L'ES PROTESTATIONS
par renseignement et l'exemple les fidèles de mon diocèse confiés à leur vigilance, qui sont restés inviolablement attachés à l'Eglise depuis plus de cinq siècles, en éloignant d'eux les agitations inutiles, toujours nuisibles à la bonne cause et d'ailleurs si étrangères au caractère calme et réfléchi des habitants de l'Ermeland. Et nous les prions surtout d'implorer par de continuelles prières, de la puissance, de la sagesse, de l'amour de Dieu, qui a toujours eu soin de son Eglise, le succès de la grande œuvre pour laquelle les évêques sont en ce moment réunis (i) ».
Mgr Melchers, archevêque de Cologne, avait déjà, dans une lettre à son troupeau, exposé son mécontentement sur des déclarations de Dollinger et l'avait mis en garde contre les intrigues qui se manifestaient par les adresses d'adhésion (2).
En môme temps, l'évêque de Paderborn, M-1 Martin, envoyait à son vicaire général une lettre dans laquelle il cherchait à démontrer à ses diocésains que l'effroi qui se manifestait en beaucoup de milieux à propos de la doctrine de l'infaillibilité était vain et sans fondement; que, pratiquement, cette doctrine était déjà admise depuis longtemps : « On sait, dit-il, que, depuis le dernier concile œcuménique de Trente, des erreurs de toute espèce ont surgi. Qui donc les a signalées et condamnées comme telles? Qui a condamné celles de Baïus, par exemple, celles de Jansénius, ou plus récemment, dans notre Allemagne, les doctrines d'Hermès et de Gùnther? Et quels sont les catholiques qui se sont crus autorisés à déclarer illégitimes les jugements que le Saint- Siège a portés contre ces doctrines, ou à ne les considérer que comme des jugements provisoires, révocables ou réformables par le premier concile œcuménique venu? » Il rappelle le concile provincial de Cologne de 1860, qui déclarait
(i; C. ï\ 1489 a. sqq. {■!) Ibid., 1491a. sqq.
irréformables de soi les décisions du Pape eu matière de foi. Or, aucun des évêques présents de la province, aucun. des, évêques d'Hildeslieim, d'Osnabrùck, de Breslau, aucun membre ou théologien du synode ne s'en est offusqué. Dans tous les diocèses où le concile a été promulgué et dans toute l'Allemagne, où il a été connu, pas une voix ne s'est élevée pour protester (i).
Dans une note au Journal de Genève, Mgr Martin déclare inexacte la nouvelle, publiée par cette feuille, qu'il avait reçu de certains de ses diocésains une adresse désapprouvant ses opinions sur l'infaillibilité. En fait, une adresse de ce genre avait circulé, mais dans un diocèsî de 600,000 habitants, elle n'avait recueilli que six signatures, et à cause de cela ne lui avait pas été remise (2). //
M^ de Senestrej', évêque de Ratisbonne, prit contre Dôllinger une attitude particulièrement décidée. Il défendit à ses séminaristes de fréquenter dorénavant les cours de Dôllinger, et écrivit à son vicaire général Keger : « L'attaque osée, scandaleuse, du prévôt J. von Dôllinger, professeur d'histoire ecclésiastique à l'Université de Munich, contre le Saint-Siège et les évêques réunis en concile, les principes erronés et très pernicieux qu'il a cru pouvoir exposer dans ses dernières publications, me mettent dans la pénible nécessité d'interdire aux étudiants en théologie de mon diocèse d'assister à ses cours. Ma conscience ne me permet pas d'abandonner ces étudiants à une influence si dangereuse pour leur sens catholique et leur fidélité dans la foi (3). »
Bientôt, comme on pouvait s'y attendre, parurent un grand nombre d'écrits théologiques pour réfuter les assertions de Dôllinger.
(1) C. l'.; 1486d.sqq.
(2) Il.id.,1488d.
(3) Ibid., 1490 a.
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LES REFUTATIONS 297
Pour prouver que le concile ue peut définir la doctrine de l'infaillibilité. Dollinger avait affirmé tout d'abord que cette doctrine n'a jamais étécruepar l'Eglise, et qu'elle ne peut pas l'être : « Le catholique ne peut et ne doit croire que ce qui lui est enseigné et proposé par l'Eglise comme vérité... révélée par Dieu, appartenant à la substance de la doctrine du salut, qu'il faut confesser pour appartenir à l'Eglise, dont la négation n'est pas tolérée par l'Eglise mais rejetée par elle comme hérésie manifeste (i). »
Le chrétien, répond la Civilta, peut croire tout ce qu'il reconnaît comme révélé par Dieu. Et cela, il le croit même quand l'Eglise ne l'a pas encore proposé à sa croyance en condamnant le contraire comme une hérésie. Il le croit fide divina, et non, comme le prétend Dollinger, fide humana : il l'admet en effet parce que c'est Dieu qui l'a révélé. Et c'est am*i qu'on a cru à l'infaillibilité du Pape (2).
