ATTITUDE DES PROTESTANTS EN ALLEMAGNE 3'J
siastiqucs et l'interdiction du calice pour les laïques. Le célibat des religieux était suffisant, pensaient-ils. On y astreindrait encore les prêtres occupés dans les missions à convertir les païens, les évèques et en général, le haut clergé, c'est-à-dire les chanoines, les professeurs des facultés de théologie et les prêtres attachés aux séminaires. Que les autres candidats à la prêtrise soient autorisés à se marier avant l'ordination, mais qu'après la mort de leur femme il leur soit interdit de contracter un second mariage. Suivent quelques autres propositions plus détaillées; à la fin, ils essaient de justifier leurs projets. Deux autres lettres de ces mêmes pasteurs suivirent de près la première; la troisième seule parvint aux mains de l'évêque (i). Naturellement il ne put leur donner l'espoir de voir aboutir leur double requête (2).
Nulle part l'écrit du pape ne fut accueilli par les protestants avec plus de bienveillance qu'en Angleterre. Depuis un certain nombre d'années, un mouvement, parti d'Oxford, entraînait du sein de l'anglicanisme vers l'Eglise catholique un grand nombre d'hommes en vue, membres de la haute société, savants et ecclésiastiques. Une impulsion vers la la reunion avec l'Eglise Mère de toutes les autres se faisait partout sentir // et même il s'était formé parmi les pro-
(1)6'. V. 1142 c. sq. — Cecconi, loc. cil. Doc. CXXX.
i'2) Les quatre ecclésiastiques protestants avaient pour toute signature apposé Leurs initiales et celles des noms de leurs paroisses. Quand leur lettre fut publiée (par Friedrich) d'une manière qui resta inconnue de Mfr Martin, on voulut d'abord la faire passer pour apocryphe et on l'attribua à un étudiant en médecine de l'Université de Halle. L'erreur découverte, le consistoire de Magdebourg ordonna une enquête. On demanda à l'évêque et au professeur Friedrich de livrer les noms. Sur leur refus, un conseiller de justice, accompagné d'un greffier, se présenta au palais épiscopal et réclama les lettre? au nom de l'Etat. L'évêque ne consentit point à les remettre. Malgré ses protestation, la maison fut fouillée et les lettres confisquées (voir D' Christ. Stamm. D' Konrad Martin, Bischof von Paderborn, p. 304 sq). Cependant l'affaire n'eut aucune suite, bien qu'on eût déjà désigné quatre pasteurs auxquels convenaient les initiales, comme noms de famille et noms de paroisse. Mais après quelques semaines, la correspondance saisie fut rendue à l'évêque. (Cecconi, loc. cil. Se/.. L, p. 262 sq.)
lestants, une ligue de prières ayant à sa tête un homme d'Eglise fort considéré, le Dr Lee, à l'effet d'obtenir la grâce de la réunion avec Rome Dans les sphères où de telles idées avaient la faveur, on devait naturellement bien accueillir la lettre du pape. Sans doute il y eut d'abord quelque mauvaise humeur : l'épiscopat anglican dont on regardait l'ordination comme valide, n'était pas invité au concile, mais on s'accommoda (i) de cette attitude de l'Eglise romaine, et l'on chercha à profiter de l'occasion offerte pour avancer l'œuvre de la réunion. Dans une assemblée tenue par l'English-Church- Union, au Devonsliire, quelques unionistes déclarèrent qu'il fallait envoyer des députés au concile pour traiter des conditions de la soumission au siège de Rome (2).
Pourtant il ne faut pas croire que cette disposition si favorable pour l'union avec Rome, fut générale ou même très répandue (3). Si d'un côté, la lettre pontificale fut bien accueillie, elle suscita de l'autre de violentes attaques, de la part du Times en particulier et du D'AVordsvorth, chanoine et archidiacre deAVestminster, ,',plus tard évêque de Lincoln. Ce dernier avait composé une brochure anonyme (4), dans
(l)La ieuille unioniste The Church News écrivait le 21 juillet 1869 : Il est difficile de voir comment le pape aurait pu inviter les évèques anglicans au concile. Avant d'imputer au pape une impolitesse ou une incorrection, il faut envisager l'affaire au point de vue romain. Depuis trois siècles, demande ce journal, qu'ont fait les évèques de leur coté, pour mériter une place dans un concile catholique '. Malgré leurs antécédents catholiques, ils ont uni la communauté anglicane avec les protestants de l'intérieur et de l'extérieur et n'ont jamais cessé de mépriser et d'insulter Rome. Aux regards des étrangers quels signes de catholicité offret-elle aujourd'hui, cette Eglise? Les discours et les actes des évèques, sont-ils ceux de successeurs des apôtres ? Nous le savons bien, les étrangers se trompent quand ils refusent à notre Eglise la note de catholique: nos évèques sont catholiques et nos ordinations sacerdotales sont valides et la doctrine de notre confession de foi officielle est catholique. Mais ceux-là ne le savent pas et c'est notre faute s'ils l'ignorent, etc. Cf. Gecconi, loc. cit. Sez.I,p. 293 sq.
(•2) Stimmkx aus Maria-Laach. Xeue Folge, Hefl IV (1869), p. loi sq.
(3) Sur les dix-huit mille membres du clergé anglican on en comptait à l'époque du concile trois à quatre cents dans les rangs des Unionistes.
il Responsioanglica Litteris apostolicis Pii Papte IX. Ad omnes Protestantes aliosque Acatholicos. Londini, Oxonii et Cantabrigise, 1868.