L ADRESSE
telle doctrine, sur le témoignage de l'Église de tous les temps parce qu'elle a la promesse de durer à jamais et de rester en possession de la vérité. » // Dorénavant le catholique dira : « Je crois cet article parce que le pape déclaré infaillible ordonne de l'enseigner et de le croire. Quant à son infaillibilité, je la crois, parce qu'il l'affirme lui-même... » Et ainsi tout aboutit finalement à ce témoignage que le pape se rend à lui-même. Mais qu'on veuille bien se rappeler à ce propos que quelqu'un qui lui était infiniment supérieur a dit, il y a mille huit cent quarante ans : « Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n'est pas digne de foi (Jean,531).»
Dôllinger insiste ensuite sur quelques remarques auxquelles l'adresse donne lieu.
I. — Elle restreint l'infaillibilité du pape aux décisions et décrets qu'il adresse à l'assemblée des fidèles. Or, les papes, durant douze ou treize siècles, n'ont jamais adressé un rescrit dogmatique à la communauté tout entière, mais seulement à des particuliers ou aux évèques d'une région. Les papes eux-mêmes n'ont donc pas soupçonné la condition dont on veut faire déx^endre l'infaillibilité de leurs décisions En fait, cette doctrine a été inconnue avant l'année 1662, où le théologien Jean Hessels, de Louvain, l'a proposée pour la première fois.
II. — Il est faux de dire, comme font les évêques, que « conformément à la tradition universelle et constante de l'Eglise les décisions dogmatiques des Papes sont irréformables (i) ». Au contraire l'Eglise a soumis les décisions papales à son examen et les a tantôt admises, comme au concile de chaicédoine, tantôt rejetées, comme au Vfl et au VIe conciles.
III. — Il est inexact de prétendre qu'au IIe concile de Lyon les Grecs et les Latins ont admis « que les discussions en
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matière de foi doivent être tranchées par le jugement du Pape (i). »
IV. — Le décret du synode de Florence a été tronqué par les postulateurs (2). On y a omis cette phrase qui restreint le pouvoir du Pape : juxta cum modum,quo et in gestis et in sacris canonibus oeciimenicorum conciliorum continetur. Par cette addition que les Grecs avaient opiniâtrement exigée ce l'infaillibilité du Pape a été complètement exclue », car les anciens conciles ont ignoré cette doctrine, et au contraire leur conduite et leur histoire excluent l'infaillibilité d'un seul. // « C'est donc là une mutilation qui équivaut à une falsification : on omet dans le décret du synode de Florence précisément la phrase principale, la plus importante aux yeux de ceux pour lesquels le décret a été porté. »
En fait, les éveques pétitionnaires ne pouvaient accepter cette phrase, à moins de citer, au lieu du texte original correspondant au grec, — tel que le donnent Flavius Blondus, le secrétaire d'Eugène IV, et les théologiens anciens : quemadmodum et in actis conciliorum et in sacris canonibus continetur— un texte falsifié jadis par Abraham Bartholomaeus dans lequel le premier et est remplacé par etiam. « Ce mot etiam change complètement le sens du décret en supprimant la raison d'être de cette addition. »
Dollinger est si sûr de son affaire qu'il déclare qu'il est grand temps d'expurger les collections des conciles et les ouvrages de théologie des falsifications manifestes qui s'y sont glissées, et de rétablir le texte authentique. Enfin il va jusqu'à attaquer l'œcuménicité du concile de Florence et la légitimité de ses actes.
En terminant, il raille le motif allégué dans l'adresse en faveur de la nécessité de définition, à savoir que les atta-
[t) Ibid.
LES ADHESIONS A DOLLINGER 289
ques ouvertes dirigées contre cette doctrine obligent ù la définir.