Dollinger affirme plus loin que le Pape, si le Concile définissait son infaillibilité, se rendrait témoignage à lui-même; car, dit-il, les Pères du Concile sans le Pape peuvent errer : « L'infaillibilité est le privilège et la prérogative exclusive du Pape... cette décision (la définition de l'infallibilité) n'a donc de valeur et d'autorité qu'autant que le Pape lui en donne en s'appropriant cette prérogative ; et ainsi, tout se résoud finalement dans le témoignage que le Pape se rend à ui-même: c'est assurément très simple, mais qu'on veuille bien se rappeler que quelqu'un, qui lui est infiniment supérieur, a dit, il y a 1840 ans : « Si je me rends témoignage à moimême, mon témoignage n'est pas digne de foi (3). » (Jean, 531).
La Civilta nie à la fois et que le Pape ne puisse se rendre
(2) Civilta cattouca, ser.VII. vol. 9, p. 386 sq. — Cf. aussi : Le do leur Dollinger el In pétition îles èvéque* du concile, extrait de la Civilta cattolica, traduction par un prêtre du diocèse de Trêves. Trêves, 1870, p. 13.
(3) C. V.. 1473 c. sq.
témoignage à lui-même, et que dans la définition de son infaillibilité par le Concile il se rende témoignage à lui-même « Dans le texte cité, dit-elle, le Christ ne donne pas sa pensée mais l'opinion des juifs. Il use d'une prolepse, en prévenant une objection des juifs facile à prévoir; ceux-ci en effet pouvaient dire : « Votre témoignage en votre propre cause est suspect, il ne mérite pas croyance. Le Christ se contente alors d'invoquer le témoignage d'un autre : Alias testimonium perhibet de me, faisant allusion au témoignage de saint Jean, de ses miracles, et des Saintes Ecritures.,. Du reste, plus tard, le Christ se rendit témoignage à lui-même, non seulement devant Caïphe et Pilate, mais aussi devant les docteurs de la loi... Je suis la lumière du monde. Et comme ceux-ci lui opposaient l'argument de Dollinger : l'ous vous rendez témoignage à vous-même, votre témoignage n'est pas vrai (Jean, 8l3), le Christ maintient son affirmation : Mon témoignage est vrai, et comme preuve il ajoute qu'il n'est pas seul, mais qu'en lui c'est aussi le Père qui parle : quia solus non sum, sed ego et qui misit me Pater. Lie Pape peut dire de même : Testimonium meum verum est; quia ego solus non sum, sed ego et qui me misit Christus.
» Aussi bien qui peut contester à une puissance souveraine quelconque le droit de rendre témoignage d'elle-même ? Dieu affirme de lui-même : Ego sum qui sum. Le Christ affirme de lui-même : Ego sum alpha et oméga, principium et finis. — Xemo venit ad Patrem nisi per me. Le souverain affirme sa propre autorité et condamne quiconque y contredit. Les parlements s'autorisent eux-mêmes en se déclarant les représentants légitimes du peuple. Le Pape a également droit d'affirmer lui-même son autorité en déclarant et proclamant jusqu'où s'étend la puissance et les prérogatives qu'il a reçues du Christ. .
» Si l'argument de Dollinger était fondé, l'Eglise elle-même ne pourrait déclarer son infaillibilité, parce que, d'après lui,
[G15-61UJ
LES REFUTATIONS 299
personne ne peut se rendre témoignage à soi-même; dès lors, privés de toute règle de foi, nous aboutirions inévitablement au libre examen des protestants. Est-ce là ce que veut Dollinger?
