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LA CONVOCATION DU CONCILE

communiquée de Rome à l'auteur, qui y ajoutait largement de sou crû. Son but avoué était de ruiner l'autorité du Concile en Allemagne, et, pour cela, de livrer la noble assemblée à la raillerie, au sarcasme, de préparer enfin un soulèvement général de l'opinion contre ses décrets. Ce fut spécialement contrôla définition de l'infaillibilité qu'il dirigea ses attaques.

Ce n'est point le concile, ainsi s'expriment les Lettres, qui dicte les décrets, c'est le pape seul. La preuve en est la manière même dont les décrets conciliaires doivent être publiés, non pas au nom du concile, comme jadis à Trente, mais au nom du Pape (i). A lui seul, il est tout-puissant. La curie dispose toujours, sur chacune des questions, d'une majorité de prélats toute à sa discrétion, et dont la plupart sont à ses gages (2) ; prélats sans conscience, prêts à toutes les définitions ; ce que confirmait le propos qu'aurait tenu un cardinal romain : « Si le pape ordonnait à ces hommes de croire et d'enseigner le mystère de la Trinité non en trois mais en quatre personnes, ils obéiraient sur-le-champ (3). »

Ce pape omnipotent, «Pie, totus teres atque rotundus, est ferme, inébranlable, à la fois poli et dur comme du marbre ; d'une intelligence très médiocre, dépourvu d'idées, ignorant, il ne comprend rien à l'état d'esprit et aux besoins présents de l'humanité ; il ne soupçonne même pas l'existence des diverses nationalités ; mais, avec la foi d'une nonne et la plus profonde vénération pour sa propre personne où repose l'Esprit-Saint, il respire l'absolutisme par tout son être et une seule pensée le remplit : moi, et en dehors de moi, personne (4). » Que pourrions nous attendre d'un tel homme, si borné d'une part, de l'autre si plein de lui-même, et avec cela si puissant ?

(i) Voir II' volume p. )i sqq,

(2) Quirinus, p. 55.

Le pape vient-il de publier la bulle des censures, Dollinger écrit : « A la lecture de la bulle on a l'impression d'être au beau milieu d'un terrible orage, tant nombreux et violents éclatent en tonnerre de tous côtés les anathèmes du Vatican.// S'il faut les prendre au sérieux, il n'y aura bientôt guère plus de maisons dans les villes d'Europe sur qui ne soit tombée quelqu'une de ces foudres. Les évoques ont été atteints; les surprises désagréables vont se succédant; et tandis qu'ils se demandent encore quels efforts leur assureront dans le concile un minimum de liberté, voici que subitement une grêle d'excommunications s'abat sur eux. Parmi celles-ci quelques-unes sont au plus bonnes, et non sans calcul, à tout embrouiller ; et pourtant les évoques et leur clergé doivent les recevoir toutes et les mettre toutes à exécution. Convoqués à Rome, ils arrivent à peine qu'on leur fait parvenir la bnlle d'excommunication fabriquée à leur insu, sans leur participation, alors que, par cette bulle, des milliers d âmes confiées à leurs soins vont être chassées de l'Eglise; et tout le poids de cette mesure avec ses conséquences incalculables, ses complications croissantes, va peser sur leurs épaules. En vérité, il faut qu'ils vident jusqu'à la lie le calice des humiliations (i). »

L'écrivain ignore ou veut ignorer que cette bulle ne fait que reproduire de vieilles censures des papes précédents, en diminuant notablement leur nombre et en les classant dans un meilleur ordre (2).

(1) Ibid-, p 87 sqq.

(2) Un article des Histor.-polit. Bliitier (1870, 11,26) fait suivre l'extrait ci-dessus de ces quelques lignes : « Ici, nous avons presque autant de mensonges que de mots: on spécule sur la crédulité des lecteurs qui ne connaissent pas ou ne comprennent pas la bulle. Non seulement ont été supprimées beaucoup des censures de la bulle Comae, mais aucune absolument n'a été ajoutée qui soit nouvelle et n'ait déjà été portée sous Benoît XIV; en comparant ces censures avec les listes antérieures des excommunications, suspenses, interdits restés jusqu'à présent en vigueur, listes qu'on trouve dans les traités de morale et de droit canonique, on constatera bien vite sur ce point encore une diminution.))

