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CHAPITRE VII

Vue d'ensemble sur les propositions fuites par les Pères.

Il va de soi que le Pape n'était pas le seul à désigner, par l'organe des Commission^ convoquées par lui, les matières sur lesquelles aurait à délibérer le eoneile. Les évêques, eux aussi, désignaient celles dont la discussion leur semblait désirable. Que ce droit dût être reconnu aux évêques, il ne régnait là-dessus, comme nous l'avons vu (i), aucun doute parmi les cardinaux de la Commission centrale. Le Pape manifesta plus tard à tous les membres du concile, dans les Lettres Multipliées inter, quel était son désir; il leur fit un devoir de déposer en toute liberté les propositions qu'ils regardaient comme étant d'une utilité universelle (2).

Beaucoup d'évéques avaient déjà prévenu l'appel pontifical// et des avant le concile, soit individuellement en leur propre nom, soit réunis par groupes, ils avaient recommandé aux délibérations de l'auguste assemblée les points les plus divers. Durant le concile ils en présentèrent de nouveaux.

Ce n'était ici le lieu, à proprement parler, que de mentionner seulement les propositions envoyées à Rome par les évêques avant le concile ou du moins préparées par eux dans leur résidence et emportées ensuite au concile ; mais notre désir étant de ne pas séparer des choses qui de leur nature sont

(1) Plus haut p. 30; 53; 189 sqq.

unies, nous groupons ici toutes les motions faites par les Pères avant et pendant le concile. Seront, bien entendu, laissées de côté les propositions faites par les évêques en vue d'améliorer les schémas présentés, comme aussi les propositions relatives au règlement des travaux de l'assemblée : ces dernières n'étant que le résultat de l'activité même du concile et n'influant que sur la marche des délibérations. Ce que nous omettons ici trouvera mieux sa place dans l'histoire même du Concile.

Xulle région ne soumit tant de propositions au concile que la province ecclésiastique deNaples. Trente-sept archevêques et évêques dressèrent une liste de postulata présentée ensuite par la cardinal Riario Sforza, archevêque deXaples; leurobjet s'étend sur presque tout le domaine du dogme, de la morale et de la discipline ecclésiastique. Xous devons nous contenter ici de signaler les points principaux et renvoyer ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître plus en détail les vœux des évêques napolitains, à notre collection de documents, dont ces postulata occupent plus de soixante colonnes(i).

Les évêques de la province de Xaples expriment le voeu que l'auguste assemblée du Vatican veuille bien opposer aux grandes erreurs de notre temps la véritable notion de Dieu, et qu'elle fasse un exposé des doctrines sur la création, le Christ, l'homme et ses dons surnaturels. Ils font ressortir quelques points de ces doctrines, indiquent quelques chefs de preuves à leur appui, nomment les adversaires principaux et indiquent aussi de quelle manière le concile pourrait faire cet exposé. Ils souhaitent de même voir enseigner la doctrine de l'Eglise, du Pape, des rapports de la raison et de la Foi dans les sciences naturelles, de la nature du pouvoir civil et des rapports mutuels entre les deux pouvoirs, enfin «lu mariage. //

(1) C. V. 7(18 (]. sqq.

PROPOSITIONS FAITES l'Ail L KPISCOPAT NAPOLITAIN 828

Le concile traita effectivement la plupart de ces points de doctrine, il comptait même s'occuper des autres. Le parti que prirent les évèques napolitains dans la brûlante question de l'infaillibilité pontificale est assez nettement indiqué dans leurs propositions. Ils insistent par exemple tout particulièrement sur la définition du concile de Florence au sujet de la primauté, e1 en déduisent cette théorie que le Pape c< comme docteur de l'Eglise universelle, est le gardien et l'interprète de la révélation divine et de toutes les doctrines qui s'y rattachent de quelque manière ; aussi est-il juge dans toutes les questions soulevées à leur propos ou contre (dles. » (i). Les conséquences de ces théories, disent les êvêques, seront indiquées dans le chapitre second qui traite de la morale. On ne parle ici que de l'obéissance due au Pape. Tous doivent lui obéir, alors même que seul, en dehors du concile, il affirme des vérités ou condamne des erreurs Ce que l'Eglise ou le Pape définit comme vérités de foi, les fidèles sont tenus de le croire et d'y souscrire par un assentiment intérieur; et toute doctrine condamnée par l'Eglise ou par le Pape comme contraire à la révélation, les fidèles la doivent détester comme une erreur, telle qu'elle a été réprouvée, et avec une pleine soumission de leur raison, « car l'Eglise et le Pape sont interprètes de la révélation et juges toujours infaillibles quand ils terminent ettranchent les questions qui viennent à s'élever dans leur domaine » (2).

Le chapitre de la morale ne renferme que peu de propositions ; elles ont trait à l'obéissance due à l'Eglise et au Pape, aux droits de la famille, aux moyens de combattre i'indifférentisme religieux et de promouvoir la connaissance de la religion. En appendice, sont brièvement posées quelques questions relatives à la loi portée par le Concile de Trente

(2) Ibid. 782b. sq.

contre les mariages clandestins, à la diminution des empêchements de mariage, à l'opportunité d'une loi mettant certaines conditions à la validité des fiançailles, au spiritisme et autres semblables manifestations, au renouvellement des lois contre le duel, aux mesures à prendre contre la mauvaise 1 u-esse ; enfin on demande s'il ne serait pas bon d'autoriser des éditions de la Sainte-Ecriture en langue vulgaire sans aucun commentaire (i).