» Il reste donc que le Pape pourrait même déclarer par lui seul sa propre infaillibilité. Mais assurément ce n'est pas cela que demandent les évêques dans leur pétition. Les évêques se sont adressés au concile, et il est faux de dire que le témoignage du concile n'est purement et simplement que le témoignage du Pape. Dans le témoignage du concile se retrouve en entier cette autorité infaillible que Jésus-Christ a accordée à Pierre en communion avec le collège apostolique, et par suite au Pape en communion avec les évêques. Or, quoique le don de l'infaillibilité comme tous les autres, n'appartienne à l'Eglise qu'en union avec Pierre, c'est-à-dire avec le Pape, et que par suite,objectiuement parlant, l'infaillibilité du Pape comme chef vienne avant l'infaillibilité de l'Eglise, cependant dans l'état actuel de la controverse, subjectivement et quoad nos, c'est l'infaillibilité du concile qui doit tout dirimer, en tant qu'elle est un dogme déjà défini. Ainsi va t-on du plus connu au moins connu, de l'infaillibilité du Concile à celle du Pape. D'après cela, ce n'est pas proprement le Pape qui se rend témoignage à lui-même; mais c'est l'Eglise avec le Pape; c'est le concile, dont l'infaillibilité ne fait pas question, qui déclare que le sujet de l'infaillibilité n'est pas seulement le Pape avec les évêques, mais aussi le Pape seul. »
La déclaration de Dollinger rencontra dans la personne d'Hergenrôther, professeur à Wurtzbourg,et plus tard cardinal, un adversaire qui ne lui cédait guère pour l'érudition historique, et qui lui était infiniment supérieur dans l'intelligence théologique de la question (2). / Voici les réflexions
(1) Civilta cattolica Le. ]i.o91. — Doctor Dollinger, etc., p. 22.
(2) Die Irrtiimer von mehr cils tierhundent liisehôfen und ihr theologischen Zenxor, Fribourg en Br., 1870.
qu'il fait sur la première observation de Dollinger contre l'adresse.
« La pétition, disait Dollinger, limite l'infaillibilité aux sentences et aux décrets que le Pape adresse à l'universalité des fidèles, c'est-à-dire qu'il édicté pour l'instruction de l'Eglise catholique tout entière. Il s'en suivrait que quand le Pape ne s'adresserait qu'à des individus, à des communautés, à des églises particulières, il serait toujours exposé à se tromper». — « Xous croyons, remarque Hergenrotber, que cette conclusion n'est nullement légitime, car : i° l'adresse ne dit pas que le Pape est infaillible seulement quand il promulgue des décrets adressés à l'Eglise tout entière, mais elle veut faire décider qu'il l'est certainement dans ce cas. Dire : Celui qui s'inspire des écrits de tel savant célèbre ne fera pas fausse route, ce n'est point affirmer qu'il fera fausse route s'il s'inspire de son enseignement oral; — 2° le titre que porte le document papal et le destinataire immédiat importent peu. Les empereurs ont promulgué nombre de lois qu'ils ont adressées à tel ou tel fonctionnaire, à tel ou tel patriarche, et pourtant la loi atteignait tout le monde. Le Pape peut adresser une décision doctrinale à un évêque ou à une Eglise particulière, à celle surtout qui serait menacée de quelque erreur, et en même temps manifester sa volonté d'en faire une obligation générale. C'est là ce qu'il faut examiner, et non la suscription du document. La plupart des décisions papales furent adressées immédiatement à des particuliers, mais avec l'intention qu'elles fussent connues et acceptées en tous lieux, ce qui se faisait soit par des synodes, soit par l'envoi
(1) Ibid., p. -1-1.
(2) L'adresse supplie le concile .le définir « supremam, ideoiiue ab errore immunm] esse Romani Pontilicis auctoritatem, quum in rébus fidei et morum ea statuit et praecipit quae omnibus ehristifidelibus credenda et tenenda, quaeve rejicienda et damnanda sint. »
LES REFUTATIONS. HERGENROTHER JOl
aux évêques en particulier (i). Célestin I fit connaître sa sentence sur Nestorius à Cyrille d'Alexandrie, aux évêques d'Antioche et de Jérusalem comme à ceux de l'Illyrie, à Nestorius et au clergé byzantin, au synode d'Ephèse (2). De cette façon elle fut promulguée dans toute l'Eglise.// Léon le Grand adressa son célèbre écrit dogmatique, d'abord à Flavien de Constantinople, dans le diocèse duquel avait pris naissance l'hérésie monopliysite, et qui devait essayer de ramener Eutyches; mais il y renvoyait comme à un exposé de la foi sur l'Incarnation, aussi bien l'empereur Théodose II que les archimandrites byzantins, les évêques d'Ephèse et son Apocrisiaire Julien deCos (3). A plusieurs reprises il recommanda aux abbés la diffusion de ce document, il demanda et obtint qu'Anatole récemment créé évêque y souscrivit <4). C'était là une Epistola qua.ni Ecclesia universalis amplectîtur (5). Le même saint Léon avait déjà auparavant (444) envoyé partout les actes de son synode contre les priscillianistes (6). Sirice envoya à différents évêques (889) sa condamnation de Jovinien que proclamèrent aussitôt Ambroise et les évêques voisins (7) Le célèbre décret de Damase contre Apollinaire fut également connu partout, signé par un synode d'Antioche et proclamé par les Orientaux le salut de l'univers. » (8)
Hergenrôther parcourt les différents griefs de Dollinger et les réfute les uns après les autres. Qu'on lise, par exemple, la réponse solide et serrée qu'il fait aux remarques de
(1) Coustant, Epist. Rom. Pont., Praef., I, n» 47, p. XLIX sq. Ces notes et les suivantes d'après Hergenrôther.