Malgré i'amère expérience que Dollinger lui avait fait faire depuis un an, le monde catholique fut péniblement surpris par cette dernière publication. « Xous le disons avec une infinie douleur, — écrit Scheeben (i), — mais nous sommes obligé de le dire, c'est une déclaration de guerre contre le concile et contre l'Eglise ; c'est une défection publique : Dollinger se sépare de la foi catholique aussi bien que de la science catholique allemande, dont il a été toute sa vie le représentant ; sa défection procède d'un aveuglement sans bornes, qui ne se reconnaît plus et se précipite avec fureur en des abîmes toujours plus profonds. »
Mais les applaudissements lui vinrent bruyauts de la part des ennemis de l'Eglise et des catholiques libéraux. Les adhésions lui arrivèrent si nombreuses des divers points de l'Allemagne que le but poursuivi par von Arnim semblait atteint : c'était bien «la manifestation qui devait retentir jusqu'à Eome » contre la définition de l'infaillibilité. //
Quelques jours seulement après la publication, les magistrats de Munich résolurent à la majorité des voix de conférer au grand savant le titre de citoyen d'honneur (2). Mais Dollinger refusa par une lettre du 27 janvier (3). Le même jour il adressait une note à I'Allgemeine Zeituxg où il exposait les motifs qui l'avaient amené à prendre ouvertement parti contre la pétitition des évoques : « J'ai publié l'article en question parce que je m'y suis cru appelé comme
(1) Das Œhumenischi' Konul. Period. Blatte»', 1,298.
(2) Dans I'Allgemeine Zeitung du 28 janvier (supplément), on lit: «Les autorités de la ville ont adhéré aujourd'hui 27 janvier par 43 voix contre 12, à la décision du Conseil de décerner au prévôt du chapitre von Dollinger le droit de cité. Sur les 43 voix, 15 ont été données avec la réserve que le droit de cité lui est conféré, non pas à cause de sa récente déclaration, mais pour reconnaître des grands services qu'il a rendus à la science en général.»
(3) Friedbero. Sammlung (1er Aktenstiicke , p. 121, sq.
professeur public, comme doyen de renseignement en Allemagne, dans un temps de crise et en des circonstances inquiétantes. Je l'ai fait, rassuré par la pensée que j'étais, sur ressentie! de la question, d'accordavec la grande majorité des évêques allemands, et en particulier avec mon propre évêque que je vénère; et pressé de professer, au soir de ma vie, en un temps où elle menace d'être obscurcie et travestie, une doctrine que j'ai admise jadis comme professeur ecclésiastique, et que j'ai comme tel enseignée pendant quarantesept ans. Enfin — pourquoi ne le dirais-je pas? — j'ai agi aussi dans l'espérance que ma parole, signalant les erreurs d'un document appuyé de quatre cents signatures, trouvera encore peut-être quelque écho, avant que le sort en soit jeté, là même où va se décider l'avenir de l'Eglise. »
Il dit ensuite pourquoi il a décliné l'honneur qui lui était offert par les magistrats de la cité : c'est, dit-il parce (pie « cette décision a été provoquée par un fait très spécial, à savoir, la manifestation d'une opinion personnelle ». et parce qu'il ne s'agit, que d'à une affaire d'ordre purement ecclésiastique. » En d'autres eiivonstances, ajoute-t-il une distinction de ce genre m'eût fait beaucoup d'honneur et je l'aurais reçue avec joie 12). » //
(1) C. V. 147tid. sqq.
(2) La décision des magistrats ne semble pourtant pas avoir été très honorable pour Dollinger Stock 1 écrit dans un ouvrage dont nous aurons à parler plus tard Die Infalhbililiit des Oberhauptes der Kirche, a. s. \v. ip. 61: « Le conseil de la ville de Munich depuis les dernières élections se compose uniquement de progressistes déclarés, pas un seul n'est catholique conservateur. Pour juger des tendances et du luit du parti progressiste dans le sud de l'Allemagne, vis-à-vis de l'Eglise, île ses doctrines et de ses droits, il faut être au courant des événements de la région et, en particulier, de la Bavière. Dans le nord de l'Allemagne on ne s'en tait aucune idée. Le conseil municipal de Munich se compose de protestants, de francs-maçons, de juifs et de membres des paroisses catholiques. Parmi ces derniers se trouve le propriétaire et l'éditeur du journal populaire le plus répandu à Munich, le Neueste Xachrichte, feuille qui chaque jour vomit en abondance la calomnie, la raillerie et le mépris contre tout ce qui pour le catholique est sacré et digne de vénération. Tous ces hommes ont décerné unaninriler à M. Dollinger les droits de cité et cela à cause de sa u virile attitude» contre le
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A peine l'article de Dôllinger avait-il eu le temps de parvenir à Breslau (i) que onze personnages, presque tous professeurs à l'université de cette ville, lui envoyèrent l'expression de leur parfaite estime et de leur reconnaissance pour « l'acte intelligent et viril » qu'ils saluaient avec joie dans la publication de ces réflexions «. sérieuses et scientifiquement irréfutables » sur la pétition infaillibiliste. « Xous espérons, disaient-ils, que cette démarche aura un heureux résultat pour le bien de l'Eglise catholique qui tire son droit et sa force de la continuité historique. Notre conviction et nos sentiments sont conformes aux vôtres et nous ne nous laisserons pas ébranler (2). » A la tête des signataires figure le professeur Hubert Reinkens, qui sera plus tard le premier évêque des Vieux-Catholiques; puis vient le prof esseur Baltzer; et, au troisième rang, le professeur de sciences religieuses Weber, futur successeur de l'évêque Reinkens.
