ATTITUDE DIVERSE DES PROTESTANTS D ALLEMAGNE
Kulmbach , Kempten et Leipheim avaient proposé de repousser la lettre pontificale par une protestation énergique. Le doyen Bauer de Neustadt-sur l'Aish, choisi comme rapporteur, déclara que l'invitation du pape resterait complètement sans effet, que d'ailleurs, la réunion avec Rome ne se produirait jamais. «Dans les flammes, dit-il, où Luther, aux portes de Wittemberg // réduisit en cendres la bulle d'excommunication lancée contre lui par le pape, fut consumé le dernier fil qui liait à Rome l'Eglise qui porte aujourd'hui son
nom Plusieurs pétitions expriment le désir que le synode
général adresse à toutes les communautés et à tous les membres de notre église protestante nationale une déclaration dans laquelle il exposerait sa pensée à ce sujet; mais de sérieuses considérations s'y opposent absolument. Le synode général est un corps purement consultatif. Il n'a pas de pouvoir exécutif, il ne lui est permis de correspondre avec personne; il ne peut ni ne doit rien faire dans le cas présent, quelles que soient les impulsions de son cœur, de ce qui appartient exclusivement au consistoire suprême du royaume en sa qualité d'organe de l'Episcopat souverain.» « Le fait de la discussion présente est, à lui seul, une protestation suffisante, (i) » Le président Harless exprima le vœu que l'assemblée acceptât sans discussion cette manière de voir, et développa ensuite son opinion sur l'invitation pontificale, dans un discours où il prit pour texte ce passage des proverbes de Salomon (xxvi. 4) : « Ne réponds pas au fou selon sa folie, pour ne point lui devenir semblable. » D'après une de ses dépèches au cardinal Antonelli (2), le nonce du Saint-Siège à Munich eut un entretien à ce sujet avec l'archevêque de cette ville. Celui-ci avait décidé d'adresser une remontrance au ministre. On ne sait rien du succès de cette démarche. Le nonce, il est vrai, n'avait qu'un mince espoir.
(1) Cecconi, loc. cit. Doc. C\XV.—Ct. C. V. 1133 d.
(2) 27 oct. 1869. — Cf. Cecconi, loc. cit. Sez. I, p, 273 (trad. f'r. t. II, p. 240).
Dans les autres pays, à l'exception de l'Angleterre, la lettre pontificale reçut, des p ru testants, le môme accuei qu'en Allemagne.
En Autriche, les réformés étaient trop indifférents pour manifester leur opposition. En Hongrie, au contraire l'assemblée générale des protestants de la Confession d'Augsbourg, réunie à Pest le 8 octobre, prit une résolution au sujet de l'initiative pontificale (i). Elle ne peut, disaitelle, être prise au sérieux, d'abord parce qu'elle repose sur le préjugé que l'Eglise catholique est la seule voie du salut et que les hommes doivent se soumettre à une autorité qui se déclare infaillible ; ensuite, parce qu'on ne peut faire disparaître l'opposition entre les protestants et les catholiques ; // ce qui le prouve, c'est 1'éminiératiOn des griefs habituels du protestantisme contre l'Eglise catholique. On repousse donc « les paroles fausses, calomnieuses et inju rieuses du pape » et on exprime l'espoir que les catholiques s'inspireront toujours d'un esprit du christianisme de plu en plus affranchi des ténèbres du moyen âge, par leque se réalisera une union des chrétiens bien plus sublime qu l'union extérieure, .qui produirait des trésors spirituels e étendrait au loin le règne de la charité.
La Compagnie des pasteurs de l'Eglise de Genève adressa aux membres de cette Eglise et à tous les chrétiens évangéliques une lettre (2) où elle affirmait qu'accepter, les paroles de Pie IX serait anéantir l'œuvre de leurs pères ; les causes du grand mouvement du XVIe siècle, loin d'avoir disparu, se fortifient chaque jour davantage. Au point de vue de la doctrine, l'Eglise catholique a maintenu toutes les erreurs contre lesquelles on a protesté ; elle en a même ajouté de nouvelles, comme le dogme de la Conception- Immaculée de Marie et de l'Infaillibilité du pape. Ce dernier dogme est à l'ordre du
(1) Cecconi, loc. cil. Sez. Il, Doc. GXXVI. — Cf. C. V. 1134 a.
(2) C. V. 112'J a. sq. — Cecouni, loc. cit. Doc. CXIX.