(2) Caelest. Epis t., 11 sq. p. 1101 sq.
(3) Léo M. Epist.. 28-19. 32-34.
(4) Ibid., 61, 69. 70, 7-2.
(5) Ibid., 88, Cf. Spill. 67, 97, 99.
(6) Ibid., F. serm.,16 c. 4. Hefele : Komilienyeschichte, II, 285. 7 Snuc. Epist. 7, p. 663, Coustant: Cf. Epist. 8, p. 669.
(8) Coustant, p. 489 sq . Soz, VI, -25 epist. Hellad. ad Sixt. III, C, n. 4 n 1-245 ad 1-253.
302 HISTOIRE DU CONCILE Dl VATICAN
Dôllinger sur le concile de Florence. Mais quand Dôllinger va jusqu'à reprocher aux évêques pétitionnaires d'avoir tronqué une citation du concile de Florence, de s'y être permis une mutilation équivalent à une falsification, c'est de Florence même que devait venir au célèbre historien un démenti qui allait l'humilier profondément sur son propre terrain, celui de l'histoire de l'Eglise.
En exposant les motifs qui rendaient nécessaire la définition de l'infaillibilité, les évêques avaient cité la définition du concile de Florence, à savoir : que le Pape a reçu de Jésus-Christ plein pouvoir pour régir l'Eglise tout entière(i), omettant cette addition : « comme il est dit aussi dans les actes des conciles et dans les saints canons (quemadmodum etiam) ». // Cette omission était la mutilation dont, selon Dôllinger, les évêqus s'étaient rendus coupables. Dôllinger affirme, en effet, que cette incise renferme une restriction de ce qui précède et qu'elle est nécessaire pour donner à la définition son véritable sens. 11 lit, non pas quemadmodum etiam, mais quemadmodum et, de façon que le sens du décret serait : Les Papes ont reçu plein pouvoir pour le gouvernement de l'Eglise, dans la mesure où cette autorité est exprimée dans les actes des conciles et aussi dans les saints canons. Le mot etiam aurait été substitué au mot original et par une falsification attribuée à Abraham Bartolomoeus. Par cette altération le sens du décret se trouverait entièrement changé et la portée de l'addition détruite (2j.
C'est à ce propos qu'intervint Eugène Cecconi, alors chanoine à la cathédrale et plus tard archevêque de Florence, qui s'était déjà fait un nom par ses études sur les sources
(5J) C. V., 1471 sqq. Cette addition a été bien d'autres lois omise. CVsl ainsi qu'elle t'ait défaut dans la Dogmatique de Dieringer, ]>. 593: de même dans l'adresse des Evêques au pape à l'occasion du centenaire du marhre des Saints- Apôtres Pierre et Paul. Cf. C. V., 1034 b.
