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CHAPITRE I Accueil fait à l'annonce du concile

L'annonce d'an concile œcuménique faite par le vénérable pontife excita dans les esprits une émotion universelle, profonde même, comme l'histoire en signale bien peu a l'occasion des plus graves événements. D'un côté, c'était la joie, l'espoir; de l'antre, le malaise, la crainte, le soupçon, la colère. Bien peu restèrent indifférents. Pour la masse même des gens sans religion et sans foi, la convocation d'un eoncile oecuménique était un fait trop important pour passer inaperçu; quant aux ennemis déclarés du catholicisme, ils ne pouvaient dissimuler leur rage devant ce signe de la vitalité puissante de l'Eglise qu'ils eussent si volontiers crue détruite. La plupart des protestants voyaient dans l'assemblée de Rome une puissance ennemie. Dans les gouvernements jaloux s'éveillaient le soupçon et la crainte.

Les adversaires les plus terribles, ceux qui enrôlèrent les autres forces hostiles et troublèrent beaucoup de bons catholiques, se rencontrèrent, hélas! dans le sein même du catholicisme : cercles pénétrés du rationalisme et du libéralisme régnants, professeurs surtout, fiers de leur science et étrangers à la vie surnaturelle de l'Eglise. Ils reçurent avec mécontentement la nouvelle de la convocation d'une assemblée qui exigeait de tous les chrétiens en matière religieuse la soumission de la foi / et qui dans ses décrets doctrinaux

devait s'en prendre précisément aux erreurs qu'ils caressaient. Ils ne pouvaient qu'être tout spécialement mortifiés de voir le concile convoqué par un pape universellement connu comme l'ennemi irréconciliable de l'esprit moderne et qui avait déjà montré par l'odieux Syllabus quelle serait la tendance du synode annoncé.

Par contre, les fidèles enfants de l'Eglise, ceux du moins qui n'avaient pas été induits en erreur par de faux frères, saluaient avec grande joie, avec de liantes espérances, la solennelle assemblée, où, comme si souvent autrefois, les évêques du monde entier unis au pape, avec la spéciale assistance du Saint-Esprit, délibéreraient sur les plus graves intérêts de l'Eglise et de l'humanité.

Quand Pie IX, lors du dix-huitième centenaire du martyre des princes des apôtres, annonça aux évêques réunis pour cette fête, qu'il avait l'intention de convoquer un concile, ceux-ci répondirent, comme nous l'avons vu, par une adresse de félicitations au pape (i) : « Notre cœur a été rempli de la plus grande joie, disaient-ils, en apprenant de votre bouche sacrée qu'au milieu des nombreuses tribulations de l'heure présente, vous aviez l'intention de convoquer un concile général, le remède le plus efficace, comme disait votre glorieux prédécesseur, Paul III, aux dangers qui menacent la chrétienté. Ils espèrent et souhaitent que les faibles dans la foi trouveront dans cette sainte assemblée une nouvelle et excellente occasion de se rattacher à l'Eglise, colonne et fondement de la vérité, qu'ils apprendront a connaître la doctrine qui mène au salut, rejetteront les erreurs dangereuses; <pie, par la grâce de Dieu et l'intercession de la Vierge Immaculée, ce synode deviendra une grande œuvre d'unité, de sanctification et de paix, la source d'un nouvel éclat pour l'Eglise et un nouveau triomphe pour le royaume

(L) Cl. il 71 sq.

LES ÉVÊQUES ANNONCENT LE CONCILE ll!9

de Dieu. Puisse-t-i] devenir évident à tous que l'Eglise, fondre sur le roc, a le pouvoir de chasser l'erreur, de réformer les mœurs, d'adoucir la barbarie, d'être non pas seulement de nom, mais encore en fait, la mère de la vraie civilisation ! En prévision des excellents résultats à attendre du concile, les princes et les nations cesseront sans doute de mettre obstacle a l'exercice du pouvoir pontifical, ils le faciliteront, au contraire, de toutes manières et prendront parti// pour la liberté du vicaire du Christ. Tel est l'espoir (pie nous portons en nos cœurs, tel est, tel sera le continuel objet île nos prières (i). » Environ 5oo évèques signèrent cette adresse.

