 HISTOIRE DU CONCILE Dl VATICAN
puis positivement. L'Eglise tient ces livres pour sacrés et canoniques, non point parce qu'elle les a sanctionnés de son autorité, ni parce qu'ils contiennent sans mélange d'erreur les vérités révélées, mais parce que, écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ils ont Dieu pour auteur, et ont été confiés comme tels à l'Eglise. Ce qui est donc directement défini, c'est que la Sainte-Ecriture est inspirée par le Saint-Esprit ; quant à la nature de cette inspiration, elle n'est définie qu'autant qu'elle est dite consister dans une action sur l'auteur humain en vertu de laquelle Dieu doit être considéré lui aussi comme l'auteur de ces livres. — Tel est le point d'où doivent partir les recherches des théologiens sur la nature exacte de l'inspiration. Ils doivent se demander quelle action Dieu doit exercer sur l'auteur humain d'un ouvrage pour en être réellement auteur. Dans ses recherches le théc-j logien ne devra donc pas un instant perdre de vue cette notion d'auteur. S'il restreint l'inspiration à une action de Dieu sur l'homme ne permettant pas de considérer Dieu comme auteur réel de l'ouvrage, il s'engage sur une fausse route.
Dans le dernier paragraphe du second chapitre le concile renouvelle et explique le décret de Trente sur l'interprétation de la Sainte-Ecriture : l'exégète est dépendant de l'Eglise. Dans les questions de foi et de mœurs qui concourent à édifier la doctrine chrétienne, il doit expliquer les textes de l'Ecriture dans le sens où l'Eglise les entend ; car c'est à l'Eglise de déterminer le véritable sens de l'Ecriture; et son organe pour l'explication de l'Ecriture-Sainte est le magistère ecclésiastique. L'accord unanime des Pères sur le sens d'un passage indique aussi la doctrine de l'Eglise. Il n'est donc pas permis à l'exégète, dans les [questions de foi et de mœurs, d'expliquer l'Ecriture dans un sens contraire à l'unanimité des Pères //.
Cette obligation faite à l'exégète de prendre l'interpréta-
EXPOSE DE LA CONSTITUTION doo
lion de l'Eglise pour règle de la sienne, le décret la restreint aux passages qui concernent des questions de foi et de mœurs. Sans doute, il ne lui reconnaît pas explicitement la liberté pour les autres; mais, ainsi que l'avait fait Msr Casser dans son rapport (i), les théologiens conclurent de cette restriction formelle à l'absence d'une obligation pareille pour les autres cas. La distinction entre les matières qui constituent des questions de foi et de mœurs et celles qui constituent les autres, ne peut guère être faite de façon positive. L'histoire des deux conciles qui se sont servis de cette expression ne fournit pas pour cela les éléments nécessaires. D'après la théologie (2), il semble bien cependant que par les premières il faut entendre les matières religieuses de leur nature, et par les autres, les matières profanes.
A la révélation correspond en nous la foi. Ce que Dieu a révélé, nous l'admettons par la foi. C'est d'elle, par conséquent, que traite le troisième chapitre de la constitution. Il commence par bien marquer l'obligation où nous sommes de soumettre pleinement à Dieu par la foi notre intelligence et notre volonté; puis, aux innombrables notions erronées dont plusieurs s'étaient glissées môme dans les ouvrages catholiques, il oppose la véritable définition de la foi : <c C'est une vertu surnaturelle par laquelle, sous l'inspiration et avec le secours de la grâce divine, nous tenons pour vrai ce que Dieu a révélé, — non parce que nous en percevons la vérité en elle-même et à la lumière de notre raison naturelle, — mais par considération pour Dieu qui l'a révélé et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. »
Cependant, notre foi doit être raisonnable. Sans doute, nous ne saisissons pas en elle-même la vérité que nous croyons; mais nous reconnaissons que c'est Dieu qui nous la
(1) Voir ci-dessus, p. 13o,
(ï) Voir Katholik, 1898,111, p. 281 sq.,385 sqq.
io4 HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
communique, et pour nous y amener Dieu a marqué la révélai ion de son sceau divin. Ce sceau, ce signe distinctif des communications divines, consiste en des œuvres que Dieu seul peut produire, et dont il accompagne la révélation, notamment des miracles et des prophéties; tel est le gage que Moïse, que les prophètes, que le Christ surtout, que les apôtres ont donné de leur mission divine //.
C'est là l'expression d'une vérité qui épouvante l'esprit de notre temps. Il a une répugnance toute particulière à admettre des miracles et une intervention surnaturelle de Dieu dans l'ordre de la nature. Les miracles de l'Evangile ont été la pierre -d'achoppement que les ennemis delà révélation se sont efforcés d'écarter à tout prix. Déjà les rationalistes de la fin du XVIIIe siècle et du commencement du XIXe avaient entrepris la tâche impossible de trouver une explication naturelle aux événements et faits merveilleux racontés dans l'Evangile; l'absurdité de ces explications étant bientôt devenue manifeste, comme on était résolu néanmoins à rejeter tout surnaturel, on alla jusqu'à nier ces faits miraculeux de la Bible et l'on chercha à en faire passer les récits pour des mythes d'origine postérieure aux apôtres. Cette façon de se débarrasser des miracles a été reconnue auss insoutenable; mais la répugnance à les admettre est Lesté et l'opinion s'est de plus en plus répandue et enracinée que le miracle est impossible. C'est elle que condamne le qua trième canon de notre chapitre : « Si quelqu'un nie qu'i puisse y avoir des miracles, qu'il soit anathème. »
Mais, poursuit le décret sur la foi, à ces signes extérieurs par lesquels Dieu nous rend la foi possible, le Saint-Esprit pour nous faire adhérer à la révélation, joint son illumina tion intérieure et le secours de sa grâce. Sans la gràc l'homme ne peut adhérer à la révélation, comme il le fan pour tendre à notre fin surnaturelle. La grâce ne facilite pa: seulement l'acte de foi; elle l'élève, en outre, à l'ordre surna-
is
turel, auquel cet acte resterait sans clic absolument étranger. De plus, pour être méritoire cet acte a encore besoin d'être libre, et ce fut l'erreur d'Hermès d'enseigner, au contraire, que l'acte de foi résulte nécessairement des motifs de crédibilité ; le cinquième des canons condamne sa doctrine.