LES REFUTATIONS. CECCOKI 303
du concile de Florence et qui publia dans I'Armonia (ier février) l'article suivant :
« Les savants n'ignorent pas qu'il y eut cinq exemplaire originaux du fameux décret d'union des Eglises grecque et latine signés par le Pape Eugène IV, l'empereur Paléologue (Jean VIII) et les Pères de l'une et de l'autre Eglise De ces exemplaires un seul existe encore : il est conservé avec le plus grand soin dans notre bibliothèque laurentienne, où il est loisible en tout temps de le consulter. Il fut offert à la République de Florence, avec d'autres documents précieux sur le concile, par le cardinal Julien Cesarini, qui, comme chacun le sait, joua au concile de Florence un rôle des plus importants. « Tous les documents concernant cet événement fameux (l'union avec l'Eglise d'Orient) — écrit le célèbre historien contemporain Vespasien de Bisticci — tous rédigés par le cardinal Cesarini de Saint- Ange et exécutés à Florence, devaient, d'après les volontés du cardinal, y rester en souvenir d'un acte si mémorable. Il ordonna en conséquence que tous les originaux concernant l'union fussent conservés dans le palais di Signori ad perpetuàm rei memoriam. » Et dans un autre passage : « Ces documents ont passé par les mains du cardinal de Saint-Ange et il voulut, en vertu de sa charge, les garder chez lui et en donner copie à qui le désirait. Plus tard il fit faire un coffret garni de velours et de riches ornements d'argent, y déposa tous les originaux et les remit à la Signoria pour qu'elle les conservât ad perpetuàm rei memoriam d'un acte si digne de mémoire. » Les originaux dont parle Vespasien sont, outre l'acte d'union mentionné plus haut, } 'instruction aux Arméniens et le décret pour les Jacobites. Le coffret aux ornements d'argent finement travaillé se trouve aujourd'hui à la laurentienne et renferme ces deux documents avec d'autres qu'il est inutile de mentionner ici. L'acte d'union en fut tiré ces dernières années, déplié et exposé au public.
30 i HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
» Le parchemin est écrit sur deux colonnes ; à gauche se trouve le texte latin, à droite le grec. Au bas du texte latin se trouve le sceau du pape Eugène, et sa signature autographe. Suivent en trois groupes les signatures autographes des Pères latins. Au bas du texte grec se trouve, écrite au cinabre, la signature de Paléologue et à sa suite celles des Pères grecs, toutes autographes. A gauche on voit la bulle de plomb du Pape, à droite la bulle d'or de l'empereur. Tout en bas, Blondus a signé, ce même Blondus, secrétaire du Pape, dont l'autorité est invoquée par Dollinger. Au verso du parchemin on lit : Decretum originale unionis Graecorum cum S. Romana Eccîesia promulgation in sacro universali Concilio Florentino, se.xta Julii i43g. Or, nous pouvons assurer à M. von Dollinger que l'on peut lire sur le parchemin que nous venons de décrire, et que chacun peut consulter à sa guise : « Qiiemadmodum etiam in gestis oecumenicorum conciliorum et in sacris canonibus eontinetur. Ainsi il reste établi que, s'il y a eu quelque falsification, il tant la chercher du côté de ceux qui impriment : quemadmodum et, etc. Les collections des conciles et les ouvrages théologiques ont donc la version authentique.
)> Bien que cette preuve n'admette aucune réplique, puisqu'il s'agit ici d'une vérité palpable, j'ajouterai cependant une nouvelle preuve ad abundantiam. // Outre les cinq originaux mentionnés, on fit de nombreuses copies authenthiques du décret d'union, munies du sceau du Pape, de
(1) La Civilta cattolica iSer. VII. vol. 0, p. 386) atteste que les exemplaires de la bibliothèque vaticane, aussi bien que celui de Saint-Pierre, portent qucinadmodum etiam. EU e en appelle, en outre, au témoignage de M6' Maret (Le concile ijénéral et la pair religieuse, I, 490) qui affirme que l'exemplaire de Paris • porte aussi etiam. W Maret dit île plus que dans cet exemplaire le texte grec n'emploie la préposition kv qu'une seule t'ois, ce qui suppose que le xkï est pris dans le sens de citant, {y.j.b' ô-j -rpozzov v.-j.i 'ïvfots ■Kpyy.-zc/.rjX^ twv oixou/xéxuv ovoSto* xxl Toiç hpoïç /avôst otac/a/z^àvovrai). Au reste, le texte latin est le texte original: le texte grec n'en est que la traduction. Le mot latin etiam fixe donc le sens dn premier xai.
