‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 85 sur 140 · MONTALEMBERT · texte numérisé non relu

MONTALEMBERT

religieux et leur piété ; lui-même avait mis son talent et les avantages qu'il devait à sa haute naissance, au service do l'Eglise dont il avait bien mérité.// Comme écrivain, il la glorifiait, au Parlement il combattait avec succès pour ses droits et sa liberté, et, comme orateur, il animait les catholiques à vivre en vrais fils de l'Eglise et à pratiquer leur religion avec zèle. En particulier, il avait toujours témoigné d'un grand attachement au pape et d'un grand enthousiasme pour le centre de l'unité; aussi avait-il combattu de toute son énergie le gallicanisme ennemi de cette unité. Il n'était pas jusqu'à cette doctrine de l'infaillibilité, contre laquelle il se prononçait maintenant, qu'il n'eût autrefois expressément professée. En i83i,luiet ses amis, les rédacteurs de 1' Aven ut, déposaient aux pieds de Grégoire XVI une déclaration où ils disaient que le devoir des écrivains catholiques, aujourd'hui plus que jamais, était de veiller à ne pas s'écarter, si peu que ce fût, de la vraie doctrine, et que le plus sûr moyen d'y arriver, d'après la tradition et l'histoire, était « de tenir constamment les yeux fixés sur le Saint- Siège, gardien infaillible de la vérité. » Puisque le Christ, continuent-ils, a promis son assistance à Pierre et à ses successeurs, «nous faisons profession de la soumission la plus entière à l'autorité du vicaire de Jésus-Christ. Nous n'avons, nous ne voulons avoir d'autre foi que sa foi, d'autre doctrine que sa doctrine. Nous approuvons tout ce qu'il approuve, nous rejetons tout ce qu'il rejette, sans l'ombre d'une restriction. » Quant au gallicanisme et spécialement aux articles de 1682, ils les rejettent sans distinction.

Et parmi les thèses qu'ils condamnent, ils appuient tout spécialement sur le quatrième de ces articles, qui dit : « En matière de foi, le jugement du pape n'est indéformable que lorsqu'il a obtenu l'assentiment de l'Eglise (1). » Même dans

(1) Scheeben. Das ôkumenische Konzil , II.3 sqq. Chéry, Revue du Concile œcuménique (1870). p. 294 sq.

ses écrits postérieurs, Montalembert montre le plus vif enthousiasme pour le Saint-Siège et la plus entière aversion pour le gallicanisme (i).

A peine le concile du Vatican fut-il annoncé, que se répandit le bruit qu'il allait définir l'infaillibilité du pape. Dès lors, Montalembert se montra l'adversaire de cette doctrine (2). Lorsque, après l'ouverture du concile, Gratry entreprit de lutter contre elle, Montalembert lui témoigna son approbation. ( On essaya de lui montrer la contradiction entre son attitude actuelle et celle d'autrefois : il en prit occasion pour réunir toutes ses forces dans sa dernière maladie et écrire la célèbre lettre où il nie précisément avoir jamais professé la doctrine de l'infaillibilité pontificale et s'oublie jusqu'à parler de l'idole que les ultramontains se sont érigée au Vatican (3).

La lettre fit sur le pape la plus douloureuse impression. Il se la fit lire trois fois, raconte Emile Ollivier (4), et l'écouta les yeux fermés; puis il la lut lui-même encore une fois.

Le 12 mars, Emile Ollivier, président du conseil des ministres, alla voir Montalembert qui lui avait demandé cette visite. 11 voulait traiter avec le ministre de sa candidature à l'Académie française On en vint à parler de divers autres sujets et, en particulier, du concile : alors Montalembert parla avec feu de « l'entreprise idolàtrique » qu'on poursuivait à Rome. Il loua la politique suivie à l'égard du concile par Daru qui, en qualité de ministre des affaires étrangères, venait, par un Mémorandum du 20 février, de prendre une position hostile vis-à-vis de l'assemblée, et il

(1) Scheeben. loc. cit., p. 319 sqq.

(2) VoirP' volume, p. 293.

13) C. V. 1385 a sqq. — [Montalembert dit « que les théologiens laïques se sont érigée...» N. d. T.; (4) L'Eglise et l'Etat, etc., Il, 171; voir aussi l'Empire libéral, t. XIII, p. 142 sq.

Page 1