Pour ce qui est l'objet de la foi, le catholique, dit le concile, doit croire tout « ce qui est contenu dans l'Ecriture et la tradition et proposé par l'Eglise, soit dans une définition solennelle, soit par le magistère ordinaire et universel, comme révélé de Dieu. » // Xous avons vu à propos des débats sur le troisième chapitre ce qu'il faut entendre par là.
La constitution affirme ensuite la nécessité de la foi pour arriver au salut. Personne n'a jamais été justifié sans la foi; personne, s'il n'y persévère jusqu'à la fin, ne peut obtenir la vie éternelle. Mais pour permettre à l'homme d'arriver à la foi et d'y persévérer, Dieu, par son Eils, a fondé une Eglise et Ta pourvue de signes tellement manifestes attestant son origine divine, qu'on peut la reconnaître entre toutes comme la dépositaire et la maîtresse des vérités révélées. Bien plus, par son admirable propagation, par l'éclat de sa sainteté et par son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, par la conservation de son unité cfc par son inébranlable stabilité, l'Eglise est en elle-même un témoignage Irrécusable de sa mission divine.
De là vient que, se dressant au milieu des nations comme un signe de vérité, d'une part elle invite à revenir à elle ceux qui ne croient pas encore et, d'autre part, elle donne à ses enfants l'assurance que leur foi repose sur le plus inébranlable des fondements.
Le quatrième et dernier chapitre traite des rapports de la foi avec la raison. //
Il existe deux ordres de connaissance distincts dans leur
principe comme dans leur objet; dans leur principe : la rai-
1 son, ou la foi divine; dans leur objet, car en dehors des
vérités accessibles à la raison, il y a, proposés à notre croyance, des mystères dont la connaissance nous est impossible sans la révélation divine.
Il est vrai que la raison éclairée par la foi peut acquérir avec le secours de Dieu une certaine et très fructueuse intelligence des mystères, mais elle ne sera jamais en état de les percevoir comme les vérités qui constituent son objet propre; car les mystères divins surpassent tellement parleur nature l'intelligence créée, que, même transmis par la révélation et reçus par la foi, ils demeurent encore couverts du voile de la foi elle-même.
Ainsi donc la foi est au-dessus de la raison, mais entre les deux il n'y a pas de désaccord, car le même Dieu qui révèle les m3rstères et infuse la foi a aussi donné la raison à l'esprit humain, et entre vérité et vérité il ne saurait y avoir de contradiction. Si la foi et la science paraissent se contredire, c'est donc, ou bien que les dogmes de la foi ne sont pas compris suivant l'esprit de l'Eglise, ou bien que des opinions sans fondement sont prises pour les jugements de la raison.
L'Eglise, qui est chargée de garder les vérités de la révélation, a reçu aussi de Dieu le droit et le devoir de proscrire la fausse science afin que personne ne se laisse induire en erreur par une trompeuse sagesse.
Mais ce n'est pas assez de dire que la foi et la science ne se combattent pas; elles se soutiennent et se prêtent un mutuel concours. La raison montre, prouve les fondements de la foi et, éclairée de sa lumière, édifie la science des choses divines. La foi, de son côté, délivre et garantit la raison des erreurs, elle l'enrichit de maintes connaissances. L'Eglise est bien éloignée de s'opposer à la culture des sciences et des arts; elle la favorise et la propage, au contraire. Elle ne défend pas non plus que les sciences suivent dans leurs domaines respectifs leurs principes et leurs méthodes propres; mais elle veille avec soin, pour les empêcher de se
EXPOSE DE LA CONSTITUTION il)l
mettre en opposition avec la vérité révélée et d'admettre ainsi des erreurs, ou bien, en dépassant leurs limites particulières, d'envahi]- et de troubler le domaine de la foi.
Car la doctrine de la foi, révélée par Dieu, n'a pas été pré- M'ntée à l'esprit humain comme un système d'invention philosophique qu'il dût compléter, mais elle a été confiée à l'Eglise pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes déterminé par l'Eglise et ne jamais s'en écarter sous prétexte de les approfondir davantage.
La constitution se termine en exprimant le vœu d'un progrès de toutes les sciences et en affirmant une fois encore l'immutabilité du dogme.
Tel est le contenu du premier décret de foi rendu par le concile du Vatican. En vertu de son autorité reçue de Dieu, l'assemblée plénière de l'Eglise indique, avec une infaillible certitude, à quiconque veut voir et croire, le droit chemin à travers les erreurs de l'athéisme et du rationalisme et celles d'une fausse spéculation.
Xous allons donner maintenant le texte même de la constitution.
Constitntio dogmatica DE FÏDE CATHOLICA
Edita in Scssione tertia
SACROSANCTI OECUMKXICI
CONCIUI VATICAN I