LES REFUTATIONS 305
celui de Paléologue et des signatures des Pères du concile plus ou moins nombreux qu'on pouvait rencontrer. Quelquesuns de ces exemplaires , — ce sont eux peut-être que Vespasien désigne sous le nom de copies pour les distinguer des originaux — existent encore et se trouvent dispersés dans les bibliothèques d'Europe. Le British Muséum en possède une, la Bibliothèque Nationale de Paris une autre, les archives de Venise une troisième; il y en a une à Milan, une aux archives de Bologne, deux à la bibliothèque Vaticane, une aux archives du Chapitre de Saint-Pierre à Rome, trois à la bibliothèque Laurentienne et trois au dépôt central de nos archives d'État. De toutes ces copies, je n'ai examiné que les trois de Rome et les six de Florence. En examinant les premières l'idée ne me vint pas de rechercher le quemadmodum etiam : je n'en soupçonnais pas la nécessité. C'est pourquoi j'ai consulté ces jours-ci les six exemplaires de Florence, et tous, sans exception, portent quemadmodum eliam. Le savant allemand n'ignore sans doute pas quelle valeur ont, à côté d'un livre imprimé, de pareils témoignages? »
Cecconi explique encore comment il a pu facilement arriver plus tard qu'un copiste ait, par inadvertance et sans avoir l'intention de falsifier le texte, écrit et au lieu de etiam. « Mon opinion est, dit-il, qu'une exacte critique ne doit recourir à l'odieuse et facile accusation d'altération que quand elle a épuisé toute autre hypothèse scientifique et se trouve en possession de preuves positives (i). »
On comprend quel étonnement excita une réfutation aussi péremptoire, alors que le vieux maître avait affirmé avec une parfaite assurance et décidé avec toute son autorité que le texte original portait quemadmodum et, et que le mot etiam,
(1) C. V. 1480b sqq. Scheebex, Period. Bliitter, I, 333. — Voir sur le même sujet Fromann dans I'Allgbm. Zkitung 1870, p. 885, 894.
qui seul pouvait tirer les évêques d'un mauvais pas, ne provenait que d'une falsification. //
Il devenait évident, du même coup, que le reproche de mutilation et d'altération fait aux évêques n'avait aucun fondement, puisque l'addition qu'ils avaient omise ne changeait pas, dans sa forme originale, le sens de la citation, mais ne faisait que la confirmer.
Parmi les écrits qui parurent contre Dollinger mentionnons encore ceux de Sckeeben (i), de Stockl (2), de Rotk (3) et du laïque J. Zahn (4).
C'est plutôt contre les signataires des adresses à Dollinger, en particulier de celle de Munster, que contre Dollinger lui-même, que Stockl, professeur de philosophie à l'académie de Munster, rédigea sa brochure. Il nous apprend que « l'adresse d'adhésion de Munster, composée par un jeune professeur laïque, est signée de deux professeurs de théologie et de douze membres de la faculté de philosophie. Six professeurs de théologie et sept membres de la faculté de philosophie n'ont pas signé (5). »
Comme Dollinger ne se contente pas de proclamer l'inopportunité de la définition, mais rejette la doctrine même de l'infaillibilité, ceux qui adhèrent publiquement à sa thèse déclarent donc la doctrine fausse et erronée ; d'après eux, les cinq cents évêques qui proposent la définition sont tous dans une grave erreur et ne cherchent rien moins qu'à faire de cette erreur une dogme. Qui donc donne à ces professeurs le droit d'affirmer une telle chose? « Non, Messieurs, réplique Stockl, vous n'avez pas le droit de marquer cette doctrine du
(1) « Die mânnliche Tal » und « die unioiderleglichen Bemerkungen » des lien » Prof. r. Dollinger, Cologne.
(2) Die Infallibiltiàt des Oberhamptes der Kirche und die Zustimmungsadressen anHerrn v. Dollinger, Munster, 1870.
(3) Beleuchtimg der in der v. DiiUingerschenErkldrung vont l'Jjan. 1810 ausgesprochenen Primipien. Paderborn, 1870. »
(4) lîinige Bemerkungen %u Dôllingers artikel in der Augsburger Axuiem. Zfitung, vom il Jan. 1810. Vienne el Oryn. 1870.
(5) Die InfallibiliUit des Oberhamptes der kirche, etc., p. 7.
LES REFUTATIONS. STOCKL. 307
stigmate de l'erreur. Vous pouvez, tant que l'Eglise n'a pas donné une décision formelle, être d'un sentiment opposé, personne ne vous le défend. Mais vous n'avez pas le droit de déclarer publiquement fausse et dangereuse cette doctrina commuais. Vous n'avez pas le droit d'affimer que l'Eglise, dans ses écoles de théologie, entretient, cultive, favorise une erreur formelle. // Vous n'avez pas le droit de représenter comme reposant sur une erreur grave la pratique constante de l'Eglise. Vous n'avez pas le droit de reprocher à tant de conciles provinciaux d'avoir proclamé une erreur et obligé leurs prêtres à l'enseigner. Même un évoque ne pourrait défendre à un professeur de théologie ou à un prédicateur de soutenir cette doctrine : comment de simples théologiens et des laïques pourraient-ils revendiquer le droit de condamner publiquement cette doctrine comme erronée?