D'innombrables évèques de tous les pays parlèrent à leurs troupeaux du prochain concile. Il serait trop long de donner les noms de ceux qui prirent la future assemblée pour sujet de leurs lettres pastorales (2). On remarqua spécialement une très belle lettre de M-r Dupanloup, évêque d'Orléans, aux prêtres de son diocèse (3); elle eut un très grand nombre d'éditions et, presque au moment même de sa publication, fut traduite en allemand (4). en espagnol, en anglais, en italien, en polonais, en hongrois et en flamand; cela seul est un signe du grand intérêt que portaient au concile tous les peuples de l'Europe.

Il parut aussi un tel nombre d'écrits sur le concile que la bibliographie en est vraiment immense (5). De nombreux

(i) C. Y. 1033 a. sqq.

(2) L:i Civilta cattolica dans la 7° série à partir du 5" volume (1869) analyse un grand nombre de ces lettres pastorales. La plupart sont mentionnées dans la Samrnluny der Aklenstiicke nui, erslen Valikanischen Konzil, de E. Frieuberg [p. 67 sqq).

(3) Lettre sur te futur concile œcuménique, adressée par Mt" l'Evêque d'Orléans au clergé de son diocèse. Pari-, lsiîs.

(4 Das bévorslehende allgemeine Concilium,voa Félix Dupanloup, Bischop von Orléans. Trier 1869.

(5) Cette bibliographie est soigneusement faite dans Friedisero, op cit. Nous ni parlerons dans les chapitres suivants que des écrits intimement liés aux controverses qui précédèrent le concile.

périodiques, comme la Civilta Cattolica (i), en Italie, la Revue du monde catholique (2) et I'Echo de Rome (3), e France, le Tablett (4). en Angleterre, lui consacrèrent un article dans chaque numéro, tandis qu'en Hollande, en Allemagne, en Portugal et en d'autres pays, des revues, des feuilles hebdomadaires se fondaient uniquement pour en parler (5).

L'assemblée générale des Unions iVereinc) catholique^ d'Allemagne tenue à Bamberg à la fin d'août et au commen cernent de septembre 1868, dès sa première séance, salua avec joie et enthousiasme le prochain concile. Jean Ibach, curé de Limbourg-sur-la-Lahn, célébra dans un discours enflammé le vaillant courage de Pie IX, qui, au milieu des orages de notre époque, alors que la foi et le respect de l'autorité diminuaient de plus en plus, ose convoquer un concile; aux vifs applaudissements de l'assemblée, le curé trace le devoir des membres du Congrès : « Par tous les moyens licites, par la parole et par la plume, chacun doit préparer au concile notre peuple d'Allemagne, faire ressortir de plus en plus son importance et sa signification, travailler ce sol, sur lequel les décisions du synode seront jetées comme la semence d'un avenir meilleur, afin que la moisson soit belle

(1) Depuis le 5e volume de la 7e série, sous le titre : Cose speltanli al futnro Concilio.

(2) Depuis le premier numéro de janvier 18*39. Titre : Chronique du Concile.

(3) Depuis novembre 1868. Le premier article de chaque numéro traite du concile.

(4) Dans un supplément spécial à parttr du 23 janvier 1869, sous le titre : The Nineleenth General Council o\ the Vatican.

(5) En Allemagne : Das okumenische Konzil, par Florian Riess et Karl v. Weber, (dans les « Sti.mmen aus Maria-Laach. N'eue Folge. Freiburg i. Br. 1869- 1870). D' M J. Scheeben, Das okumenische Konzil ron Jahre tSG'j. Regensburg 1869- 1871. En Portugal parut, à partir de mai 1869 : I'Echo deRoma. — ANaples à partir de novembre 1865 : L'Echo del Concilio ecu.uenico vaticano.— A Bologne, à partir de juillet: Il Concilio eoi menioo vaticano. — Vers la fin de l'année, commença à paraître à Lyon en format in-quarto; Grande publication d'actualité religieuse, le Concile œcuménique de 18(39, illustré : ouvrage publié en 50 livraisons. Lyon. — A la même époque en France: Le Concile. Revue du Concile œcuménique, publiée par le P. Chéry, Dominicain.

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