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CHAPITRE VIII

La bulle de convocation et les lettres pontificales aux évêques orientaux non unis et aux protestants.

En mai 1868, le pape avait manifesté à la Commission centrale son intention d'annoncer le concile le jour cle la fête des princes des apôtres de cette même année; la Commission avait examiné, comme nous l'avons vu, quels étaient ceux qui devaient être convoqués ; elle résolut enfin, dans la séance du 17 mai la question déjà posée dans la première séance, le 9 mai i865, à savoir « si le Sacré-Collège devait être consulté avant la publication de la bulle et comment il devait l'être. » On estima que le pape devait prendre l'avis des cardinaux sur l'époque à choisir pour l'ouverture du concile, mais, vu le peu de temps qui restait, il ne parut pas opportun de faire discuter la bulle en consistoire. Pie IX se rangea à cet avis et chargea le secrétaire des lettres latines de rédiger ce document. Elle fut remaniée par la Commission centrale et reçut l'approbation du pape. Signée par le Saint-Père et les cardinaux présents à la curie, elle fut publiée au jour primitivement fixé.

Cette bulle Aeterni Patris (1) commence par rappeler l'œuvre rédemptrice du Christ et la révélation divine qu'il nous a apportée. « Avant de remonter au ciel, continue-t-elle,

(1) C. V., p. 1, sciri.

il envoya les apôtres annoncer sa doctrine dans le monde entier, et leur donna le pouvoir de gouverner son Eglise, colonne et fondement t' de la vérité... Mais afin que ce gouvernement agît selon l'ordre, et que tout le peuple chrétien persévérât dans l'unité de la foi.de la doctrine et de la charité, il leur promit à tous une permanente assistance, et parmi eux choisit Pierre, pour en faire le prince de ses apôtres, son vicaire sur la terre, le chef, le fondement, le centre de l'Eglise ; il voulut ainsi que, premier pasteur, investi de la puissance suprême, Pierre fît paître le troupeau, confirmât ses frères, gouvernât l'Eglise, exerçât le souverain pouvoir de lier et de délier... : et comme le but pour lequel le Christ avait institué la primauté concernait aussi l'avenir, cette primauté a subsisté tout entière dans les successeurs de Pierre sur le siège épiscopal de Rome. »

Les papes ont fidèlement exercé leur charge de pasteurs suprêmes, pour conserver à la chrétienté et au genre humain les biens les plus précieux; ils ont, surtout aux époques où de profondes perturbations, de terribles catastrophes bouleversaient la société civile, convoqué des conciles généraux, pour tenir conseil avec les évoques du monde entier, et prendre les mesures nécessaires pour fortifier la foi, exterminer les erreurs régnantes, défendre, expliquer, développer la doctrine catholique, protéger et renouveler la discipline ecclésiastique, et réformer les moeurs.

La bulle rappelle alors la violente tempête qui agite en ce moment l'Eglise, et les grands maux dont est travaillée la société civile : les ennemis de Dieu et de l'humanité font la guerre â l'Eglise catholique, à sa doctrine salutaire, à la puissance suprême du siège apostolique, ils foulent aux pieds tout ce qui est saint; les biens ecclésiastiques sont volés, les évêques, les clercs, les catholiques fidèles sont tourmentés de toutes manières, les ordres religieux dissous, quantité de livres impies, de mauvais journaux, de sectes pernicieuses

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s»' répandent partout ; l'éducation de la jeunesse est presque partout enlevée au clergé, et, ce quiest pis, en bien des endroits confiée aux maîtres de l'erreur et de l'iniquité. Les suites d'une telle lutte contre le bien sont funestes non seulement à la religion, mais aussi à la société civile. //

Dans nos allocutions et nos lettres apostoliques, dit le pape, nous n'avons jamais négligé d'élever la voix pour défendre la cause de Dieu et de l'Eglise ; à l'exemple de nos prédécesseurs, nous venons de prendre la résolution de convoquer en concile tous les évèques du monde, pour tenir conseil avec eux et choisir les remèdes à tant de maux. « Car ee concile œcuménique, continue-t-il, devra examiner avec le plus grand soin et déterminer ce que réclament spécialement, en ces tristes temps, la plus grande gloire de Dieu l'intégrité de la foi, la splendeur du culte divin, le salut éternel •des hommes, la discipline du clergé séculier et régulier, sa formation pratique et solide, l'observation des lois ecclésiastiques, la réforme des mœurs, l'éducation chrétienne de la jeunesse, la paix et la concorde universelles.