» Et contre qui donc les signataires des adresses dirigentils leurs affirmations? Contre cinq cents évêques de toute nation et de toute langue, contre des évéques qui ont fasse toute leur vie au service de l'Eglise, à prêcher la parole de Dieu et à procurer le salut des fidèles, dont plusieurs ont tout quitté pour s'en aller travailler, à travers les épreuves et les périls dans les pays éloignés, parmi les peuples étrangers, à la propagation de l'Evangile sans le moindre espoir de compensation en cette vie. Ces cinq cents évêques sont convameus de la vérité de cette doctrine ; ils le sont tellement qu'ils eu proposent la définition. Et voici que se lève un groupe de simples théologiens, qui se place en face de ces Ivêques et leur dit : « Vous êtes dans une dangereuse erreur : votre conviction est fausse : nous connaissons mieux que vous la question. Gardez-vous bien de définir cette doctrine; vous introduiriez une erreur dans la foi et vous nuiriez terriblement à l'Eglise (i)! »
(1) Ibid., p. 9.
C'est en vain que les auteurs des adresses en appellent aux évèques opposante. Ceux-ci, dans leur mémorandum, ne nient pas l'infaillibilité. Le motif principal pour lequel ils s'opposent à la définition, c'est précisément l'agitation qu'on a faite autour de cette question depuis deux ans. a Plusieurs de ces évêques se sont, dans des lettres pastorales, expressément déclarés pour l'infaillibilité ; d'autres se sont associés officiellement à la proclamation de cette doctrine dans des conciles provinciaux. Il est donc absolument impossible que leur proposition ou protestation, qu'on l'appelle comme on voudra, soit dirigée contre la vérité de cette doctrine (i).
» Qu'on nous permette encore une question : Qui sont donc ces messieurs qui jettent à la face de nos cinq cents évêques le reprocbe offensant de se laisser séduire par une grave erreur, et de pousser l'Eglise à sa ruine ! Qui sont-ils ? — En parcourant les noms des signataires de l'adresse de Munster, nous y trouvons deux théologiens ; c'est tout : — les autres sont des laïques. Nous y rencontrons des professeurs de géologie, de langues modernes, de chimie, de littérature allemande, de minéralogie, de botanique, d'histoire profane, etc., etc., hommes remarquables sans doute dans leur partie; mais de quelle nature est la question dont il s'agit? Ce n'est pas une question de zoologie, ni d'histoire littéraire, ni de chimie, ni de minéralogie, ni d'histoire profane. C'est simplement une question de théologie, de pure théologie. Or, la méthode scientifique exige que celui qui prétend prononcer un jugement définitif sur une question appartenant à une science spéciale soit lui-même versé en cette science. » Si vous aviez, Messieurs, tenu compte de cette règle, « vous n'auriez pas fait « ce faux pas » de déclarer irréfutables les arguments de Dollinger contre l'infaillibilité ».
« Mais la question — continue Stôckl dans la seconde
(1) Ibid., p. 11.
LES REFUTATIONS. STOCKL 309
partie de sa brochure — a une autre face, plus sérieuse celle-là. Dollinger dit dans son article que la doctrine de l'infaillibilité du pape en matière de foi et de mœurs est une erreur, et que, si le concile la définissait, il introduirait une erreur dans la foi. Qu'est-ce h dire? Ceci, tout simplement : Ce que moi (Dollinger), je pense de cette question, ce que j'enseigne, cela seul est vrai. Le Concile n'a pas le droit d'enseigner autre chose, et s'il définit autre chose que ce que j'enseigne, il propose une erreur à la foi, à l'Eglise. Poussons la logique de ses assertions : Dollinger se place donc audessus du concile : // ce n'est pas lui qui reçoit du concile la règle de foi, mais le concile qui doit la recevoir de lui. S'il ne l'accepte pas, il tombe infailliblement dans l'erreur et tout l'enseignement de la foi catholique est infecté d'erreur. Du moment que l'Eglise catholique admet une erreur dans la doctrine, elle cesse par le fait d'être infaillible. Si le concile n'adopte pas le sentiment de Dollinger, s'il décide autrement que ne le veut Dollinger, c'en est fait de l'infaillibilité de l'Eglise.
a Or, l'Eglise fondée par Jésus-Christ a reçu du Fils de Dieu la promesse que l'Esprit de Dieu la garderait de toute erreur, lui enseignerait toute vérité, et qu'elle serait infaillible tant qu'elle durerait. Si donc l'Eglise peut jamais cesser d'être infaillible, elle n'est pas l'Eglise fondée par le Christ, la véritable Eglise, et non seulement elle ne l'est pas aujourd'hui, mais elle ne l'a jamais été. Donc, si le concile ne décide pas dans le sens de Dollinger,. s'il n'adopte et ne soutient pas son opinion, l'Eglise représentée par lui n'est pas la véritable Eglise. La véritable Eglise est représentée par Dollinger, par ceux qui lui ont frayé la voie et par ceux qui le suivent. Ou bien il n'y a plus de logique, ou bien cette conclusion est inévitable.