La seconde partie des propositions de l'Episcopat napolitain traite les questions de discipline ecclésiastique. Elle est sensiblement plus étendue que la première, et par les détails ou elle entre, dépasse même quelque peu la mesure. Si les évèques de tous les pays étaient venus au concile avec des motions aussi étendues, la simple lecture de ces documents eût absorbé une partie exagérée de son temps.

Le premier chapitre (2) s'étend sur l'unité d'action, c'est-àdire sur l'union intime de tous les évèques et de tout le clergé avec le centre de l'unité, le pape. On demande au concile de mettre tout en œuvre pour procurer cette union, et l'on propose encore de nouveaux moyens dans ce but. Dans le second chapitre sur la « puissance et l'efficacité de l'action » (3) les évèques proposent des mesures qui garantiront une entière efficacité au zèle pastoral du clergé. Le troisième chapitre (4) préconise de nouvelles prescriptions touchant l'admission, la formation et le genre de vie des ecclésiastiques^ le concile y est prié d'insister de nouveau sur les mesures favorables déjà prises dans ce but. Le quatrième chapitre (5) suggère des moyens qui doivent favoriser la promptitude dans l'expédition des affaires ecclésiastiques.

(il C. V. 781 a. sqq.: c»'. 785c. sq. (2) Ibid. 785b. sqq.

:; [bid. 790d. sqq.

(4) Ibid. 797b. sqq.

(5) Ibid. *24 c. sqq.

PROPOSITIONS DE ON/.K EVEQUES FRANÇAIS. .i'27

Dans le cinquième et dernier chapitre (i) sont proposées des mesures concernant immédiatement les fidèles et propres à promouvoir leurs intérêts spirituels.

La France, elle aussi, vint avec une longue série de propositions (2); elles émanaient d'une faible minorité de l'Episeopat français, de onze évêques seulement (3); mais ceux-ci affirment, dans la lettre qui accompagne leurs requêtes, que nombre de leurs confrères approuvent leurs propositions. Si un petit nombre seulement les a signées, c'est afin qu'elles n'aient pas l'allure de revendications déplacées et qu'on les puisse examiner plus librement; ce n'est pas, en effet, le grand nombre des signatures qui les impose à l'examen, mais l'importance, la modération et l'utilité seules des mesures qu'elles préconisent les recommandent à l'attention du concile.

Les onze évêques demandent une loi qui prescrive pour chaque diocèse l'établissement d'un grand séminaire, c'est-àdire d'un séminaire des hautes études, et oblige tous les candidats aux saints ordres à y passer quatre années ou trois au moins, occupés à l'étude des sciences sacrées et de l'ascétisme. |

Si la fondation d'un tel séminaire est impossible pour le moment dans un diocèse, les aspirants au sacerdoce iront recevoir cette formation dans le séminaire d'un autre diocèse. On signale l'utilité qu'il y aurait à fonder quelques écoles où les futurs directeurs des grands et petits séminaires seraient instruits dans l'exercice de leur fonction, qui est l'éducation des prêtres. 11 faudra y enseigner l'éloquence, et l'art sublime de faire acquérir aux jeunes gens les vertus sacerdotales (4).

(1) C. V. 829d. sqq.

(2) Ibid. 832b. sqq.

(3) Ce -"lit les Archevêques de Paris, Albi, Sens et les Evêques de Metz, Nain \ el Toul, Dijon. Lucon, < lahors, Orléans, Perpignan et Erreux.

(4) C K.833a. sq.

Pour repousser les nombreuses attaques des incrédules contre la Sainte Ecriture, l'hébreu devra ètre'enseigné dans les grands séminaires au moins aux élèves les plus capables. Cet enseignement sera poussé assez loin pour «pie les élèves soient à même plus tard d'obtenir par leurs études privées une pleine connaissance de cette langue. De même, l'étude du grec déjà commencée dans les petits séminaires, devra être continuée dans les grands séminaires (i).

La science sacrée et profane qu'on acquiert au séminaire, ne suffit point pour exposer et défendre les vérités chrétiennes, comme il le faut de nos jours. Il doit doue y avoir actuellement comme autrefois, parmi le clergé, quelques hommes qui cultivent plus particulièrement les hautes sciences. Cela n'est ordinairement possible que dans des écoles publiques, telles qu'elles existent par exemple à Rome et en Belgique. C'est pourquoi les évèques doivent s'unir et fonder en dehors des séminaires, conformément aux mœurs et à la législation de chaque peuple, soit des écoles supérieures soit des universités, où seront cultivées et enseignées les hautes sciences (2).

On recommande des examens sévères pour l'obtention des grades académiques et il ne sera permis, en aucun cas. de conférer les grades supérieurs à qui n'a point, au préalable obtenu les inférieurs (3).

Les jeunes prêtres seront tenus de subir un examen annuel durant les six ou sept années qui suivent leur ordination. Le programme de ces examens devra être distribué de telle façon que dans les six ou sept ans soit revue toute la matière qui aura été traitée au séminaire. On recommande, en outre, les conférences de prêtres pour entretenir la connaissance des sciences sacrées (4).

(i) C.V. 833b. sq.

(2)Ibid. 833.'. sq.

(3) Ibid. 833,1. sq.

(ii [bid, 834 b.

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