Mais ce qu'il trouve particulièrement dangereux chez Pie IX, c'est le penchant à l'aire de nouveaux articles de foi qui le domine irrésistiblement. Sans doute, les papes précédents ont eu, eux aussi, leurs manies; mais à aucun il ne prit jamais fantaisie de confectionner des dogmes ; c'est là un fait absolument inouï dans l'histoire de la papauté. Et voilà pourquoi Pie IX est, en son genre, un phénomène unique, d'autant plus singulier que les choses théologiques lui sont totalement étrangères, et que, à en croire le bruit public, il ne lit jamais de livres de théologie (i) //.

Avant tout, l'éditeur des Lettres prémunit ses lecteurs contre la doctrine de l'infaillibilité, son grand effort va à soulever l'opposition contre une définition éventuelle de ce privilège. Pour cela, il relève aux yeux du public l'autorité des évoques de la minorité et eherehe à détruire celle de la majorité.

D'après lui, le parti qui repousse le dogme compte deux cents évèques, « et, remarque -t-il, si au lieu de compter les voix, on les appréciait d'après la valeur intellectuelle des votants, ces deux cents seraient largement la majorité (2). » La preuve en est d'abord ce fait que la plupart des évêques de la minorité administrent des diocèses bien plus vastes que ceux de la majorité, et par suite représentent un bien plus grand nombre de fidèles ( 3 ) . Or , répètent sans cesse les Lettres, les évêques n'ont pas à défendre devant le concile leurs propres opinions, mais à témoigner seulement de la croyance de leurs diocésains (4). — Quelle est la fausseté de cette hypothèse théologique, nous l'avons montré plus

(1) Quirinus, p. 126.

(3) lbid., p. 114.

(4) lbid., pp. 97, 105,178,259.

haut (i). — Après quoi, pour déconsidérer la majorité, il met en doute la pureté de ses vues dans l'appui qu'elle prête à la définition de l'infaillibilité et des autres prérogatives pontificales.

« La majorité, un gros bloc de trois cents prélats pensionnés, écrit Dôllinger, parle et agit d'après ce principe : nous sommes ici pour une seule chose, tout ce que le pape, notre maître, nous propose, l'adopter immédiatement et sans modification essentielle. Ce que les jésuites sont comme prêtres, nous le sommes, nous, en tant qu'évoques : les hérauts de l'omnipotence et de l'infaillibilité papales, chargés en premier lieu d'exécuter les volontés du maître. D'une commune voix nous protestons contre toute proposition n'émanant pas du pape ou non approuvée par lui, nous rejetons, dans le concile ou hors du concile, tout ce qui déplaît au pape, tout vr qui pourrait diminuer les revenus de la curie. Et voilà comment les cent trente ou cent quarante évêqucs qui souhaitent des réformes dans l'Eglise sont arrêtés à chaque pas et se heurtent, impuissants, à cette majorité de quatre cents évêques si rondement conduite (2) ».

Magnifiquement généreux, Pie IX avait fait de grands sacrifices pour payer aux évêques orientaux sans ressource-, aux évêques italiens dépouillés de leurs revenus, enfin à de nombreux évêques missionnaires, les frais de leur séjour à Rome; il voulait que même ces derniers, usant de leur droit, pussent de la sorte siéger au concile, et qu'ainsi la pins grande partie disponible de la chrétienté y fut représentée.

Tout cela sert dans les Lettres à discréditer l'assemblée. // Ces évêques, on les représente comme pensionnés par le pape, à qui, pour avoir le vivre et le couvert, ils ont vendu leur conscience; ce que le pape veut, qu'ils l'estiment d'ail;

(i) Voir I" volume, p. 103, sqq.

(2j Qûirinus. p. 143 sq.

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