)) Xous devons aussi travailler de toutes nos forces, avec l'aide de Dieu, à écarter tout mal de l'Eglise et de la société civile, afin que les pauvres égarés reviennent au droit chemin de la vérité, de la justice et du salut, que, sur les ruines du péché et de l'erreur, notre auguste religion et sa doctrine salutaire revivent partout, qu'elle se répande et règne chaque jour davantage, et qu'ainsi refleurissent, pour le plus grand bien de l'humanité, la piété, l'honnêteté, la justice, la charité •et toutes les autres vertus chrétiennes. Personne ne peut nier en effet que l'influence de l'Eglise catholique et de sa doctrine ne s'exerce pas seulement pour le salut éternel des hommes, mais qu'elle est encore de nature à accroître le bien temporel •des peuples, leur véritable prospérité, l'ordre et la paix, le progrès des sciences et leur sérieuse étude. comme en témoignent hautement et le démontrent à l'évidence les faits les plus

remarquables de l'histoire sacrée et de l'histoire profane. » L'assistance promise de l'Esprit-Saint ne fera pas défaut à l'assemblée des évêques. « Après avoir répandu nuit et jour dans l'humilité de notre cœur, les plus ardentes prières devant Dieu, le Père des lumières, nous avons jugé nécessaire de convoquer ce concile. »

Le pape alors, dans les termes consacrés, annonce le concile, qui se tiendra à Rome dans la basilique Vaticane, et s'ouvrira le jour de la fête de l'Immaculée Conception, 8 décembre 1869. « Nous voulons donc et nous ordonnons que, // quittant leurs résidences, nos vénérables frères les patriarches, archevêques et évêques, ainsi que nos chers fils les abbés et tous autres auxquels un droit ou un privilège accorde siège et voix dans les conciles généraux, viennent à ce concile convoqué par nous ; nous les requérons, exhortons, avertissons, et, en vertu du serment qu'ils ont prêté à nous et au Saint-Siège, en vertu de la sainte obéissance, sous la menace des peines portées par le droit ou la coutume contre les non-comparants, nous prescrivons et ordonnons strictement qu'ils se présentent et assistent en personne au concile, sauf le cas où ils seraient empêchés par quelque juste motif, dont leurs procureurs, munis de pleins pouvoirs à ce sujet, devront rendre compte.

« Nous nourrissons l'espoir que Dieu, qui tient dans sa main les cœurs des hommes, écoutera favorablement nos vœux et par sa grâce et sa miséricorde ineffables, fera que dans toutes les nations les princes et les détenteurs du pouvoir suprême, surtout ceux qui sont catholiques, reconnaîtront toujours davantage les grands biens qui découlent de l'Eglise catholique sur le genre humain, qu'ils verront en elle le plus ferme fondement des Etats et des empires et, que par suite, non seulement ils n'empêcheront pas les évêques, nos vénérables frères, et les autres ci-dessus mentionnés, de se rendre au concile, mais qu'ils se plairont à les aider et à

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Les assister avec le plus grand zèlo, comme il convient à des princes catholiques, en tout ce qui pourra contribuer à la plus grande gloire de Dieu et au bien de cette assemblée. »

Le pape règle alors le mode de publication de la bull", à peu près dans les termes employés par Paul III pour la bulle de convocation du concile de Trente, Initio nostri. Elle sera lue en public, à liante voix, dans les basiliques patriarchales de Latran, du Vatican et de Sainte-Marie-Majeure, par des huissiers ou des notaires pontificaux, puis affichée aux portes de ces églises, à celles de la chancellerie apostolique, sur la place du Campo di Fiori, et autres lieux habituels; au bout de deux mois, ceux qui sont nommés dans la bulle devront se considérer comme obligés au même titre que si la bulle leur avait été lue et notifiée personnellement.

Que parmi les évêques convoqués et obligés de se présenter au concile, les titulaires fussent compris aussi bien que les résidentiels ', nous l'avons déjà expliqué plus haut (i). Xous avons vu aussi (2) que tous les abbés n'étaient pas admis, mais seulement les abbates nullius et les abbés généraux; hors de ceux-là et par privilège, étaient appelés les cardinaux non-évèques, et les supérieurs généraux des ordres religieux, mais non les procureurs des évêques absents (3). Les princes catholiques n'étaient pas explicitement invités dans la bulle, mais on était disposé à les recevoir, eux ou leurs envoyés, dans le cas où ils désireraient se rendre au synode ou s'y faire représenter (4).

Pour les évêques orientaux non-unis, l'invitation était faite sous certaines conditions. Une lettre spéciale du pape leur était destinée.

