ROME PENDANT LE CONCIL
On ne pourrait pourtant pas affirmer que Rome ait été entièrement à l'abri des idées libérales et hostiles au concile. Là même, les idées de la jeune Italie avaient plus d'un partisan, et ceux qui voulaient dépouiller le Pape de sa couronne temporelle n'avaient guère plus de respect pour ses prérogatives spirituelles. Un des italianissimi de Rome nous a fait connaître, trois ans après, dans une brochure (i), les idées
(1) Otto mesi a lioma durante il Conrilio Vaticano, impression! di un contemporaneo, par Pomponio Lêto (Flprence, 1873). — Cet écrit, qui fournit peu de matériaux à l'histoire du concile du Vatican, mais contient, en revanche, les réflexions personnelles de l'auteur, empreintes du plus pur libéralisme, est une des sources capitales de Friedrich, dans sa Geschichte des Vatikanischen Kon&ïls , qui cherche à en augmenter l'autorité en l'attribuant au cardinal Vitelleschi (loc. cit. III, 87, note 2). Le bruit que le cardinal Vitelleschi aurait composé cet écrit naquit en Angleterre, lorsqu'il y parut en traduction. Les frères du cardinal, mort à cette époque, protestèrent à plusieurs reprises contre une allirmation aussi blessante pour l'honneur de leur frèie. Mais il était trop intéressant de pouvoir faire d'un cardinal romain l'adversaire du concile du Vatican pour qu'on renonçât à. cette fausseté. Indigné de voir celte calomnie sans cesse répétée, le marquis Vitelleschi écrivit la lettre suivante : «Rome, le 8. janvier 1877. Je suis attristé au delà de toute expression de voir qu'il y a encore en Angleterre des gens qui persistent à croire que l'auteur du livre intitulé Pomponio Leto ail pu être mon regretté frère, le cardinal Vitelleschi. A la fin du mois de juin dernier, une feuille anglaise a publié une protestation signée de nous, ses frères, et réfutant cette haineuse calomnie. Je désire cependant, si on le veut bien, que quelques journaux publient cette nouvelle protestation, où, en mon nom, et au nom de feu mon frère, je repousse cetle affirmation comme totalement fausse. Je déclare, en connaissance de cause, que le cardinal Salvator Vitelleschi n'est nullement l'auteur de ce livre, que, par suite, quiconque affirme le contraire ment effrontément, c; qu'il ne peut le faire qu'en vue de déshonorer l'Eglise, dont mon frère a été le (ils irréprochable. Angelo Kobili Vitelleschi. » (CL Manning, Die toahre geschichte des Valikanischen Kon&its. Trad. Bender, Berlin, 1877, p. 130 sq, note.) — Bien que connaissant ce démenti, Friedrich n'en continue pas moins à donner le cardinal comme auteur de l'écrit, et dans son index il dit simplement : « Vitelleschi, archevêque d'Osimo = Pomponio Leto, auteur de Otto mesi. » Quand un frère du cardinal, « en toute connaissance de cause », déclare nettement que le cardinal n'est pas l'auteur de ce livre, et que qui dit le contraire « ment effrontément », comment Friedrich ose-t-il maintenir son affirmation, et lorsqu'il cite Pomponio Lelo, alléguer continuellement comme autorité le cardinal Vitelleschi i II nous dit pourquoi le démenti du frère n'a pas de valeur à ses yeux : « Dans cetle affaire, il faudrait prouver tout d'abord que le premier exemplaire de Olto mesi arrivé à Munich avait été envoyé par quelqu'un qui s'arrogeait sans aucun droit le nom de Vitelleschi. » Voilà bien une raison péremptoire de tenir le cardinal, malgré la protestation de son frère, pour l'auteur de l'écrit : quelqu'un qui se nomme Vitelleschi en a envoyé le premier exemplaire à Munich! Comme si personne autre ne pouvait s'appeler Vitelleschi! De fait, l'auteur
que lui et d'autres entretenaient pendant le concile. Elles sont absolument hostiles au concile et à l'Eglise catholique.
Mais chez les Romains de tels sentiments ne se montrèrent pas précisément au grand jour et il n'y eut point à Rome, pendant le concile, d'attaques semblables à celles que nous constatons en France et en Allemagne.
Il est vrai que les étrangers qui, en cette année de concile, avaient afflué vers Rome plus nombreux que de coutume, étaient moins calmes que les vrais Romains. Ils discouraient avec ardeur sur le concile, et spécialement sur la définition de l'infaillibilité. Des dames prenaient une part quasi prépondérante à ces discussions. Dans les réunions mondaines, elles défendaient avec une grau de vivacité leur manière de voir, prêtaient une oreille attentive aux nouvelles relatives au concile, les colportaient activement et attiraient volontiers dans leur société ceux à qui, fussent-ils évêques, elles espéraient pouvoir arracher quelque détail inédit. Le spirituel bon sens des Romains les avait appelées les Mères de l'Eglise, mais elles étaient influentes, dit Manning, dans le clan de l'opposition ; il y en avait dans les deux partis en guerre sur la question de l'infaillibilité ; et Louis Veuillot les ridiculisa sous le nom de Commères du Concile (i).
Les représentants des journaux étrangers furent particulièrement turbulents et désagréables. Tous les journaux quelque peu importants de l'extérieur avaient alors à Rome leurs correspondants afin de se procurer sur la haute assemblée des informations rapides et abondantes : à ces envoyés
s'appelle bien Vitelleschi, et c'est un frère du cardinal, qui trahit les traditions catholiques de sa lamille. Dans les bibliothèques, à la Vittorio-Emmanuele, par exemple, l'écrit estnoté au catalogue alphabétique non pas sous le nom dePoMponio Leto, mais sous celui de Francesco Vitelleschi, et si dans les librairies on le demande sous le premier de ces deux titres, le commis le tire du rayon en disant : « Ah! le Francesco Vitelleschi ! » (V Purcell, Life of Cardinal Manning , II, 428.