TROUBLES POPULAIRES
soin des âmes, ceux qui restent au milieu des hommes pour tes conduire au ciel, Pie IX et les évêques, pasteurs et chefs de l'Eglise, obligés en conscience de la guider à travers les immenses difficultés de nos temps, ceux-là ne voudront certainement pas, pour complaire à des théoriciens, faire triompher une école ou un parti, compromettre l'Eglise et l'exposer à d'aussi grands périls. »
Ces objections de la brochure, nous les rencontrerons encore souvent ; c'est le thème ordinaire de l'opposition pendant le concile. Plus tard, nous les aborderons de front.
Le trouble provoqué par ces polémiques fut considérable, sans cesse les adversaires du concile travaillaient à l'accroître. Ils lançaient des brochures dans le peuple, ils se servaient plus encore de la presse quotidienne. Des nouvelles inquiétantes, des articles déconcertants étaient le mets servi chaque jour aux catholiques. On comprend que les feuilles anti-chrétiennes aient servi pareille pâture à leurs lecteurs, mais des journaux catholiques se mirent alors au service de l'esprit révolutionnaire et eurent une influence pire que cette presse hostile dont on se défiait depuis si longtemps parmi nous.
Une lettre de Mgr Melchers, archevêque de Cologne, adressée au nonce de Munich, Mgr Meglia, après la réunion épiscopale de Fulda, parlait de cette agitation populaire. Son contenu nous est connu par la correspondance du nonce avec le cardinal Antonelli : // « L'esprit de la population qu'il a dû (M-1' Melchers) traverser pour se rendre à Fulda, écrit le nonce, est plus lamentable qu'il n'avait pu se le figurer; c'est la mauvaise presse et la connivence — pour ne pas dire plus — des gouvernements qui, par des conjectures sur les décisions du prochain concile, entretiennent cette surexcitation. Pendant son voyage, l'archevêque s'entendait
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crier: « Cracovié ! » (i), injure qu'on jetait à son vêtement ecclésiastique et épiscopal. Jamais en pareilles circonstances il n'avait jusqu'ici subi la moindre insulte. Des évèques qu'il trouva à Fulda / / et qui presque tous parlèrent dans les conférences de cette extraordinaire agitation, il apprit que ce mauvais esprit était général : les questions posées dans les journaux sur le futur concile et avant tout sur l'infaillibilité du pape ont bouleversé toutes les classes de leurs diocésains.
A un pareil moment, bien consolantes étaient les déclarations franchement orthodoxes faites à l'assemblée générale des associations catholiques d'Allemagne, tenue à Diïsseldorf, du 6 au 9 septembre.
Après avoir proclamé, entre autres choses, qu'elles attendaient avec une confiance sans bornes le concile où l'Egliseentière allait se réunir, qu'elles en acceptaient d'avance et sans
(1) A la fin de juillet 18(39 une mauvaise affaire d"un couvent de Cracovié, grossie, dénaturée et répandue dans l'Europe entière par toute la presse allemande, vint exciter au plus haut point les passions anti-religieuses réveillées par l'annonce du concile. Dans une chambre du monastère des Ursulines de Cracovié on aurait trouvé, au milieu d'une indescriptible saleté, dans un vrai cloaque, une sœur d'une maigreur squelettique que ses compagnes y auraient séquestrée. La nouvelle se transforma en un roman terrifiant. L'agitation fut telle qu'en plus d'un endroit il y aurait eu danger de mort pour les religieuses à sortir de chez elles et qu'elles durent appeler la police pour défendre leurs maisons. Après quelques semaines tout se calma, le roman se réduisit à une histoire très simple: une des Ursulines était folle, dans ses accès elle brisait tout ce qui lui tombait sous la main, salissait tout et tenait des propos si inconvenants que ses sœurs avaient dû la séparer de la communauté C'était là tout le crime de ces religieuses, un crime que commettent bien des familles quand elles ne veulent pas se décharger sur autrui du soin d'un de leurs membres atteint du même mal. Une instruction fut ouverte qui établit l'innocence des Ursulines, réduisit à néant les plaintes déposées contre elles et déclara sans fondement et mêmes calomnieuses toutes les accusations. (Bruck. Geschichle tler kathol. Kirche in Deutschland, III, 270 sq . Au plus fort de la tourmente un habitant de Cracovié qui connaissait le couvent et toute celte histoire se trouvait sur les bords du Rhin, il voulut rétablir les faits dans un journal catholique de la région. L'émotion était si grande que cette feuille n'eut pas le courage d'accueillir son article et de braver la tempête. Par ordre du gouvernement la malheureuse folle tut retirée de son monastère et placée dans un asile d'aliénées. Son sort en devint-il meilleur? On peut en douter.