Quelques jours plus tard une adresse d'adhésion fut rédigée à Braunsberg par vingt signataires qui «expriment au célèbre vétéran de l'enseignement théologique, au hardi champion de la vérité et du droit dans l'Eglise, leur sincère gratitude et leur pleine adhésion (3). »
Au commencement de février arriva une adresse signée de vingt-cinq professeurs de l'Université de Bonn. Elle exprime au vieux savant « sa gratitude pour la franchise courageuse et la fermeté » avec lesquelles il s'est élevé contre la péti-
concile. Que veut-on de plus? C'est une terrible injure pour un prêtre catholique de se voir glorifié par une pareille assemblée pour son attitude envers l'Eglise. La chose était si dure que le candidat ne put accepter cette distinction. Il y avait pour lui impossibilité absolue, et vouloir lui en faire un mérite, comme on l'a essayé, c'est provoquer une sourire de pitié chez quiconque est au courant des laits. »
(1) L'article de DolJinger parut dans TAllgemeine Zeitlng du 21 janvier. L'adresse d'adhésion de Breslau est datée du 23 janvier. Ai.lg.Zeit. du 29 janvier.
(2) C. V. 1482 a. sq.
(3) Datée du 30 janvier, cette adresse parut le même jour, dans I'Ali.i lmkine Zeitung. — C. V., 1482, c. sq .
tion.// «Xous espérons avec confiance que l'avertissement de ce vétéran, l'un des plus savants et l'un des plus méritants théologiens d'Allemagne, ne restera pas inaperçu, et que l'attitude décidée de la grande majorité des évêques allemands empêchera le succès de ces intrigues qui nous inspirent comme à vous les plus vives inquiétudes pour l'avenir de l'Eglise (i). » Parmi les professeurs de théologie Floss, Raulen, Simar, et parmi les laïques, Walter, refusèrent de signer (2).
Vers le même temps, treize professeurs de l'Université de Prague (3) et autant de professeurs de l'académie de Munster envoyèrent une adresse d'adhésion à Dollinger. Les derniers déclarent ses explications aussi irréfutables que courageuses, et ajoutent: «Votre attitude résolue force notre entière estime, et cela d'autant plus que s'affirme plus rarement la conviction des nombreux catboliques qui se refusent à voir le bien de l'Eglise dans les tendances partiales qui régnent aujourd'hui cbez un grand nombre (4)- »
A toutes ces adresses s'enjoint une de Cologne (5) portant environ cent cinquante noms, et une autre de Baden (G) signée par cent trente-huit professeurs d'écoles supérieures. //
(1) C. V. 1482 d. sqq.
(2) Friedberg, Sammhuig, u. s. \v., p. 121. «Le professeur de dogme Dieringer avait signé. — Il exposa dans un article de la Kolnische Volkszeitunq (1870, n» 57 du 24 février) son attitude par rapport à la question sur l'infaillibilité. Dans l'adresse de Bonn à Dollinger, dit-il, on ne porte aucun jugement sur les motifs allégués par Dollinger. Il (Dieringer) n'a jamais affirmé autre chose que la très grande probabilité de l'infaillibilité du pape et c'est là encore aujourd'hui son opinion. Si quelque chose pouvait ébranler sa conviction ce seraient les agissements de ceux qui se déclaraient pour le dogme. Beaucoup de leurs arguments ne prouvent rien et il leur manque l'esprit de charité pour leurs adversaires. Puis il énumère plusieurs arguments contre l'opportunité de la définition.