» Que ressort-il de tout cela? D ressort que la manière de jyoir de Dollinger est hérétique. C'est de la position même
que prend Dollinger que sont nées jadis toutes les hérésies. Tout fondateur de secte a commencé par s'attacher à une manière de voir, à la tenir pour seule vraie et valable, à la proclamer telle, et à y persister, même à rencontre de l'Eglise... Aucun catholique ne peut prendre [cette position]; aucun catholique n'a le droit d'affirmer que l'Eglise tomberait dans l'erreur, si, en matière de foi, elle ne se rangeait pas à son avis, si elle définissait le contraire de ce qu'il admet. » Et maintenant, Messieurs, m'est-il permis de vous demander comment, en de pareilles conjonctures, vous avez pu, dans une adresse publique, vous déclarer en faveur de Dollinger, exalter sa résolution et son courage, faire des vœux pour la réussite de sa démarche?... Je n'ai pas à juger vos sentiments et vos intentions, mais j'ai le droit de juger le document objectivement, et je ne puis en dire que ceci : en tant qu'il loue et approuve la conduite de Dollinger, il abandonne entièrement ta position catholique. // On ne se serait pas attendu à cela de la part de catholiques. Et n'auraiton pas dû se demander avant de publier l'adresse si ce n'était pas engager l'honneur et le renom d'orthodoxie de notre école? Vous pouvez être sûrs que les catholiques qui envoient leurs fils à notre école et la grande majorité des prêtres sont unanimes à désapprouver totalement la conduite de Dollinger. La preuve en est que le plus grand nombre des théologiens de notre académie, et précisément ceux dont la réputation s'étend au loin, par delà l'Allemagne, n'ont pas signé l'adresse. Quelle que puisse être, sur la question de l'infaillibilité, l'opinion des membres du clergé, la très grande majorité, soyez-en persuadés, est unanime à affirmer que, dès la décision du concile, ils abandonneront complètement leurs opinions plus au moins opposées et se soumettront sans réserve à la déclaration infaillible de l'Eglise. Mais jamais ils ne feront le pèlerinage de Munich, pour dire à M. Dollinger, comme l'adresse de Breslau :
LES REFUTATIONS. STOCKL 311
« Notre conviction et nos sentiments sont conformes aux » vôtres et nous ne nous laisserons pas ébranler... » Le clergé est trop éclairé.., pour ne pas reconnaître qu'un tel langage n'est pas catholique, qu'il ne tend à rien autre qu'à ôter le privilège d'infaillibilité au Pape et au Concile pour la conférer à M. Dôllinger et à ses adeptes. Jamais le peuple avec son bon sens ne se laissera persuader qu'en matière de foi, ce n'est plus le Pape et les évêques qu'il faut écouter, mais un groupe de professeurs, si savants soient-ils... Le peuple chrétien ne veut pas de schisme..., en matière de foi il regarde vers Borne et non vers Munich (i). »
Dans sa troisième partie, Stôckl explique la doctrine de l'infaillibilité, la débarrasse des travestissements de la presse anticléricale, montre combien elle est raisonnable et réfute quelques objections. Dans la quatrième partie, il revient à l'adresse, et principalement au passage où l'on parle d'un parti dont les tendances étroites sont pernicieuses pour l'Eglise. //
Peu après, les professeurs signataires de l'adresse répliquèrent par une brochure que Stockl, dans l'appendice de sa seconde édition, traite de « vulgaire pamphlet ». En ces conjonctures la situation devint si tendue à Munster que Stockl quitta sa chaire pour enseigner au séminaire d'Eichstiitt, son diocèse d'origine.
Mais c'en est assez sur cette controverse. Disons seulement que F. Michelis, professeur à Braunsberg, attaqua vivement cette adresse dans une publication (2) qui, comme beaucoup d'autres du même auteur, passa inaperçue.
(1) Ibid-, p. 14.
(2) C. V. 1498 a sqq.