Comme nous l'avons vu (5), la Congrégation directrice de

(4) P. 154 sq.

iô) P. 146.

préparation avait recommandé l'envoi d'une circulaire particulière aux évêques orientaux: elle avait prié le cardinal Barnabe, préfet de la Propagande, de faire visiter par M-1 Valerga, patriarche de Jérusalem, les évêques les plus influents : à l'occasion d'un prochain voyage en Orient, ce prélal devrait s'enquérir de leurs dispositions à l'égard du concile. Barnabe écrivit donc à Valerga (i). La réponse du patriarche, très au courant des choses orientales, ne fut pas encourageante (2). La mission qu'on lui confiait était difficile, le résultat fort douteux, il n'osait espérer parvenir à pénétrer les sentiments des évêques. On ne pourrait guère l'aire fond sur les bonnes paroles que leur dicterait la politesse. Le caractère et les dispositions de l'épiscopat schismatique en général, la manière dont il avait reçu la première lettre du Saint Père (3), sa situation par rapport à la Russie, le peu de bon vouloir du peuple, surtout dans la Turquie d'Europe, empêchaient le prélat de promettre le succès à la circulaire projetée. Néanmoins, il lui paraissait opportun d'en envoyer une : si les évêques schismatiques ne recevaient aucune invitation au concile, ils accableraient le Saint-Siège de reproches. D'ailleurs, la lettre du Saint Père ferait certainement bonne impression, surtout dans certaines contrées OÙ les esprits n'étaient pas si éloignes de Rome et où l'atti- j tude irréconciliable de l'épiscopat provoquerait peut-être une heureuse reaction.

La lettre du pape (4), qui commence par les mots Arcano divinae Prouidentiœ consilio est datée du 8 septembre iStiS. Le ton est à la fois très net et très paternel. Le Saint Père se donne comme le successeur de saint Pierre, dont il fait ressortir la prééminence par les paroles d'un illustre Père

1 C. V. 111" .t. sq.

2 II. i.l. llld. 1.. sqq.

3) Insuprema du 6 janvier l^iv i '. . \ . T. c. S(jq.

LETTRES AUX SCHISMATIQUES ET Al X PROTESTANTS 163

grec, saint Grégoire de Xysse. Dans la sollicitude qu'il doit avoir pour l'Eglise universelle, il a tourné son regard vers ces Eglises « qui jadis unies au Saint-Siège par le lien de l'unité, voyaient fleurir dans leur sein la science et la sainfceté, et produisaient des fruits abondants pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; victimes maintenant de la perfidie de celui qui lit le premier schisme parmi les anges, elles sont à notre grande douleur séparées de la communion de la sainte Eglise romaine répandue par toute la terre ». Puis, rappelant sa précédente lettre aux Orientaux, dont le résultat n'a pas été heureux, il assure qu'il n'a jamais cessé d'espérer •pie ses constantes et ardentes prières pour la réunion des Eglises seraient un jour exaucées. Il invite alors les évêques au concile convoqué par lui : puissent-ils s'y rendre, comme leurs prédécesseurs se sont rendus au second concile de Lyon et au concile de Elorence, pour qu'enfin cesse ce déplorable schisme.

Dans la lettre Jam vos omnes (i) adressée le i3 septembre aux protestants sur l'avis de la Congrégation préparatoire (2), Pie IX tait part aux prétendus réformés de la convocation du concile. Il les exhorte ensuite à se demander sérieusement s'ils se trouvent dans la voie indiquée par Xoire- Seigneur Jésus-Christ, celle qui mène à la vie éternelle; il établit brièvement que ni l'ensemble des sociétés religieuses séparées de l'Eglise catholique, ni aucune d'elles en particulier n'est l'Eglise que le Christ a fondée, une, universelle, à laquelle il a légué sa doctrine et ses grâces salutaires. Il fait remarquer que le morcellement de la religion tel qu'il existe <lnz les protestants ne peut être sans conséquences fâcheuses pour la société civile. Puissent-ils donc à l'occasion de ce concile // songer à revenir à l'unité et prier avec ardeur le

(1) C. V.8, d. sqq.

(2) Ct supra, p. 150.

Dieu des miséricordes de faire tomber le mur de séparation, de bannir les ténèbres de l'erreur, de les ramener dans le sein de notre Mère l'Eglise, où leurs ancêtres ont trouvé les pâturages de la vraie vie, dans l'Eglise seule gardienne de toute la doctrine du Christ et dispensatrice des mystères des giàces divines. Lui-même nuit et jour demande pour eux la lumière, et attend les bras ouverts le retour des frères égarés.

Ainsi le concile était annoncé dans les formes prescrites, les évêques grecs non-unis y étaient invités d'une manière convenable et avis en était donné aux protestants.

Quel accueil reçut cette nouvelle dans les] différents milieux, nous le verrons dans le livre second.

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