(4) Ibid. 1483 d.
(5) Ibid. 1484 a. sq.
(6) Ibid. 1484, c. d. D'après Friedberg, Acktenstucke, u. s. w., p. 121, il vint des adresses de Kempten, Pforzheim et de Schleiden en Prusse.
LES PROTESTATIONS. KETTELER 293
Les évêques allemands, même ceux que Dollinger affirmait ètrejde son avis sur le fond de la question, étaient loin de partager le jugement des signataires de ces adresses. Son propre archevêque, Mgrvon Sclierr, dontil se réclamait expressément, fit publier vers le milieu de février, une protestation contre la démarche de Dollinger : « Nous déclarons, dit-il, que nous ne pouvons voir qu'avec une profonde douleur ces démonstrations et ces manifestations publiques, parce qu'elles vont non seulement à augmenter l'excitation savamment provoquée dès le début du concile, mais encore à troubler la conscience de bien des fidèles. Dorénavant, nous n'opposerons plus à ces démonstrations que le silence, et nous n'autorisons personne à conclure de notre silence quoi que ce soit touchant nos sentiments. Enfin, nous désirons et conseillons que les fidèles manifestent l'intérêt qu'ils prennent aux décisions du concile, en les envisageant avec une confiance toute catholique en l'assistance du Saint Esprit, et en ne cessant pas de prier avec nous, afin que nos délibérations et nos décisions produisent des fruits durables de paix et de salut (i). »
Avant lui déjà, Ketteler avait affirmé, dans une déclaration publique (2) contre Dollinger, qu'il n'était pas du nombre des évêques qui partagaient son avis sur le fond de la question; il avait fait voir combien Dollinger montrait peu de sens catholique en trouvant dans la définition possible d'uue doctrine qui contredisait ses vues personnelles la menace « d'un obscurcissement ou d'un travestissement de la doctrine de l'Eglise ». C'est une crainte que n'aura jamais un fidèle convaincu que l'Esprit de vérité assiste le concile d'une façon surnaturelle. Ketteler conclut par ces mots : « Si les apparences pouvaient faire croire que je suis
(1) C. P..149ÛC. sq.
(2) Ibid.,1485a. sqq.
de ceux qui, sur le fond des questions actuelles, sont d'accord avec Dollinger, je le démens de la façon la plus formelle. Je suis d'accord avec le Dollinger qui jadis dans ses cours inspirait à ses élèves l'amour et l'enthousiasme à l'égard de l'Eglise et du Saint-Siège. Mais je n'ai rien de commun avec ce Dollinger qu'aujourd'hui les ennemis de l'Eglise et du Saint-Siège accablent d'honneurs (i). »
L'évêque d'Ermeland, Msr Philippe Krementz, éleva lui aussi la voix, et déclara dans une lettre à ses diocésains, que de fait il avait été jadis un élève enthousiaste de Dollinger, mais qu'il ne pouvait approuver les considéra tions dogmatiques de I'Allgemeine Zeituxg, ni quant au fond, ni quant à la forme et au mode de publication. « Favoriser et utiliser une feuille qui depuis longtemps combat les intérêts de l'Eglise avec une haine amère et des armes déloyales, nier l'autorité doctrinale de l'Eglise qui de tous temps, dans les conciles oecuméniques, a décidé infailliblement si une doctrine théologique appartient ou non au dépôt de la foi, manifester la crainte que la pure doctrine put être obscurcie ou travestie par un concile œcuménique, éveiller inconsidérément les soupçons sur un Ordre qui a bien mérité de l'Eglise, et dont les membres ont aussi bien qualité pour défendre une thèse théologique solide que d'autres pour l'attaquer, — tout cela n'a jamais servi la cause sainte de l'Eglise de Dieu, et jamais en ma qualité d'évêque catholique je ne donnerai mon assentiment à de pareilles manœuvres. Je prie et je conjure mes chers collègues et collaborateurs dans le Seigneur, en ces jours dangereux de troubles toujours croissants et d'excitations haineuses qui s'élèvent de toutes parts, de s'attacher inébranlablement à la foi et à la confiance en la promesse divine faite à l'Eglise et réalisée depuis dix-huit siècles, de fortifier, s'il en est besoin,
(1) Ibid., 1486 c.